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Vivante
Épisode 2 : Leurs regards

Épisode 2 : Leurs regards

Publié le 15 févr. 2026 Mis à jour le 15 févr. 2026 Biographie
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Épisode 2 : Leurs regards

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J’apprenais des regards, j’apprenais des absences. Les présents étaient essentiellement femmes, mère, grand-mère, marraine, tantes, amies. Les absents, masculins. Qui jamais en un mois ne vinrent à l’hôpital.


Mon grand-père m’élevait comme un père, et nous étions unis d’un lien doux et puissant. Lui causer tristesse m’était dévastation. Son absence retardait le regard fatidique.


Mon oncle maternel était un signifiant, je pressentais déjà, plus tard je comprendrais. Le handicap gêne. Ce corps déformé, on ne sait le regarder. Cette vie, on la voit amputée, on l’imagine moindre, on n’en cherche pas plus, on détourne les yeux.


J’ai réappris le monde sous ce filtre nouveau. Durant ce premier mois, je n’eus de miroir autre que celui des regards, seuls reflets de la perte.


À 12 ans, le temps restait flou, l’épaisseur d’une vie, un concept abstrait, le « toujours », opaque, le « jamais », fumeux. Chaque heure qui passait me disait seulement : « Tu en es sortie vivante. »


Chaque jour, la victoire : s’asseoir, être debout, lever un peu le bras. Chaque jour, l’échec consolidé, le « jamais plus » probable, bientôt inexorable : ma main devenue morte, et qui le resterait. Dès lors et pour toujours, les regards partagés. Détournés ou, dans la rue, ne voyant plus que ça.


Plus tard, il y aurait des amants sans un regard pour ma main, il y aurait des amours, qui demanderaient à la toucher, à l’embrasser. Mais à 12 ans, je l’ignorais encore et je n’y croyais pas. L’adolescente rêvait de remarcher, mais ruminait aussi une question, ce n’était pas le moment, cela ne le serait jamais : « Quelqu’un m’aimera-t-il ainsi ? »


Quarante ans ont passé. Les regards passent ou lassent. Et je rejoins parfois le côté des absents ; si je me vois en vidéo, je détourne les yeux.


Notice de transparence : Line Marsan est l'autrice et la seule propriétaire de ce texte rédigé sans recours à l'IA. L'utilisation de ce texte, y compris par l'IA, n'est pas autorisée sans l'accord de l'autrice. Le logiciel Antidote a été utilisé pour correction orthographique et typographique.

Illustration : Photo originale de ottawagraphics sur Pixabay, éditée en noir et blanc avec Snapseed.

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Commentaires (2)

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Nokien verif

Nokien il y a 3 heures

Quel beau texte. Cette pudeur, cette intensité à fleur de peau. Quelle émotion. 🫂

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