Épisode 125 : Confession
🎧 Musique : Adagio in C Minor - Nicholas Britell - Succession soundtrack
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-----------------------------------------------------Le Père Adalbéric s'approche calmement de Siegfried et s'accroupit doucement face à lui.
— Comte Siegfried...
— Mon Père...
Encore sous le choc de la révélation du sort de Mélusine, Siegfried a mis du temps à prendre conscience de la réalité de l'intervention du Père Adalbéric. Il n'ose même pas croire qu'après avoir entendu tout ce qui vient de se dire, son vieux prieur n'est pas encore dégoûté de lui. Mais il commence désormais à voir briller, lointaine et vacillante comme la flamme d'une bougie exposée aux courants d'air, une vague lueur d'espoir qu'il tente de suivre tant bien que mal.
— Tout ce que je viens d'entendre est-il vrai ?
La voix du vieux prieur résonne doucement dans la salle.
Siegfried, couché en chien de fusil, le visage baigné de larmes qui s'écoulent librement depuis tout à l'heure, se tourne sur le dos et ferme les yeux en les plissant, tout en hochant brièvement la tête. Ses larmes redoublent, ses épaules tremblent, tandis que sa bouche s'ouvre en un cri silencieux, comme adressé au ciel, le cou en hyperextension. Il ne sait même pas d'où sortent ses larmes. Il ne savait pas qu'il lui en restait autant.
— Miséricorde, comte Siegfried... qu'avez-vous fait ?
Maintenant, le Père Adalbéric est au courant.
Le monde entier est au courant.
Tout ce qu'il ne voulait pas. Tout ce qu'il n'a jamais voulu. Tout ce qu'il a toujours tout fait pour éviter.
À présent, Siegfried se moque de tout. Sa posture est indigne, il le sait, mais ça l'indiffère. Il est au-delà de la honte, au-delà de l'indignité. Après ce que tous savent désormais de lui, être couché par terre, peu importe la position, en train de sangloter comme un gosse devant la foule, n'est plus qu'un moindre mal. Il ne cherche même plus à cacher ses larmes. Ni à cacher quoi que ce soit. À nier non plus. De toute façon, ça ne sert plus à rien. Plus rien ne sert à rien à présent.
— Comment cela est-il arrivé ?
La voix du Père Adalbéric est tellement douce. Tellement triste.
Siegfried détourne la tête. Ses hoquets l'empêchent de parler.
— Tant que je suis là, vous n'avez rien à craindre. Tant que vous êtes ici, tout est encore possible. Reprenez-vous. Prenez votre temps.
Le Père Adalbéric pose doucement la main sur l'épaule de Siegfried, y exerce une légère pression.
Les sanglots commencent par redoubler. Leur son emplit toute la salle. C'est tout ce qu'on entend.
Puis les sanglots s'épuisent. Siegfried a à peine encore la force de murmurer.
— Mon Père... j'ai tellement honte...
— Tout va bien, mon fils. Ça va bien aller. Dites-moi juste comment ça s'est passé.
Siegfried secoue la tête.
— Non, mon Père, tout ne va pas bien. Rien ne va bien. Rien ne saurait aller bien. Plus rien ne le pourrait à présent. Vous n'avez donc pas compris ce qui est en train de se passer ?...
De nouveau, le Père Adalbéric presse l'épaule de Siegfried.
— Mais si, mais si, je l'ai bien compris. Doucement. Calmez-vous. Prenez votre temps. Racontez-moi juste ce qui s'est passé.
Siegfried tourne la tête vers le Père Adalbéric.
— J'ai tellement honte de ma bêtise... J'ai été si aveugle... Comment ai-je pu ne pas voir que j'aurais pu faire les choses... autrement... J'ai tellement haï Mélusine... pour tout ceci... J'ai si souvent pensé... que c'était sa faute...
— Du calme, du calme, comte Siegfried. Reprenons les choses depuis le début. Pourquoi pensiez-vous que tout ceci était la faute de... de la comtesse Mélusine ?
— Parce que si elle n'avait pas été... ce qu'elle était... elle aurait pu simplement me suivre à Koerich. C'est bien ainsi que les choses se passent normalement, n'est-ce pas, mon Père ? Après le mariage, c'est la femme qui suit son mari ?
— Habituellement, c'est ainsi que les choses se passent, en effet. Mais ici, effectivement, ce n'était pas possible. Sauf qu'évidemment, vous en ignoriez tout. Du moins c'est ce que vous m'en avez dit à l'époque de... de son décès, ou de sa disparition, je ne sais plus très bien ce que je dois en dire à présent.
— À l'époque de... de... de sa... transformation...
Siegfried détourne la tête vers le plafond, ferme les yeux et les plisse très fortement.
— Je préfère... ne plus penser... à ce qui vient de m'être montré. Croyez-moi, c'est quelque chose... qu'il vaut mieux... ne jamais avoir vu.
