Le projectionniste
Je projette des images dans une salle noire
Je reste hors champ, y a rien à voir
Je projette des images pour un public
La lumière sur l’écran me laisse pudique
Les gens aiment les histoires bien rodées
Les scénarios lisses, les surprises codifiées
Les miennes leur feraient détourner la tête
Alors je reste dans ma cabine et je projette
Je connais ce film par cœur
Le bureau, l’amour, les sourires de rigueur
Ce que je projette sur les écrans
Ne dit pas ce qui se passe en dedans
Je ne fais pas tout ça par plaisir
Je donne à la foule ce qu’elle désire
Du simple, du conforme, de la normalité
Ce besoin qu’on ne dît pas d’être rassuré
Je déroule des scènes apaisantes
Qui viennent épouser les attentes
On veut du neuf, que ça sorte de la boîte
Mais que ça reste dans le cadre d’une marge étroite
On veut l’audace, on veut l’invention
Pourvu que rien ne change de position
Je connais ce film par cœur
Le bureau, l’amour, les sourires de rigueur
Ce que je projette sur les écrans
Ne dit pas ce qui se passe en dedans
Je ne fais pas tout ça par plaisir
Je donne à la foule ce qu’elle désire
De la pellicule au numérique
J’ai suivi le mouvement, appris la technique
Dans la cabine, le matériel change
À l’écran, toujours les mêmes louanges
Plus on avance, plus c’est facile
Votre attention ne tient plus qu’à un fil
Je connais ce film par cœur
Le bureau, l’amour, les sourires de rigueur
Ce que je projette sur vos écrans
Ne dit pas ce qui se passe en dedans
Mais je ne cherche pas à être un autre
Les désirs que je comble, ce sont les vôtres
Les vôtres…
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