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Gagarine (Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, 2020)

Gagarine (Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, 2020)

Published Jun 12, 2021 Updated Jun 12, 2021
time 4 min
CREATIVE ROOM

Asperger et cinéma

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Gagarine (Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, 2020)

"Gagarine" qui devait sortir fin 2020 et qui finalement sortira le 23 juin 2021 est le premier long-métrage de Fanny LIATARD et de Jérémy TROUILH d'après leur court-métrage éponyme réalisé en 2015. Soit le même parcours que pour "Les Misérables (2019). Mais le parallèle avec le film de Ladj LY ne s'arrête pas là et confirme la "montée en gamme" du film dit "de banlieue" dans le sens où c'est en s'y arrachant, en dépassant son sujet, en se détachant du documentaire social, de l'ici et du maintenant qu'il en parle le mieux en touchant l'universel. "Les Misérables" convoquait le passé de Montfermeil et Victor Hugo. "Gagarine" s'ouvre sur des images d'archives qui rappellent également le terreau historique dans lequel a germé la cité: celui des 30 Glorieuses mais aussi d'un certain âge d'or de l'Etat-providence quand la menace communiste en pleine guerre froide poussait les élites dirigeantes à jouer le jeu de la redistribution des richesses pour réduire les inégalité sociales. La construction d'une cité HLM à Ivry-sur-Seine dans la banlieue rouge de Paris inaugurée par le cosmonaute soviétique Youri Gagarine en 1963 est donc emblématique de cette époque de progrès économique et social sur fond de course à l'armement (et à l'espace). Mais un demi-siècle plus tard, la cité Gagarine, comme la plupart des grands ensembles de HLM construits dans ces années-là se sont taudifiés en raison d'un changement radical de contexte économique, social, diplomatique et idéologique. La fin de la guerre froide et le triomphe du capitalisme libéral mondialisé ont sonné le glas des idéaux de justice sociale. Les cités sont devenus des ghettos habités par les populations les plus pauvres, souvent d'origine immigrée. Des "sans-voix" que les pouvoirs publics déplacent comme des pions sans les consulter, leur infligeant un nouveau traumatisme en décidant d'évacuer la cité et de la dynamiter plutôt que de la rénover. Un choix d'urbanisme très politique comme le montrait déjà Ladj LY en ressuscitant à l'intérieur des cités les barricades proscrites par les grandes percées haussmaniennes du XIX° siècle. Car atomiser la cité, c'est atomiser une communauté, un réseau de solidarités en milliers de petites cellules individualisées beaucoup plus facile à dominer (diviser pour mieux régner).

Mais pour les populations de la cité, la décision de leur expulsion est un drame en ce qu'elle les oblige à revivre le traumatisme de leur déracinement, eux qui avaient réussi à s'ancrer quelque part. Elle les renvoie à leur statut de dominés qui n'ont aucune prise sur leur propre vie. En un geste symbolique dérisoire, l'un des habitants décide d'emporter sa boîte aux lettres, signifiant par là que cela au moins, c'est à lui. Et c'est dans ce contexte que le héros, Youri, décide d'entrer en résistance contre cet ordre des choses. Tout d'abord en s'improvisant bricoleur avec quelques amis pour tenter de rénover lui-même la cité. La tache démesurée est vouée à l'échec. Et puis il découvre lui aussi que "sa" cité est en fait considérée par les pouvoirs publics comme leur bien et non celui des habitants. Alors, le bien-nommé Youri se tourne vers les étoiles, transforme la cité vidée de ses habitants mais pas encore détruite en gigantesque vaisseau spatial pour la faire décoller avec lui. Une envolée magnifique, magique qui permet au film de déployer ses ailes dans l'onirisme poétique et renvoie à d'autres actes de résistance similaires: c'est Karl, le vieillard cerné de tous côtés par les immeubles que l'on veut exproprier et envoyer en maison de retraite et qui transforme sa maison en montgolfière ("Là-haut" de Pete DOCTER). Ce sont aussi les employés des assurances Crimson qui après avoir neutralisés leur hiérarchie partent à l'abordage de la finance en transformant leur immeuble en vaisseau de pierre dans le court-métrage de Terry GILLIAM en ouverture de "Monty Python : Le Sens de la vie (1982). Youri recréé un microcosme déconnecté du réel dans lequel il se réfugie comme un enfant sous sa tente grâce à son imaginaire et des matériaux de récupération là où d'autres se résignent ou sombrent dans le désespoir suicidaire. Les réalisateurs subliment cet environnement peu propice à la rêverie grâce à un travail exceptionnel sur les cadrages et les jeux de lumières. Avec eux, les tours et les barres mais aussi les grues et même les chantiers deviennent des fusées et des paquebots futuristes se nimbant de mystère, certains plans renvoyant directement vers "2001, l odyssée de l espace" (1968). On est transporté dans un autre univers, on revit son enfance et on ressent plus que jamais les points communs de tous ceux qui ne parviennent pas à trouver leur place en ce monde et de ce fait se sentent un peu "extra-terrestre": les migrants, les gens du voyage (la petite amie de Youri est Rom et sa communauté vit dans un climat tout aussi marqué par la précarité et l'arbitraire), les handicapés (un autiste s'y reconnaîtra parfaitement: solitude, silence, inadaptation, repli dans un monde imaginaire, sentiment de venir d'ailleurs), les inadaptés, les vieux désargentés, les chômeurs, bref toutes les formes de marginalité.

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