Le Père Adalbéric hoche la tête.
— Je m'en doute.
Il laisse passer un silence.
— Où qu'elle soit à présent, et quelle que soit sa forme actuelle, je suppose qu'elle souffre beaucoup.
La voix de Siegfried est à peine un souffle.
— C'est... au-delà des mots.
Lui aussi se tait un instant.
— Elle vit son propre enfer.
La salle s'emplit de silence comme pour le moment traditionnel de l'hommage aux morts.
Le Père Adalbéric secoue la tête.
— Je crois que nous pouvons considérer que quoi qu'elle ait à se reprocher, elle en paie le prix à présent.
Siegfried retourne la tête vers le Père Adalbéric et ouvre grand les yeux.
— Ai-je bien fait de la maudire, mon Père ? Croyez-vous que j'ai bien fait ?
Le Père Adalbéric prend une profonde inspiration.
— Tout ce que je peux vous dire, c'est que Notre Seigneur n'a jamais maudit personne. Pas même les marchands du temple, pas même alors qu'Il les flagellait et renversait leurs tables en les accusant d'avoir transformé une maison de prière en repaire de voleurs. Il n'a même pas maudit... le diable ici présent, alors même qu'il Le tentait pendant sa retraite de quarante jours dans le désert. Il n'a même pas maudit les démons tout au long de Son ministère. Il les a juste enjoints de se taire. Si nous devons Le prendre pour modèle... alors nous ne devrions maudire personne.
Siegfried tourne de nouveau la tête vers le plafond.
— Donc j'ai mal fait, là aussi.
Il ferme à nouveau les yeux.
— Et c'est à cause de moi qu'elle souffre aujourd'hui.
— Sans doute en partie. Mais pourquoi l'avez-vous maudite ?
Siegfried rouvre les yeux.
— Parce que si elle n'avait pas été... ce qu'elle était... ou ce qu'elle est... elle aurait pu me suivre à Koerich. Et si elle l'avait fait... rien de tout ceci ne serait jamais arrivé. En tout cas, c'est ce que j'ai longtemps pensé.
— Et maintenant, vous ne le pensez plus ?
Siegfried tourne la tête vers le Père Adalbéric.
— Non.
— Pourquoi ?
— Parce que... parce que certains événements m'ont fait réaliser entre-temps que même dans ces circonstances... j'aurais pu faire les choses autrement.
— Autrement comment ?
— En prenant le temps de faire les choses selon les moyens dont je disposais... et selon ceux que j'aurais pu acquérir. En réalisant que j'avais bel et bien la possibilité d'acquérir des moyens supplémentaires. En réalisant qu'un seigneur peut acquérir des moyens supplémentaires d'une façon légitime et tout à fait compatible avec sa condition. Sans avoir besoin de faire la guerre, ni la politique, et sans tomber en dessous de son rang en pratiquant le commerce ou le travail. D'ailleurs, qu'aurais-je su faire, et qu'aurais-je eu à vendre ?... J'étais tellement inconscient de toutes les possibilités offertes à un seigneur. Il n'y a pas de quoi être fier, n'est-ce pas ?
De nouveau, il regarde le plafond.
— J'ai été si bête, si borné, si aveugle... si peu débrouillard.
Il laisse passer un moment, reprend son souffle.
— Si impatient aussi. Parce que si j'avais dû m'y prendre autrement, cela m'aurait bien sûr pris beaucoup plus de temps. Quand on est jeune, le temps passe toujours si lentement... Rien ne va jamais assez vite.
Le Père Adalbéric ne peut réprimer un sourire.
— Surtout quand on est pressé par... disons, par les feux de l'Amour.
Siegfried ferme les yeux.
— Mais au moins, ça ne m'aurait pas coûté mon âme. Ça m'aurait coûté bien des choses, oui... mais pas mon âme.
Il rouvre les yeux.
— Mais peut-être la Providence a-t-elle voulu que les choses se passent ainsi... pour que j'aie l'occasion de m'apercevoir de la véritable nature de mon épouse ? Parce que sans tous ces événements, le temps aurait pu passer et j'aurais pu même mourir... sans jamais m'apercevoir de rien. Sans jamais m'apercevoir de... de... de l'abomination que j'étais en train de commettre.
Il tourne la tête vers le Père Adalbéric.
— Pensez-vous que cela puisse être le cas, mon Père ?
Le Père Adalbéric secoue la tête.
— La Providence aurait pu pour cela user d'autres moyens, sans vous obliger pour autant à faire commerce de votre âme. N'oubliez pas que c'est là une chose totalement contraire aux desseins de Dieu. À vrai dire, vous venez de commettre un blasphème, comte Siegfried.
Siegfried ferme les yeux.
— Je vous demande pardon, mon Père.
— Je vous absous pour cela. Quant à l'abomination... comme je vous l'ai dit à l'époque, vous avez péché par ignorance, pas par perversité.
