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Chapitre 6.2 - Gauchos
Fiction
Historique
calendar Publié le 27 juil. 2026
calendar Mis à jour le 27 juil. 2026
time 4 min
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Chapitre 6.2 - Gauchos

Et, en effet, Jules Garay n’a pas répondu à la convocation pour sa première période d’exercices de réserviste. Ni à la suivante. Aussi, en mars 1893 est-il « déclaré insoumis» par l’administration. Il lui faudra alors attendre 1908, en application d’une circulaire ministérielle, pour être «rayé des rôles de l’insoumission » pour cause de prescription. Puis, deux ans encore, pour être définitivement libéré du service militaire, ayant atteint la limite d’âge. Jules s’en sort bien. Il pourrait alors rentrer en France sans risquer désormais la moindre poursuite.


Sauf que l’asado et le petit vin argentin, tous deux absorbés en grandes quantités, avaient eu raison, cette année-là, de ses artères. Car Jules avait pris goût à la bonne viande grillée dont les éleveurs disposaient, là-bas, à foison.


Au point que les gauchos laissaient autrefois, disait-on, les plus gros morceaux aux charognards après avoir prélevé leurs besoins sur la bête. Le cuir était aussi largement exploité dans la région, dont on faisait les selles et les bottes des gauchos mais aussi leur lasso tressé, beaucoup plus solide et résistant que la corde de chanvre.


Jules était devenu commerçant et, sans aucun doute, pour lui comme pour sa famille, bon vivant rimait avec commerçant. « Nez pointu, grande bouche, menton rond et visage ovale », comme l’avait autrefois décrit le militaire chargé de son recrutement, Jules était toujours en mouvement.


Chaque nouvelle naissance, ou presque, voyait Jules et sa famille passer d’une ville à l’autre, se cantonnant toutefois à la province de Buenos Aires qui offrait déjà de belles perspectives ; son territoire est, en effet, plus vaste que l’Italie tout entière.


La Pampa était propice à l’élevage extensif et à la culture, aussi, avec son énorme épaisseur de limons très fertiles accumulés au fil des millénaires. Et il fallait bien des commerçants pour valoriser tous ces produits de la terre et même les envoyer au-delà des mers.


Mais l’Argentine d’alors n’était pas faite que de troupeaux plus ou moins sauvages et de champs à perte de vue. On y construisait aussi beaucoup.


À Luján, par exemple, non loin de Buenos Aires, démarra à l’époque où Jules et Julienne arrivèrent, la construction d’une basilique de style néogothique, construction qui devait durer presque cinquante ans. Les tours de la basilique Notre-Dame de Luján y culminent à plus de cent mètres de hauteur et dominent toute la plaine alentour. Comme si les immigrants d’alors avaient voulu reproduire en Argentine l’architecture de leurs pays d’origine. Un architecte français, du nom de Courtois, avait d’ailleurs présidé à l’édification de ce monument où se pressent, aujourd’hui, chaque année, des millions de pèlerins.


Et Coronel Pringles, où naquirent Fernando et Antonio, eut même droit à son théâtre, achevé en 1908.


Mais cette année-là, les deux garçons étaient déjà partis en France pour y poursuivre leurs études, sous l’œil attentif et affectueux de leur grand-mère maternelle, curieuse aussi de savoir à quoi pouvaient bien ressembler, physiquement et moralement, ces petits-enfants nés de l’autre côté de l’océan.




[ Image : gauchos argentins buvant le maté, au son de la guitare, dans la Pampa, vers 1890 ; auteur inconnu — Archivo General de la Nación, Domaine public ]



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