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48. La Légende de Nil. Jean-Marc Ferry. Livre 2, L'Utopie de Mohên, VI, 2

48. La Légende de Nil. Jean-Marc Ferry. Livre 2, L'Utopie de Mohên, VI, 2

Published Oct 24, 2023 Updated Oct 24, 2023 Culture Culture
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48. La Légende de Nil. Jean-Marc Ferry. Livre 2, L'Utopie de Mohên, VI, 2

 

— Mon fils tenait à faire seul ses preuves militaires. Il a tant insisté que j’ai accepté qu’il se rende dans la région indiquée par Oramûn, à la tête d’une petite milice de nos braves. Ils forment une ligne de défense le long de la Gunga, une rivière qui traverse les Terres blanches du Nord au Sud depuis les confins occidentaux des Seltenjœth jusqu’à un lac au cœur des montagnes de Welten.

— Ont-ils subi déjà des attaques ?

La question vient d’Ygrem, roi des Nassugs. Elle est adressée à Rus Nasrul, arrivé la veille à Syr-Massoug en compagnie de Nïmsâtt. Santem et Oramûn sont présents à la réunion, laquelle revêt l’allure d’une cellule de crise ; de même Ols, fils d’Ygrem, et Almira, son épouse, fille de Santem. C’est chez eux qu’Yvi et Oramûn sont hébergés : dans des appartements du palais princier qu’Almira a mis tout son cœur à aménager pour son frère et sa récente belle-sœur. Eux sont sur le départ. Raisonnablement Yvi aurait dû rester à Syr-Massoug, profiter de ses nouveaux appartements dans l’attente de l’enfant à naître. Oramûn s’était proposé de repartir, seul, pour les Welten. Mais il n’a pas su convaincre sa femme de ne pas l’accompagner. Avec Yvi, finalement, ils se rendront au « lac de Lob ». De là, Oramûn espère avoir un contact direct avec Ferghan. Si tout va bien, Yvi et lui n’auront pas à entreprendre un exode à travers le pays des Tuldîns par-delà les montagnes de Welten. Il ne sera pas nécessaire de conduire les jeunes Djaghats au-delà du détroit qui sépare les Terres blanches de la mystérieuse région indiquée par Lob-Âsel-Ram, le Sage.

Rus Nasrul, à qui le roi des Nassugs venait d’adresser la question, ne semble pas inquiet.

— Oui, il y a eu des affrontements. En principe, l’armement des nationalistes est supérieur. Leur armée dispose d’explosifs et de fusils mitrailleurs. Mais ils n’ont pas d’engins pour aéroporter leurs explosifs. Quant à leurs fusils, ils ne fonctionnent qu’une fois sur deux et leurs soldats, des mercenaires sans métier, savent à peine s’en servir. Ferghan les a piégés en les attirant dans les montagnes de Welten. Nos hommes ont fait une hécatombe : plus d’une centaine de tués dans les rangs des mercenaires ! Je ne suis pas inquiet. Ferghan est entraîné aux exercices militaires depuis son enfance. Il m’a accompagné partout où j’étais appelé. Lui et moi avons fait de nombreuses cam­pagnes… Il y avait naguère encore beaucoup de brigandages. Des bandes s’évertuaient à terroriser des villageois de nos montagnes. Des pirates attaquaient nos sites portuaires. Mon fils et moi sommes passés maintes fois près de la mort. Ferghan m’a fait valoir qu’à son âge j’avais déjà mené des opérations en tant que chef de guerre. C’est vrai. Il m’a déclaré qu’il y va de son honneur d’aller contenir l’invasion des agresseurs. Car ne nous leurrons pas : l’affaire est menée avec cynisme. Contrairement aux rumeurs et allégations de propagande, les Tangharems n’ont pas attaqué les Aspalans. C’est l’inverse. Les incidents de frontière sont le fait des nationalistes. Leur armée a franchi les tourbières qui séparent les Terres noires des Terres blanches, au Nord. Là, les Aspalans se sont heurtés aux Kharez qui ont fait appel aux Tangharems. Leur chef, Ulân, a mobilisé une armée. Le conflit fut sanglant. Les Tangharems ont dû se replier vers le Sud…

En écoutant le récit de Nasrul, Ols et Oramûn se remémorent avec sympathie l’hospitalité des Olghods. Dans quelle mesure seraient-ils protégés ? Peut-on espérer qu’ils soient préservés des tribulations ? C’est la question que posa Ols.

Nasrul ne voulut pas répondre dans l’instant. Il lui faut réfléchir. Le soir tombait sur la capitale. Rien qu’à s’en remettre au bruit des rues comme à l’odeur des parcs, on commençait à ressentir les impressions de fin d’été. Une atmos­phère étrange pesait sur la réunion, comme si un monde allait s’écrouler.