Les articulations du Père Adalbéric commencent à le faire souffrir. Il modifie légèrement sa position pour les soulager.
— Par contre, j'aimerais que vous m'éclairiez sur le rôle qu'a joué la comtesse Mélusine dans tous ces événements. Vous a-t-elle explicitement conseillé de vous adresser au diable ? Vous l'a-t-elle suggéré d'une quelconque manière ?
Siegfried rouvre les yeux.
— Non, jamais. Elle n'a jamais été au courant de tout ceci.
— Vous ne lui en avez jamais parlé ?
— Avec le temps, avec... certains événements aussi, elle avait fini par se douter de quelque chose. Mais j'ai veillé à lui en dire aussi peu que possible. Et je lui ai surtout interdit de parler à quiconque de ses suppositions.
— Ah, parce qu'elle avait des suppositions ?
— Oui, je vous l'ai dit – avec le temps.
— Le temps à lui tout seul ne peut pas avoir suffi. Il est possible de vivre vingt ans, trente ans, quarante et même plus avec quelqu'un dans un même endroit, et pourtant ne se douter de rien de particulier – pour la bonne et simple raison qu'il n'y a rien dont on ait matière à se douter. Elle a dû remarquer des choses. De plus, quelle que soit leur... espèce, les femmes sont très observatrices dès qu'il y a quelque chose à remarquer.
Siegfried garde le silence tout un temps et prend de longues respirations – avant de finalement se décider à parler.
— Oui, elle avait remarqué des choses. Surtout le jour où... où je suis... revenu... de... de Koerich.
— De Koerich ?... Vous voulez dire de cette fameuse expédition il y a quinze ans dont vous êtes revenu si malade que personne n'a jamais su au juste ce que vous aviez ?... D'ailleurs c'est à ce moment-là que votre comportement s'est mis à changer du tout au tout. Eh bien, parlons-en finalement, de votre expédition à Koerich. D'autant plus qu'aujourd'hui même, il en a aussi été question dans tout ce qui s'est dit. Qu'étiez-vous allé faire là-bas ? Et que vous est-il arrivé ce jour-là, pour que vous soyez revenu dans l'état ma foi lamentable dans lequel vous étiez ? et à pied ? sans votre fidèle Wanterglanz, que personne n'a jamais revu depuis lors d'ailleurs ?
Ouais. Et pour cause.
— Pourquoi étiez-vous allé là-bas ? Et pourquoi en grande tenue d'apparat ?
Siegfried ferme les yeux et avale plusieurs fois sa salive.
— J'y étais allé... pour le rencontrer, lui...
Il fait un mouvement du menton dans la direction approximative où il estime que doit se trouver le diable.
— ... pour renégocier mon contrat. Pour essayer de racheter mon âme.
Le diable laisse échapper un ricanement, comme à titre de confirmation.
Le Père Adalbéric, lui, sursaute.
— Tout seul, comte Siegfried ?... Mais c'était de la folie !
Siegfried se tourne brusquement vers lui en rouvrant les yeux.
— Mais à qui donc aurait-on voulu que j'en parle ?
— Eh bien, à moi, par exemple. Vous ne pensez pas que j'étais justement l'interlocuteur le plus indiqué pour un problème comme celui-là ? Et que j'étais aussi le plus qualifié, aussi bien pour vous accompagner en personne que pour nous trouver du renfort, ce qui aurait certainement été nécessaire ?
— Combien de personnes auraient dû alors être mises au courant ? Je suis déjà étonné que vous-même ne soyez pas dégoûté de moi après tout ce que vous venez d'apprendre aujourd'hui. Tout le monde n'a pas votre indulgence !
— Mon rôle est de compatir au sort des pécheurs et de leur venir en aide dans l'extrême mesure de mes possibilités, avec tous les moyens à ma disposition. Je constate que vous étiez dans la plus grande confusion sur de nombreux sujets, comte Siegfried. Pas seulement sur les possibilités d'action qui étaient offertes à un seigneur. Sur combien d'autres choses encore vous êtes-vous tout aussi lourdement trompé ?... Quoi qu'il en soit, votre tentative de renégociation s'est soldée par un échec, vu ce qui est en train de se passer en ce moment. Et connaissant notre... bon apôtre ici présent, il a dû vous mettre à l'amende. Cet échec doit avoir eu son prix. Je me doute un peu de ce qu'il a été.
Siegfried se laisse lourdement retomber sur le dos, le visage vers le plafond, en fermant les yeux.
— Trois chevaux.
— Dont Wanterglanz.
Siegfried hoche la tête. Puis la détourne.
— Ça aurait pu être bien pire. J'ai dû lutter pour éviter cela.
Le diable ricane.
