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Épisode 99 : Imprécations
Fiction
Tale
calendar Published Oct 8, 2026
calendar Updated Oct 8, 2026
time min
All audiences

Épisode 99 : Imprécations

🎧 Musique : Phil Collins - Do You Know, Do You Care ? (2016 Remaster)

Pour profiter pleinement de l'expérience de lecture en musique, si vous n'avez pas d'abonnement YouTube Premium, je vous conseille de lire ce texte sur ordinateur et d'ouvrir le lien musical dans un nouvel onglet. Ça marche tout aussi bien et ça a l'avantage d'être gratuit 🙂

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— Qui es-tu, Mélusine ?


Comme tant de soirs depuis le service funèbre célébré pour le repos de l'âme de la comtesse de Lucilinburhuc dans la cour du château, à la tombée de la nuit, quand personne ne le cherche, Siegfried laisse ses pas s'égarer du côté de ce qui fut la grotte de Mélusine. Celle où il l'a courtisée, vingt-six ans auparavant. Celle où il l'a demandée en mariage.


Celle où elle venait probablement prendre ce bain du samedi sur lequel il ne devait pas lui poser de questions.


À part prendre son bain dans ce qui fut ce bras de l'Alzette, que venait-elle y faire ?...


Passait-elle vraiment tout son samedi à se baigner ?


Rien qu'à ça ? À rien d'autre ?


À reprendre sa forme de sirène aussi, apparemment.


Était-ce donc pour cela qu'elle n'avait pas pu le suivre à Koerich ? Pour pouvoir redevenir sirène une fois par semaine ?


— Pourquoi, Mélusine ?


Quel était le but de tout cela ?


Pouvoir batifoler en tant que sirène une fois par semaine bien tranquillement ? sans que personne ne le sache, et surtout pas lui ?


Pour se retirer de chez les humains quand elle en avait assez de vivre dans leur monde et que ça devenait trop dur pour elle ?


Pour conserver ses pouvoirs et aptitudes de sirène ? qui allaient sans doute bien au-delà d'un beau chant, d'une beauté et d'une grâce à rendre n'importe quelle humaine folle de jalousie – et n'importe quel humain fou d'envie ? des pouvoirs dont il n'a probablement même pas idée ?...


Et pour en faire quoi ?...


Réintégrer son monde de sirène... et s'y amuser à sa façon ?


Reprendre contact avec des créatures dont il n'imagine même pas l'existence et qu'il ne peut même pas se représenter ?


Pour faire quoi ?


Pour y faire des choses dont les humains n'ont même pas idée... surtout pas lui... et qui les effraieraient ?


Et puis après ? Quoi ?...


Recommencer la transformation ?

Renouveler le sortilège ?

... Perpétuer le mensonge ?


De quel plan secret, de quelle machination abominable et diabolique était-il l'objet ? ou le pion ?


Quel rôle était-elle censée lui faire jouer ? dans quel plan ? au profit de qui ?...


Combien de temps le mensonge aurait-il encore duré si Siegfried n'avait pas un jour jugé qu'il valait mieux se méfier ?


Quand la supercherie se serait-elle arrêtée ? L'aurait-elle jamais fait un jour ?


Ou bien, tout le monde avançant en âge, Mélusine aurait-elle simplement décidé à un moment donné de disparaître, tout aussi mystérieusement qu'elle s'en allait prendre son bain du samedi, avant que quiconque se pose trop de questions sur une longévité et une jeunesse trop prolongées pour être honnêtes ? Combien de temps au juste vivent les sirènes, au fait ?


Si ça se trouve, quel âge Mélusine avait-elle déjà le jour où il l'a rencontrée ?... et où il a naïvement cru avoir affaire à une jeune fille ?


Ou bien la supercherie se serait-elle arrêtée le jour où... ce jour fatidique, qu'il espère encore toujours pouvoir éviter, où le diable viendra le chercher et réclamer son dû ? en ricanant ? en se moquant bien de lui et de sa crédulité ? et de ses sentiments ?


— Étais-tu sa complice, Mélusine ? Travaillais-tu pour lui ? Dans quel camp étais-tu au juste ?... Pour qui te battais-tu ?... Pourquoi ? Pour quoi faire de moi ?... Dans quel but ?...


Le diable s'est-il servi d'elle, de son attractivité féminine et de sa faiblesse d'homme pour le faire tomber dans son piège ? S'est-il servi d'elle comme il s'est servi d'Ève pour faire tomber Adam ?


Ou bien n'était-il qu'un pion destiné à jouer un rôle dans un plan plus large dont il n'a même pas idée ?... Mais lequel ? au profit de qui ? de quoi ? au détriment de qui ?... Et pourquoi ?...


Qui était-il, lui-même, Siegfried, dans tout cela ? Un objectif ? Un objet ?...


A-t-il seulement jamais compté pour lui-même à ses yeux ?...


Les larmes coulent, et il ne peut même pas les arrêter.