— Ulân n’ose demander l’aide des Olghods, vu que les Tangharems sont alliés aux Kharez, lesquels ont massacré des Djaghats. Or ce sont des Olghods qui ont accueilli les survivants de ces massacres. Olghods et Tangharems ne s’aiment pas. Ulân est donc isolé, coincé entre l’armée d’invasion, au Nord, la mer, au Sud, les Terres noires, à l’Est, tandis qu’à l’Ouest il lui faudrait pénétrer chez les Olghods. La situation est des plus instables. À tout moment, Ulân peut tenter une percée à l’Ouest en territoire Olghod. A moins que les nationalistes ne se replient vers les Terres noires, renonçant à la visée de conquête...

— C’est plus qu’improbable !

L’exclamation vient de Santem qui poursuivit :

­— Derrière les mercenaires il y a le parti des nationalistes, le Front Aspalan de Libération, comme il s’intitule. Ce parti n’est rien par lui-même. Il est soutenu par des industriels qui se sont engagés à fournir l’armement. Soyons certains que ce n’est qu’un début. La fourniture d’armes ira s’intensifiant, les fusils seront opérationnels, les mercenaires se formeront sur le tas. Qui paie ?

Santem attend la réponse. C’est Oramûn qui prononça le nom honni :

— Zaref !

— Bien entendu, Zaref ! Il pilote l’opération. Demandons-nous pourquoi il tiendrait à ce que les mercenaires franchissent la ligne défendue par Ferghan.

Oramûn encore :

— Ils veulent les Terres fertiles de l’Ouest, là où séjournent parfois les Tuldîns.

Santem salua d’un regard approbateur la sagacité de son fils.

— Voilà l’hypothèse plausible ! L’opération aura été suggérée à Zaref par les Nassugs de Iésé. Il y a pour eux l’enjeu que nous savons : ne pas dépendre des Terres bleues ni de l’Archipel sur le plan alimentaire. Cela permettra aux industriels de refuser les dispositions requises pour les entreprises de l’Union. Cet enjeu économique est trop puissant pour laisser imaginer un retrait spontané de l’armée d’invasion.

Nasrul souhaite reprendre le fil de son propos, car il n’a pas répondu à l’interrogation au sujet des Olghods.

— Ferghan n’a pas mission d’attaquer l’armée d’invasion, mais d’assurer une ligne de protection, le long de la Gunga qui sépare normalement les Tangharems des Tuldîns. Du Nord au Sud la ligne part des contreforts des Seltenjœth pour s’arrêter à la pointe Nord des Welten. Elle ne saurait s’étendre plus loin au Sud, vers le territoire des Olghods. Il faudrait un autre dispositif. Seuls les Tuldîns peuvent se sentir protégés, et pour peu de temps. Nos braves sont des bergers et des marins, valeureux et dévoués, mais ils ne sont pas rompus au métier de la guerre. Ils ont une famille et sûrement hâte de la retrouver…

Nasrul fut à nouveau interrompu, mais par Ols, cette fois, car une question le hantait :

— L’armée d’Ulân s’est repliée en territoire djaghat, n’est-ce pas ? Elle compte sans doute des Kharez. Les Djaghats ne sauraient tolérer l’occupation de leur pays par les meurtriers de leurs proches. Ils voudront venger leurs morts et seront massacrés ! Sais-tu, Nasrul, ce qu’il advient d’eux ?

— Les Djaghats affluent par centaines vers l’Ouest, chez les Olghods à qui ils demandent asile. D’autres, moins nombreux, ont pu fuir vers le Nord et passer sous la protection de nos braves, de l’autre côté de la Gunga, en territoire tuldîn. Les Tuldîns sont coopératifs. Ils soutiennent nos hommes. En dehors de leurs armes de poing ils n’ont que des arcs avec lesquels ils font toutefois merveille. Certains peuvent atteindre par leur tir une pièce d’un Sol lancée à soixante pieds. Mais la portée de leurs flèches est bien insuffisante. Elle ne vaut pas celle de nos arbalètes, et encore moins de nos catapultes.

En entendant Rus Nasrul faire ainsi état d’armements aussi archaïques, Santem se rembrunit. Son visage devint gris, ses yeux semblaient traversés par des éclairs. Cependant, Ols veut en apprendre davantage de Nasrul sur la situation des Djaghats ainsi que des Olghods :

— Comment les Olghods vont-ils faire face à l’afflux des réfugiés ? Le problème alimentaire va se poser de façon aiguë, si ce n’est déjà le cas.

Le silence de Nasrul est suffisamment éloquent. Oramûn prit la parole :

— J’embarquerai demain sur mon bateau amarré au vieux port. Je propose de transiter par Mérov. Là, je chargerai du blé que je débarquerai chez les Olghods.