— Allons, allons, comte Siegfried. Comme tu es pathétique, encore en train d'essayer désespérément de te faire passer pour le héros que tu es loin d'avoir été. On essaie de sauver les meubles comme on peut, pas vrai ? Ton ami le prêtre – mais est-il vraiment ton ami ? – a vu ça d'innombrables fois dans sa longue carrière. Tu ne le surprends même plus. Mais parfois, même sauver les meubles n'est pas possible. Pourtant, même quand ça ne l'est pas, vous autres humains, vous essayez toujours. Vous ne pouvez pas vous empêcher d'essayer. Ah, vous êtes pathétiques. Mais c'est ce qui m'amuse chez vous. Après tout, vous devez bien avoir une utilité dans ce vaste univers, non ? Amuser, divertir et distraire est une utilité comme une autre.
Le Père Adalbéric ne le regarde même pas.
— Ne t'ai-je pas dit de nous laisser nous entretenir en paix ?
— Voyons, prêtre Adalbéric. Faut-il vraiment que je te rappelle dans quel état pitoyable ton paroissien a rejoint le château ce jour-là ? Il n'avait pas fière allure, c'est le moins qu'on puisse dire.
— Ce ne sera pas nécessaire, je suis au courant, merci. Et malgré mon âge, j'ai encore une très bonne mémoire. Alors laisse-nous.
— Demande-lui tout de même quelle contrepartie il a offerte en échange de son âme. C'est vraiment à mourir de rire.
Le Père Adalbéric se tourne vers le diable.
— Je t'ai dit de nous laisser.
Sa voix est inhabituellement forte, et la dureté de son ton contraste avec la douceur qu'il a adoptée jusqu'ici.
Le diable lève théâtralement ses mains griffues devant lui.
— Très bien, très bien. J'attends la suite. Ça promet d'être intéressant.
Siegfried regarde le Père Adalbéric et esquisse un sourire.
— Merci.
Le Père Adalbéric se retourne vers lui et n'accorde plus aucune attention au diable.
— Revenons à notre propos. Vous êtes donc allé à Koerich dans l'intention de racheter votre âme au diable. En oubliant au passage que Notre Seigneur s'est déjà sacrifié il y a bientôt mille ans pour le rachat de toute l'humanité. La comtesse Mélusine était-elle au courant de ce que vous comptiez faire ?
— Elle savait que j'allais à Koerich, oui.
— Mais savait-elle pourquoi ?
— Elle savait qu'il s'agissait de quelque chose de très important et de grave.
— Savait-elle au juste ce qu'était cette affaire très importante et très grave ? Savait-elle qui vous alliez rencontrer, et pourquoi ?
— Non, elle ne le savait pas. Je n'en avais parlé à personne, à elle non plus. Personne ne devait le savoir. Personne n'aurait jamais dû être au courant.
Le Père Adalbéric secoue la tête.
— Et vous croyiez vraiment que personne n'en saurait jamais rien ? Même dans le cas hypothétique où vous auriez réussi, ce qui est peu vraisemblable en soi, vous pensiez réellement que le diable aurait laissé passer cela sans au moins tenter une action d'éclat ? une action qui aurait inévitablement mis du monde au courant ?... Étiez-vous à ce point inconscient des risques que vous couriez ?
— Quand j'y suis allé ce jour-là, je savais que je n'étais pas assuré de gagner. Aucun combat n'est jamais gagné d'avance. J'ai toujours été conscient de cela. On n'est même pas sûr de remporter un tournoi, alors un vrai combat... Mais j'avais tout de même bon espoir d'avoir le dessus. Je pensais avoir mes chances. J'avais préparé mes arguments. Ils me semblaient imparables.
— Aviez-vous au moins une idée du genre de combat que vous alliez devoir mener ?... Quelles étaient vos armes ? Qu'aviez-vous prévu ?
— Comme pour n'importe quel combat, ou pour n'importe quel tournoi, j'avais prévu l'équipement du seigneur qui part à la guerre. Ma cotte de mailles. Mon armure. Mes bottes. Mes éperons. Mon heaume. Mon épée. Ma cape. J'avais même ordonné à Max de mettre à Wanterglanz son harnais d'apparat.
Le Père Adalbéric se cache le visage dans les mains.
— Seigneur Dieu. J'en étais sûr.
Siegfried sourit faiblement.
— Je pensais que tout cela me rendrait... plus impressionnant. Avec le recul... c'était ridicule... pas vrai ?
Le Père Adalbéric relève la tête.
— Vous vous êtes trompé du tout au tout sur la véritable nature de votre combat.
Après un moment, il reprend la parole.
— Je suppose que le diable n'a pas eu de grandes difficultés à venir à bout de ce que vous aviez prévu pour l'affronter. Si ma mémoire est encore fidèle, vous n'y avez pas laissé que votre meilleur cheval. Ni que deux autres morts subitement dans vos écuries, dans des conditions restées mystérieuses jusqu'à maintenant.
Siegfried arbore un sourire hésitant.
— J'y ai aussi laissé mon heaume et mon épée. D'ailleurs, aucun des deux ne m'a servi à rien. Le reste non plus.
