La beauté a-t-elle toujours existé ?
« D’où la beauté ? », l’on poserait la question comme on l’adresserait à un Quidam : « D’où venez-vous ? » et le Chemineau, sans doute, ne vous répondrait rien pour la simple raison que nul ne connaît le lieu de sa provenance. Donc nous réitérons : « D’où vient la beauté » et alors il y a comme un grand vide car, tel un enfant surpris à commettre quelque bêtise, soudain, nous ne connaissons plus le lieu de notre être. Nous sommes égarés, nous demeurons sans parole, sans doute commis à un silence éternel. La beauté est si grande et nous sommes si petits !
« La beauté a-t-elle toujours existé ? »
« N’est-elle l’invention de quelque Démiurge
réfugié au plein de son secret ? »
« Et puis, au juste, pouvons-nous au moins
en cerner la réalité ? »
« Ou bien seulement en dire un fragment ? »
« L’approcher avec prudence comme on le fait
d’un feu rougeoyant ? »
Infinie est la kyrielle des interrogations et, corrélativement, est illimitée notre angoisse de trop étreindre et de ne rien saisir qui nous rassurerait, nous placerait sur l’assise d’une vérité. Nous persistons :
« La beauté, nous voulons la dire
en mode simple, mais la dire
est déjà la figer dans une forme
qui n’est pas la sienne. »
« A-t-elle des normes ? »
« Possède-t-elle des figures
au gré desquelles nous la fixerions
en qui elle est ? »
« A-telle une configuration spatiale ? »
« Ou plutôt un destin temporel ? »
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