Session 14 - reprise à main levée
[Je restai une bonne dizaine de minutes au sol], comme un écueil au milieu du flot des passants. Quelques groupes me jaugèrent avec hauteur, d'autres me glissèrent un coup d'oeil moqueur avant de se chuchoter quelque saillie qui les fit exploser de rire. Une octogénaire coquette, parfaitement maquillée, brushinguée et parfumée, mais très distraite, faillit même laisser son yorkshire se soulager à mon flanc. Elle ne s'excusa cependant pas de l'indiscrétion avortée de son roquet, se contenta juste de secouer la laisse pour rappeler l'animal à l'ordre avant de s'éloigner d'un petit pas élégant. Bref, je dus rassembler seule mon courage pour refaire surface dans cette marée humaine.
Mon premier geste conscient fut, une nouvelle fois, de consulter mon téléphone. Le dernier appel enregistré datait du matin. Ma mère, pour me seriner une fois de plus nos obligations familiales du weekend. Au menu : fête d'anniversaire de la petite dernière de ma soeur, pour laquelle je montrais très peu d'entrain. S'en était suivie une passe d'armes passive-agressive, exercice dont les membres de ma famille sont tout particulièrement férus. A ma décharge, lors de mon mariage, ma chère soeurette, soi-disant noyée sous les dossiers, avait surtout brillé par son absence, et je n'entretenais au mieux que des liens très ténus avec sa progéniture. La perspective d'un dimanche après-midi engoncée dans le canapé familial ne m'emballait, mais alors pas du tout !
Je fis défiler la liste vers le bas, atteignit le fond et relançai le curseur vers le haut, espérant voir enfin surgir le numéro de Joris. Que nenni, l'appareil, buté, terminait toujours sa course sur le nom de ma mère. Dernier appel. 11h48.
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