Siegfried détourne la tête.
— Je ne m'attendais pas du tout à ce que les choses se déroulent comme elles l'ont fait. J'ai rencontré un genre d'opposition... auquel je n'aurais jamais pensé.
— Évidemment. Vous vous étiez préparé à un combat matériel. Naturel. Au mieux, à une négociation classique, voire à un simple marchandage. Vous ne vous étiez pas du tout préparé à un combat spirituel. Surnaturel. Or c'était de cela qu'il allait être question. Aviez-vous au moins fait vos prières ? Aviez-vous au moins invoqué l'aide de Dieu, de Notre Seigneur, de Notre Dame ? des saints Anges et de la communion des saints ?
Que dire ?
Siegfried peut-il répondre au Père Adalbéric qu'il avait cessé depuis longtemps de compter sur l'aide de Dieu, de Ses anges et de Ses saints ? Peut-il lui dire que l'image d'un prêtre qui aurait prétendu l'assister la croix sur la poitrine, la Bible dans une main, le goupillon dans l'autre et les prières à la bouche lui avait paru alors ridicule d'inefficacité ? Peut-il lui dire qu'il était sûr que de toute façon, depuis son contrat avec le diable, Dieu l'avait définitivement abandonné et que L'invoquer ne servirait à rien – pas tant qu'il n'aurait pas réussi à récupérer son âme ?
Il regarde le plafond.
— À cette époque, je dois le confesser, je n'étais pas encore très assidu à la prière. Je ne le suis devenu que par la suite.
— Oui, en effet – depuis ce jour-là très précisément. Ou plus exactement depuis celui où vous avez repris conscience suite à la fièvre qui vous avait saisi à ce moment-là. Je conçois aisément qu'après avoir pris conscience de la nature de votre lutte et de votre enjeu, vous ayez décidé de modifier radicalement votre comportement. Ce n'était au fond que simple logique. Vous aviez compris qu'armure, armes, boucliers et tenues d'apparat n'allaient pas vous être utiles à grand-chose dans cette guerre-là. Vous veniez d'en recevoir la démonstration en situation réelle.
Siegfried trouve encore l'énergie de sourire en coin.
— Ils ne m'ont été utiles à rien du tout.
Le Père Adalbéric garde le silence un moment avant de reprendre.
— Je suppose que c'est à ce moment-là que la comtesse Mélusine a commencé à se faire ses propres... suppositions ?
— En effet.
— Et qu'a-t-elle supposé ?
— Le jour où... ce château a été construit, Mélusine l'a remarqué, y est entrée et m'a vu arriver de loin. Puis elle a remarqué... sa présence à lui, là-bas.
Siegfried fait le même mouvement du menton que tout à l'heure.
Mais cette fois-ci, le diable ne reste pas sans réaction.
— Tu pourrais au moins avoir la politesse de m'appeler par mon nom. Ou par mon titre. Ce serait la moindre des reconnaissances, non ? Après le magnifique cadeau que je t'ai fait.
— Contre mon âme ?
— Le prix ne te paraissait pas exagéré à l'époque.
— Il m'a toujours paru excessivement élevé.
— Pas assez pourtant pour que tu refuses de le payer.
Le Père Adalbéric juge essentiel de couper court à la digression.
— Ne t'ai-je pourtant pas dit, pas plus tard que tout à l'heure, de nous laisser tranquilles ?
— Alors enseigne un minimum de politesse et de courtoisie à ton paroissien. Il en a grandement besoin. Il le sait pourtant, ou il devrait le savoir, que j'accorde une grande importance au respect des formes.
— Il est encore plus impoli et grossier de t'introduire dans une conversation qui ne t'est pas destinée sans y avoir été invité. Pour autant que je sache, personne ne t'a demandé d'intervenir. Alors tais-toi et reste en dehors de ça, s'il te plaît. Plus tu te tairas, et plus vite on en finira. Ce qui en principe devrait t'arranger.
Puis son ton s'adoucit.
— Donc, comte Siegfried, la comtesse Mélusine – qui n'était pas encore comtesse, puisqu'elle n'était pas encore votre épouse – avait remarqué la présence de... votre interlocuteur en bas du château qui venait tout juste d'être construit?
— Oui. Elle s'en est inquiétée, car elle avait aussi remarqué mon changement d'humeur après mon entretien avec lui. Je lui ai juste répondu qu'il s'agissait d'un marchand ambulant qui passait par là.
En arrière-plan, le diable ricane entre ses crocs.
— Tss tss. "Un marchand ambulant qui, tout à fait par hasard, passait par là". Vraiment.
Il secoue la tête.
Le Père Adalbéric l'ignore et fait signe à Siegfried de continuer son récit.
— Cela a semblé la rassurer. En tout cas elle s'en est contentée... jusqu'à ce jour où je suis revenu de Koerich. Je le suppose à tout le moins, parce qu'elle ne m'en a jamais reparlé par la suite jusqu'à ce jour-là.
