les premiers jours de votre apparition
Je pensais à cet enlèvement d’une femme dont on ne connaît à peu près rien, dont on ne sait même si elle possède un mari, si elle a des enfants, si elle aime la culture des roses ou bien lui préfère la lecture, les promenades romantiques, la méditation, l’amour sous l’aiguillon du démon de midi. J’étais perdu dans le labyrinthe de mon imaginaire, si bien que les premiers jours de votre apparition glissaient telles les gouttes d’eau sur les plumes lustrées des cygnes. Ce ne fut guère que le troisième ou le quatrième jour que je vous aperçus, sans doute alerté par un comportement qui ne laissait d’être étonnant.
Toujours vous vous installiez sur les marches de marbre blanc d’une gloriette (elle me faisait penser à celle du Temple d'Apollon dans le parc de Nymphenbourg, à Munich), peut-être étiez vous séduite par ce temple à l’antique, propice au repos et à la poésie, dont l’époque baroque raffola, en édifiant à l’envi dans les moindres parcs et jardins ? Certes, ce n’était nullement un grand mystère que d’affectionner ces fantaisies architecturales et tout ceci aurait pu s’effacer immédiatement de ma mémoire si votre conduite ne s’était traduite par cette vêture pour le moins étrange qui vous plaçait, immanquablement, hors d’un monde commun, à tout le moins dans un cercle si restreint que nul autre que vous ne pouvait prétendre y habiter. Mais il me faut consentir à vous décrire, au cas où un Lecteur égaré viendrait lire la prose du ‘Journal Intime’ dont je noircis les pages depuis au moins une éternité.
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