irradier

Photo : Le Saint Georges de Likhauri, Géorgie, XIII siècle.
Les Géorgiens célèbrent saint Georges deux fois par an : le 6 mai et le 23 novembre. Selon la tradition, c'est sainte Nino, évangélisatrice du pays au IVe siècle, qui aurait instauré cette commémoration.
Ce poème est une sorte de mise à jour de «Le Dragon en Costard Gris», publié le 23 novembre 2025. Bien que je préfère ne rien expliquer, ce texte ne s'adresse à personne en particulier : il n'y a ni « vous » précis, ni « toi », ni « moi ». Il s'adresse à tous ceux qui ont ressenti une forme de transformation radicale.
-
maintenant, le cycle se referme et se brise.
j'ai changé de rive.
le six mai est une invasion de vert dans le gris de vos poumons.
mon sang ne stagne pas.
il galope.
le printemps cogne contre mes tempes
comme un poing ganté de fer.
saint Georges devenu le moteur, le piston,
la foudre qui refuse de s'excuser.
l'orient incendie le ciel.
désormais le temps est mon complice,
mon pourvoyeur de fièvre.
chaque seconde est un choc électrique.
là où le monde attendait que le ciel se dessine,
je laisse son puzzle s'assembler sur ma paume.
chaque minute est une terre que j'annexe
sans tirer un coup de feu.
le dragon, cette pauvre bête
qui ronronnait sous mon sternum,
a fini par s'étouffer avec son propre venin.
je l'ai digéré.
sa force est passée dans mes avant-bras,
sa patience dans mes mâchoires.
le doute est un luxe de rentier
que je ne peux plus me payer.
regarde bien ce que je suis devenu.
l’authenticité aujourd’hui est une lame froide.
une certitude qui coupe le vide en deux.
je monte le cheval blanc parce que le sol brûle sous mes pieds
et je tiens l'horizon.
le progrès est un saut dans le vide
où mes ailes poussent avant de toucher le fond.
je ne me bats pas contre une ancienne version de moi-même.
ce cadavre est loin derrière,
enterré sous les feuilles mortes de l'automne dernier.
je me bats pour l'excès.
pour le trop-plein.
pour ce moment précis où mon cœur bat si fort
qu'il efface le bruit de votre monde.
Père, ne reste pas une colonne de chaleur immobile.
deviens le vent qui me pousse dans le dos.
merci d'être ce feu qui ne dort jamais à mes côtés.
ne me donne pas de quoi tenir ;
donne-moi plus de la miséricorde de ta Lumière pour tout consumer.
je ne suis pas venu pour durer,
je suis venu pour irradier.
mon âme a abattu les murs.
l'enfer noir s'écoule dans les veines de mai.
il n'y a plus de vacuité, seulement cette urgence sauvage,
cette vitesse qui rend la lumière solide.
et je fonce.
la victoire n'est pas un murmure de survie.
c'est un cri de prédateur qui a enfin compris
que la proie, c'était l'éternité.
demain n'existe pas.
il y a juste ce galop.
c'est tout.
— Dato
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