— Ou plutôt jusqu'au jour où vous avez repris connaissance après votre fièvre.
Siegfried se tait un moment, mais tout en arborant de nouveau ce sourire incertain.
— Plus tard encore, en fait.
— Quand exactement ?
— Quand j'avais déjà pris des dispositions pour... pour changer de vie.
— Des dispositions dont je suppose qu'elles l'ont bien étonnée. Elles étaient si contraires à tout votre caractère.
— Oui... D'autant plus que... certaines la concernaient... très personnellement. Et qu'elles l'ont... très gravement affectée.
Moins par leur contenu en soi que par la façon dont vous les lui avez communiquées, comte Siegfried. On ne peut pas vraiment dire qu'en la matière, vous avez fait preuve de beaucoup de délicatesse.
— N'êtes-vous pas d'ailleurs revenu par la suite... sur certaines d'entre elles ?
— Si, en effet... et je me suis régulièrement demandé si j'avais bien fait.
— Je suppose que son attitude envers vous... n'était plus la même qu'auparavant ?
— Ce n'était pas ça le problème. C'était moi... moi et mon vœu. Mon vœu auquel je ne restais pas fidèle... et mon salut. Ce que j'allais bien pouvoir faire à la place pour... pour compenser. Comment j'allais pouvoir arriver à me dégager de ma...de mon...
Siegfried ferme les yeux et secoue la tête.
— ...de l'engagement inconsidéré que j'ai pris il y a maintenant trente ans.
Le Père Adalbéric réfléchit quelques instants.
— Vous est-il arrivé de penser qu'elle pouvait être... personnellement mêlée à cet... engagement inconsidéré ?
Siegfried se tait un moment.
— Parfois, oui. Surtout ces dernières années, après avoir appris... ce qu'elle était vraiment. Je ne savais plus quoi penser de rien – d'elle, de nous, de moi, de... de notre famille... de mon destin... de cet engagement... de tout le reste.
— Effectivement... je peux le comprendre.
Quelques instants de silence s'écoulent encore.
Siegfried tourne la tête vers le Père Adalbéric, les yeux grands ouverts.
— Et pourtant, mon Père... quand elle m'a reparlé de ce qu'elle avait vu le jour de la construction du château, le jour où j'ai bien dû lui donner sur mon changement de vie... quelques explications que j'avais préféré éviter auparavant... c'est elle qui m'a conseillé de m'adresser à vous. Et c'est moi qui lui ai interdit de vous en parler. Le jour où elle l'a quand même fait... ça a tout brisé entre nous.
Le Père Adalbéric soupire.
— Oui, le jour où elle m'a fait part de ses préoccupations concernant votre comportement qui lui paraissait devenir de plus en plus erratique... et pas qu'à elle d'ailleurs – à tel point qu'il vous avait gagné au château certain sobriquet qui vous taxait de folie, et qui a fini par circuler en ville aussi ces dernières années.
Il secoue la tête.
— Elle était peut-être une sirène, mais ses conseils n'étaient certainement pas moins avisés que ce qu'auraient été ceux de n'importe quelle femme bien humaine dans la même situation. Quoi que la comtesse Mélusine ait jamais été, sur ce point précis, vous auriez mieux fait de l'écouter. Et même le jour où elle a pris l'initiative de me contacter, au lieu de le lui reprocher et de vous en prendre à elle, vous auriez dû joindre vos forces aux nôtres. On est toujours plus forts à plusieurs que tout seul, et à chacun de ces moments, il nous restait encore assez de temps pour entreprendre et organiser quelque chose qui... aurait pu changer le cours des choses. Tandis que maintenant... disons que c'est devenu beaucoup plus compliqué. Et même maintenant, je suis sûr que si je n'avais pas pris l'initiative d'intervenir, vous ne m'auriez jamais appelé à l'aide. Même si à présent, vous êtes bien content que j'aie volé à votre secours.
Siegfried ferme les yeux.
— J'étais tellement sûr que vous n'auriez fait que me maudire encore plus, tellement ce que j'avais commis vous aurait fait horreur.
— Mon rôle n'est pas de maudire, mais de sauver tous ceux qui peuvent l'être. Quel dommage que vous le compreniez seulement si tard.
Siegfried ouvre les yeux et sourit faiblement.
— Tous n'ont pas la même conception de leur rôle. Et tous n'ont pas votre mansuétude.
