Session 8 - on navigue au pif
Je me redressai sur mon siège et, hébétée, balayai les environs d'un regard fébrile. J'étais toujours à Namur, dans ce bus qui m'emportait je ne savais où, l'imposante citadelle désormais derrière nous. Elle nous suivrait cependant longtemps, les pointes de ses fortifications visibles encore à des kilomètres, surplombant le cours indolent de la Meuse et de son halage. Je le savais, j'avais tant de fois essayé de l'abandonner, adolescente, pour à chaque fois revenir vers elle, penaude, repentante et pénitente. Je m'ébrouai et revint à l'écran vide de mon smartphone, vers cet appel qui, malgré la colère, l'énervement et l'évident déplaisir de mon mari, représentait mon seul ancrage avec la normalité.
"Tu es chez le notaire ?"
J'avais soufflé ma question d'un ton de conjurateur, à voix basse, les deux mains couvant le micro de l'appareil. J'avais buté sur chacun des mots, aussi, incapable de les faire sortir sans qu'ils se cognent aux parois de mon palais.
Le sang me battait les tempes et la gorge, mon estomac se révoltait en spasmes violents et des éclairs blancs s'entredéchiraient sur mes rétines. Tout en moi n'était plus que percussions, des plus sourdes aux plus fracassantes, et dans ce tintamarre qui m'empêchait de penser, j'attendais une réponse qui ne venait pas.
Contribuer
Tu peux soutenir les auteurs qui te tiennent à coeur


Commentaire (0)