Ols fut le premier à réagir :

— Oui, faisons cela ! Êtes-vous d’accord, Santem ?

— Bien sûr ! Je contacte mes autres fils, afin qu’ils affrètent un navire. Mettons cette première expédition à profit pour assurer des mois d’approvisionnement en blé. Cela risque d’être plus malaisé par la suite : les Aspalans pourront se mettre en tête d’arraisonner nos navires. Mais voyons l’aspect global : derrière la digue, l’eau s’accumule. La ligne de défense qu’assurent Ferghan et ses braves ne saurait résister durablement à un acheminement continu de matériel militaire en provenance des Terres noires. Les volontaires des Seltenjœth, Nasrul nous l’a fait comprendre, devront bientôt regagner leur foyer. Or l’Union ne dispose pas d’une armée de métier. Cependant, nous ne pouvons ni laisser un vide face à l’armée d’invasion, ni miser sur la force subsidiaire que représenterait une mobilisation des citoyens du Royaume et de l’Archipel pour prêter main forte…

Mes amis, il nous faut par conséquent armer des navires, mais avec la plus haute technologie dont nous soyons aujourd’hui capables. De cet aspect Nïmsâtt et moi nous sommes entretenus, hier soir. Pas question de nous livrer à une stupide et odieuse course aux armements avec les Aspalans ! Nous n’allons pas engager nos industriels à produire des explosifs et des fusils mitrailleurs, ou tout armement grossier de ce genre. Il nous faut plutôt disposer d’une force de dissuasion telle que les industriels de Iésé et d’ailleurs réaliseront la vanité d’un entêtement à poursuivre l’opération de conquête.

Les regards se tournèrent vers Nïmsâtt, jusqu’alors restée muette.

— Il s’agit d’une arme réalisée par application d’une technologie reposant sur l’émission stimulée de rayonnement électromagnétique. Les industriels utilisent le principe à des fins civiles, dans la métallurgie, pour la découpe précise de plaques d’acier. Le rayon est invisible et silencieux. Son efficacité dépend de sa durée d’application sur la cible. Celle-ci peut être atteinte à la vitesse de la lumière avec une très grande précision, sur des trajectoires rectilignes. L’arme n’est pas onéreuse : son utilisation ne coûte guère que l’électricité qu’elle consomme. Son maniement n’est pas dangereux : l’arme ne comporte pas d’explosif ni quelque poison chimique. Elle est transportable sur des vaisseaux maritimes ou aériens...

Nïmsâtt se tut, comme émue par l’implication de ses propos. Elle ne put s’empêcher d’y adjoindre une note plus personnelle :

— … Pour le moment, l’efficacité destructrice en est limitée à des objets légers. Elle serait indiquée pour éliminer des drones, par exemple, ou des batteries d’artillerie. Je souhaite qu’elle ne soit pas employée contre des êtres humains. Un canon pourrait équiper un vaisseau maritime, au Sud, pour protéger les Olghods contre une percée adverse et couvrir aussi le passage de réfugiés Djaghats. Un autre canon serait utile, au Nord, équipant un vaisseau spatial, pour protéger la ligne de défense assurée par Ferghan. Cette ligne est vulnérable. Nasrul a confiance en la valeur militaire de son fils. Je partage cette confiance et j’admire les aptitudes de Ferghan à la manœuvre. Mais il est tout jeune. Je serai inquiète tant qu’il ne bénéficiera pas du soutien logistique que représenterait le vaisseau armé.

— À combien de temps, Nïmsâtt, estimes-tu le délai de livraison ?

La question émane du roi Ygrem.

— Notre prototype est trop petit pour accueillir l’arme électromagnétique. Un nouvel astronef vient d’être mis en chantier. Quant aux canons eux-mêmes, ils peuvent être prêts dans deux ans, si les essais sont concluants. Au total, il est raisonnable de compter trois années pleines.

Le fait que Santem s’attendît à cette réponse n’empêcha pas qu’elle le plongeât dans une grande préoccupation. Comment tenir la situation militaire, trois années durant, sans moyen matériel et humain de faire face ? À ce souci vint, la même semaine, s’adjoindre la nouvelle qui allait faire basculer le royaume des Terres bleues : les industriels nas­sugs de Iésé et de Syr-Massoug viennent de proclamer la constitution d’une Ligue des Industries Autonomes. Elle couvre le tissu des entreprises bordant le littoral méridional des Terres bleues et des Terres noires, depuis Syr-Massoug jusqu’à Iésé et au-delà encore, à l’Ouest. Pour Ygrem, il s’agit d’une fronde dirigée contre la Couronne par les élites industrielles et bancaires du Royaume. Clairement, elles se sont liguées pour refuser les dispositions sociales. Cela peut aussi bien signifier la fin du Royaume et, peut-être, de l’Union elle-même.

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