— Et puis, vous persistiez envers et contre tout à vouloir vous en sortir uniquement par vos propres forces, n'est-il pas ? Ce que vous n'aviez pas réussi à faire pour construire ce château, vous espériez arriver à le faire pour échapper aux griffes de l'Adversaire – ce qui est pourtant bien plus difficile encore. Alors que si l'on fait preuve de l'humilité nécessaire pour reconnaître que l'on a besoin d'aide, tout d'un coup, des portes s'ouvrent auxquelles on ne pensait pas, et puis tout devient possible. Sans doute est-ce là votre principal péché : celui d'avoir manqué d'humilité. Le péché d'orgueil. Ce qui explique probablement pourquoi vous n'avez jamais eu cette sensation d'être sauvé à un moment donné. Le salut n'est pas une simple affaire de marchandage. Ce n'est pas juste une histoire de rassembler une somme suffisamment élevée pour acquérir une chose qu'on désire, puis de se présenter chez celui qui la possède en disant que maintenant qu'on possède la somme, on veut la chose. Quel que soit le montant de la somme, et quels que soient les efforts consentis pour la rassembler. Ça ne fonctionne pas ainsi. Le salut n'est pas un processus mécanique. Ce n'est pas une contrepartie à laquelle on a automatiquement droit sans même se préoccuper de savoir si la partie en face consent à l'échange. Et on ne s'accorde pas non plus son salut à soi-même.
Siegfried referme les yeux et soupire.
— Peut-être, mon Père... mais où est son propre mérite quand on doit tout à autrui ?
Le Père Adalbéric sourit.
— Mais comte Siegfried, tout le monde doit tout à autrui, et inversement. À Dieu en tout premier lieu. À commencer par l'existence.
Un instant passe.
— Méditez là-dessus, comte Siegfried – tant que vous le pouvez encore.
Siegfried se tait, et le silence s'installe. Puis il rouvre les yeux.
— Mon Père... Croyez-vous que Mélusine ait pu être mêlée à l'existence de tout ceci, si elle-même m'a conseillé de faire appel à vous et de demander votre aide ?
— Ma foi, en théorie, tout est possible – mais j'y crois très peu. J'y crois d'autant moins que c'est elle qui a fait appel à moi à un moment donné, même si elle a bien tardé à le faire pour des raisons qui me sont longtemps restées mystérieuses mais qui me paraissent aujourd'hui évidentes.
— Pas même... pour cacher son jeu ?
— Si cela avait été le cas, cela voudrait dire qu'elle aurait trouvé un intérêt à causer votre perte. Dans ce cas, faire appel précisément à celui qui aurait pu réduire tous ses plans à néant serait revenu à se planter une lance dans son propre pied – ou bien, devrais-je plutôt dire, dans sa propre nageoire. Je ne la crois pas suffisamment étourdie pour cela.
Quelques instants s'écoulent encore.
— Dites-moi, mon Père... Si j'avais dû à un moment donné tout vous avouer... comme je viens de le faire aujourd'hui... Aurais-je dû renoncer à tout ce que j'avais ? À ce château ? À ce comté ? À la ville de Lucilinburhuc ? À ma femme, puisqu'elle était... une sirène ? À nos enfants ? À tout le reste ?
Le Père Adalbéric reste pensif un instant.
— Il y a cinq ans encore, je vous aurais répondu qu'il était logique de penser à renoncer à tout ce qui avait constitué un péché, et à tout ce que ces péchés avaient pu vous rapporter.
— Et aujourd'hui, qu'en dites-vous ?
— Aujourd'hui ? Outre le fait qu'il est désormais bien tard pour le faire... Depuis lors, j'ai consacré du temps à réfléchir à toutes ces choses. Je vous dirai que le temps ne s'écoule que dans un seul sens, que l'on ne revient pas en arrière et qu'une fois que les actes que l'on a posés ont eu des conséquences, il faut bien les assumer.
— N'y avait-il vraiment rien à faire ?
— Renvoyer la comtesse Mélusine est peut-être la seule et unique chose que vous auriez pu faire, et encore – puisqu'apparemment la malédiction de son sortilège a rempli cette fonction sans même que vous ayez eu à prendre la moindre décision. Elle a même eu la grâce de passer pour morte. Certes, elle vous avait menti sur sa vraie nature et elle avait usé de sortilèges pour vous la dissimuler, et cela aurait pu justifier une annulation de votre mariage pour cause de tromperie, en outre de sa nature non-humaine qui rendait de toute façon votre union illégitime, mais pour autant que nous le sachions, elle a veillé à préserver vos enfants de toute trace de sa nature, sachant qu'ils allaient devoir faire leur vie parmi les humains, et sachant que les humains n'avaient fait preuve envers elle d'aucune charité, pas même chrétienne, à quelques rares exceptions près. Mais cela mis à part, ses sentiments envers vous étaient sincères et assez puissants pour lui faire courir pour elle-même des risques conséquents. Elle a rempli envers vous le rôle et les obligations qui auraient été ceux de n'importe quelle autre épouse humaine. Une autre femme n'aurait pas su faire mieux. Et même si vous l'aviez répudiée, même si les choses s'étaient passées de façon à ce que cela vous ait été possible, cela ne vous aurait pas dispensé d'assumer votre descendance.
Siegfried reste pensif un long moment.
— Et pour le reste ?