— M'as-tu seulement jamais aimé dans tout ça, Mélusine ?... Ne serait-ce qu'un peu ?... Qui étais-je pour toi ?... Moi, je t'aimais, Mélusine ! Je t'aimais ! Je t'aimais !... Follement !... J'ai tout fait pour toi, et j'en aurais fait plus encore !... T'es-tu juste servie de mon amour pour toi ?... J'étais quoi, pour toi ? Un objet ? Un objet encombrant ? Plus encombrant que prévu ?... Un pion peut-être ?... Un pion vis-à-vis de qui tu devais pouvoir garder tes distances ?... Pour qui marchais-tu, Mélusine ?... Juste pour toi-même ? pour ton plaisir ?... Tu ne voulais donc que t'amuser ? en pestant contre les conséquences ?... Marchais-tu pour quelqu'un d'autre ?... Pour qui ?... Pour qui ? Pour quoi ? Pour quoi faire ?... Qui étais-je pour toi ?... Qui étais-je pour toi ?...Qui ?... Quoi ?... J'étais quoi dans tout ça ?...


Si Mélusine l'avait tout simplement suivi à Koerich comme l'auraient voulu les usages, rien de ce qui le hante depuis maintenant vingt-cinq ans ne serait arrivé.


Ils auraient juste vécu avec leurs enfants une vie certes nettement plus modeste, mais paisible. Lui, il aurait gardé sa tranquillité d'esprit et sa sérénité. Il sait à présent depuis tout ce temps à quel point ces biens sont précieux. Aujourd'hui, il ne souhaiterait rien tant que revenir en arrière, au moment où rien n'avait encore commencé. Peut-être aurait-il mieux fait il y a dix ans d'accepter la proposition du diable et de revenir en arrière pour annuler son marché. Aujourd'hui, il donnerait tout ce qu'il possède, ce château, cette ville, ce comté, le pouvoir qu'il a gagné, et bien plus encore, pour retrouver l'esprit libre et dégagé qui était le sien il y a vingt-six ans.


Si seulement il avait su à l'époque...


Si seulement il n'avait jamais rencontré Mélusine...


Oh, comme il maudit ce jour aujourd'hui.


— Où es-tu aujourd'hui, Mélusine ?... Es-tu en train de bien rire de moi avec lui là en bas ? Est-ce que vous vous amusez bien ? Est-ce que vous faites bien la fête là en bas en enfer ? Est-ce que vous prenez du bon temps ensemble en rigolant bien de moi, de ma naïveté et de tous les sentiments que j'ai eus pour toi pendant si longtemps ?... Oh comme j'ai été aveugle ! J'ai tant de fois cherché si tu avais un amant... et je suis passé si longtemps à côté de l'abominable tromperie qui a été la tienne pendant toutes ces années !... Dis-moi, ces enfants, ces sept enfants que nous avons élevés ensemble, sont-ils les miens ou les siens ?... Hein ?... Dis-moi, Mélusine ?... Sirène ! Femme-poisson ! Créature chimérique ! Avec qui, avec quoi d'autre me trompais-tu encore ?... tous ces samedis ?... tous ces samedis ?... pendant vingt-cinq ans !... vingt-cinq ans !... vingt-cinq ans !...


Des visions abominables lui envahissent le cerveau. Il a beau fermer les yeux, se prendre la tête dans les mains, se la cogner contre les rochers, il n'arrive pas à les chasser.


Il hurle, hurle comme un fou, comme un possédé.


Ce qui se libère en lui, c'est cet unique reproche, qu'il a si longtemps refoulé, qu'il n'a jamais formulé, qu'il n'a jamais voulu regarder en face, dont il a toujours pressenti le danger, mais qui s'impose à lui aujourd'hui avec la force des évidences :


— Pourquoi as-tu refusé de me suivre à Koerich ?... C'est par ton maudit rocher que tout le mal est arrivé !... Pourquoi, Mélusine ?... Pourquoi ?... Pourquoi ?... Pourquoi m'as-tu fait ça, pourquoi, pourquoi, pourquoi ?... Qu'est-ce que je t'avais fait pour que tu me fasses ça ?...


Mais Mélusine ne répond pas. Même son chant s'est tu.


Alors Siegfried lève le visage au ciel et lui adresse ses prières.


— Qu'avais-je fait de mal ? Quel horrible péché avais-je pu commettre, pour être châtié si sévèrement ?... Pourquoi m'avez-vous tous abandonné ? Pourquoi m'avez-vous tous laissé dans la détresse ? Pourquoi m'avez-vous tous laissé dans l'ignorance ? Ai-je jamais été aussi mauvais ? Qu'ai-je fait pour mériter le sort qui est le mien aujourd'hui ? Qu'ai-je fait pour être jeté de mon vivant en pâture aux démons ?... Si je le méritais alors, dites-moi quels étaient mes péchés ! Dites-le moi ! Dites-le moi !... Dites-moi ce que je dois faire pour les expier ! Les sacrifices que je fais ne sont-ils pas encore assez ? Dites-moi ce que je dois faire, Dieu du Ciel ! Dites-moi ce que je dois faire !...


Mais tout ce qui répond à ses interrogations et à ses imprécations, c'est leur écho, qui se répercute encore et encore à travers les rochers.


Et le silence.


Obstinément.


Et, parfois, en sourdine, un rire sarcastique, un rire de hyène, porté par le vent.


Épisode 100 : Survie


Crédit images : toutes les images publiées dans cette Creative Room sont mes créations personnelles assistées par IA sur Fotor.com, retouchées sur Microsoft Photos


© Jackie H, 2024–2026

Tous droits réservés selon toutes législations et conventions nationales et internationales en vigueur, qu'il s'agisse d'individus humains, d'organisations ou d'intelligences artificielles

Texte entièrement rédigé par un être humain

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