Vision fantastique
Vaste est le paysage qui ne saurait dire son nom. Un lieu seulement ôté au vertige du monde. Un lieu qui se suffit à lui-même quand bien même nul regard humain ne le porterait à la conscience. Il semblerait même qu’il s’agirait d’un autre univers, placé bien au-delà des soucis et préoccupations quotidiens. Le ciel vient de très haut. Il paraît n’avoir nulle origine pas plus qu’une finalité précise. Peut-être est-il cette étincelle venue de l’infini pour nous dire la taille du microcosme que nous sommes, perdus dans une immensité dont notre imaginaire, fût-il fertile, serait bien en peine de rendre compte. Il y a un genre de champignon faisant penser à quelque emballement nucléaire. Il n’en finirait de retomber, comme autrefois sur les lagons transparents du Pacifique. Alors se lève un état de sidération qui renforce notre sentiment d’abandon, de séparation d’avec cet environnement qui constitue le seul amer dont nous disposions. Vision fantastique dont l’étonnant surgissement renforce notre inquiétude. Puis la ligne d’horizon, doucement pommelée, sinueuse, rencontre de la courbe de deux collines. Puis la terre au premier plan, la terre labourée non encore porteuse de récolte mais ensemencée par le geste de l’homme. Nous devinons sa présence, de l’homme, mais atténuée, illisible, que nous renvoie l’écriture grossière des mottes, son effervescence de glaise. Au milieu de toute cette scène d’immense désolation UN SEUL ARBRE, mince, frêle, qui semble défier les lois du temps et de l’espace. Soudain, pour nous qui l’observons, il prend un caractère tragique pour la simple raison que nous projetons en lui les nervures de notre intime détresse. C’est ainsi, parfois il nous faut un élément opposé qui nous renvoie l’écho de notre propre questionnement. Or celui dont nous sommes présentement affecté, jusqu’en notre tréfonds : la solitude, sa vrille qui creuse un trou au sein de notre condition mortelle, qui ouvre le vortex par lequel tout risque de s’effondrer jusqu’à ce qu’il ne demeure plus la moindre once de sens. Car, avant tout, il s’agit de signification. Si l’artiste seul dans son atelier, le saint dans sa retraite, le pèlerin dans sa longue marche trouvent encore les ressources de leurs actions respectives, c’est au regard d’un remplissement de leur être, d’un comblement de leur conscience.
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