— Remplacer le château par le vieux fort en ruine aurait été difficilement envisageable, mais même si cela avait été possible, cela n'aurait pas empêché la présence d'une ville dont la construction ne doit rien à celui à qui vous devez ce château. Et cela aurait grandement compliqué vos obligations de seigneur vis-à-vis de votre fief et de ses habitants. En cas de danger, comment les auriez-vous protégés ? Où auriez-vous pu leur offrir l'abri et la protection qu'ils attendaient de vous ?
— Autrement dit, rien de ce qui avait été fait n'aurait pu être défait ?
— En bref : on ne revient pas en arrière, ce qui est fait est fait.
— Donc, comme je l'ai toujours pensé, vous n'auriez rien pu faire ? Il m'aurait été impossible de renoncer au salaire de mes péchés ? Vous n'auriez pas pu m'en délivrer ?
— Si, l'Église aurait bel et bien pu faire quelque chose. N'oubliez pas qu'elle le peut en vertu du sacrifice de Notre Seigneur, sans lequel l'humanité était irrémédiablement perdue, mais qui a rendu son salut possible. Homme de peu de foi que vous avez été et que vous restez, envers et contre tout ! Mais la suite de votre vie aurait dû être exempte de toute trace d'orgueil et de vanité, exempte de tout mensonge et de toute dissimulation – même pour de pieux motifs – exempte de vos célèbres accès de colère, et aussi de tous les excès passés de votre jeunesse. Et même tout cela serait resté sans effet sans intervention extérieure, et serait resté impossible sans une assiduité sincère et sans concessions au sacrement de pénitence. Dites-vous bien qu'une compensation aurait été nécessaire, et cela, vous l'aviez d'ores et déjà bien compris, vos années de pénitent le prouvent – et que de toute façon, sortir de l'emprise du diable vous aurait seulement fait revenir à la condition morale et spirituelle dans laquelle vous étiez avant de lui vendre votre âme. Cela n'aurait pas suffi à soi tout seul à faire de vous un saint. Tout le chemin vers la sainteté vous serait encore resté à parcourir. À vous maintenant de juger s'il vous aurait été possible de remplir ces conditions... ou pas.
— Et qu'en est-il... du bien que l'on a fait ? Peut-il compenser le mal que l'on a pu commettre ?
— Tout dépend de l'esprit dans lequel on a réalisé ses bonnes actions. Les a-t-on faites par charité pour autrui, par amour du Bien, parce que l'on trouvait en elles sa récompense sans besoin d'autre chose, ou bien dans l'espoir d'acheter ainsi son pardon et sa place au Paradis ? Les a-t-on faites par calcul, ou bien avec sincérité du plus profond de son cœur ?... Qu'en était-il des vôtres, comte Siegfried ?...
— Est-ce un péché que de vouloir être sauvé ? Est-ce un péché que de vouloir se tirer d'un mauvais pas ?
— C'est humainement compréhensible, bien sûr. Tout le monde partage ces préoccupations. Quel croyant digne de ce nom ne désire pas être sauvé ? de sa propre imperfection humaine en premier lieu, d'ailleurs. Je ne peux bien entendu pas vous en vouloir de désirer être sauvé. Mais tout est dans l'art et la manière de faire les choses... et aussi dans l'esprit dans lequel on les fait.
Siegfried fixe le Père Adalbéric.
— Et vous, mon Père ? Que pensez-vous des miens ?
— En ce qui me concerne, seul Dieu sonde les reins et les cœurs. Vous êtes le seul à savoir ce qu'il en est en votre âme et conscience. Pour ma part, je ne pourrai vous pardonner que par rapport à ce que vous me confesserez – ou à ce que vous aurez le courage de me confesser. De manière explicite, bien sûr.
Siegfried se retourne vers le plafond et ferme les yeux.
Les instants passent.
Puis il les rouvre.
— Et maintenant ? Dans la situation actuelle, que pouvons-nous encore faire ? On dirait bien qu'il ne reste plus grand-chose de possible... vu le peu de temps qu'il me reste...à moins peut-être que...
Le Père Adalbéric sourit.
— J'aime la façon dont vous venez de poser la question, comte Siegfried. "Que pouvons-nous encore faire ?" Pas "que puis-je encore faire ?" Ni non plus "que pouvez-vous encore faire ?" Vous réalisez à présent que vous ne pouvez pas vous contenter de compter sur vos propres forces, et que vous ne pourrez rien faire tout seul. Mais vous réalisez également que votre salut ne tombera pas simplement du ciel, et qu'il vous reste quelque chose à faire personnellement pour l'obtenir. Vous n'en êtes peut-être pas conscient, mais vous venez de faire un grand pas. Un très grand pas. Unissons donc nos forces.
À ce moment, un grand bruit de tonnerre résonne dans la salle et un éclair la zèbre de part en part. La foudre tombe pile entre Siegfried et le Père Adalbéric.
Épisode 126 : Réaction
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