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un lieu d’immense solitude
Non-fiction
Visual arts
calendar Published Oct 13, 2026
calendar Updated Oct 13, 2026
time 2 min
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un lieu d’immense solitude



Le sentiment d’étrangeté est renforcé par les toponymes locaux : « La Pisquerra », « El Rallon », « El Plano » et surtout, peut-être, « La Negra », « La Blanca ». « La Noire », « La Blanche », comme si ces scènes si proches de l’essentiel ne pouvaient avoir de traduction que cette dialectique si tranchée dont le gris constituerait la valeur médiane, le lien qui ferait tenir en équilibre cet édifice aussi curieux que les constructions de boue et de salive des termitières. C’est ceci le dépaysement, « action de s'en aller dans un autre pays », nous dit l’étymologie. Oui, assurément nous allons dans un autre pays, sans doute un pays de chimères et de merveilles dont nous pourrions penser qu’il est le fruit de notre imagination lorsque nous lui lâchons la bride et qu’elle s’enfuit au galop pour bien plus loin que nous n’avions pu le penser jusqu’alors.

Un tel lieu ne peut être qu’un lieu d’immense solitude. Soi avec l’être-du-paysage sans qu’il puisse y avoir d’intermédiaires, de témoins, de commentateurs bavards et pléthoriques. C’est de cette manière que la sensation, transitant de la conscience de la Nature (fût-elle menue, discrète, effacée), à la nôtre propre, sinue en nous avec les plus belles chances d’essaimer ses spores de croissance, d’assurer la germination de ce qui a été porté à notre regard, entendu, éprouvé jusqu’en la résille disponible de notre peau. C’est un genre de métamorphose de qui on est à la mesure des affinités que l’on entretient avec le proche et le délicat, le distingué.

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