Chapitre 2.4 Au Claridge
Le moment était venu de retrouver son frère.
Certes, Fernand aurait pu lâcher l’affaire et repartir dans le Sud-Ouest. Mais cela aurait été, cette fois, pour lui, comme un retour en arrière, pire : la preuve incontestable qu’il avait manqué de discernement.
Quelques mois furent alors nécessaires pour qu’Antoine abandonne son emploi à Bagnères et vienne le rejoindre à Paris. Fort de son expérience professionnelle, il réussit à se faire embaucher par la Société des transports en commun de la région parisienne. Antoine fut d’abord affecté à la ligne 23 « Auteuil Boulogne – Les Moulineaux » et résida plusieurs années dans la proche banlieue sud-ouest de Paris. « C’est encore un peu le Sud-Ouest ! » plaisantait-il.
Les deux frères se voyaient parfois, le samedi, quand l’emploi du temps d’Antoine le lui permettait. Ils étaient encore célibataires tous les deux et ne tardèrent pas à écumer les meilleurs établissements parisiens où l’on dansait, le soir venu, au rythme des violons et des bandonéons.
De nombreux orchestres et artistes argentins venaient alors en tournée en France. Antoine et Fernand gardaient, cependant, une tendresse particulière pour Genaro Espósito et Manuel Pizarro, témoins de leur première soirée parisienne qui restait, malgré tout, un grand souvenir pour eux.
Pizarro avait dû repartir, un temps, en Argentine. Mais il était revenu à Paris et donnait même des cours de tango place Pigalle. Genaro se produisait maintenant sous le nom d’El Tano Genaro. «Tano» c’était pour Napolitano, un diminutif qui en lunfar – ou lunfardo – désignait en réalité un Italien, quelle que soit sa région d’origine. Un Rital de Buenos Aires, en quelque sorte. Genaro jouait dans différents cabarets parisiens, de Pigalle à Montparnasse et sur les Champs-Élysées.
Mais la salle que les frères Garay préféraient était celle du Claridge, au numéro 74 de la fameuse avenue.
Avec sa piscine intérieure, l’endroit était magnifique. Et son histoire particulière les touchait personnellement. Construit en 1914, l’hôtel n’avait pas encore ouvert ses portes qu’il avait été réquisitionné par le ministère de l’Armement pour toute la durée de la guerre. Il n’avait donc reçu ses premiers clients qu’en 1918.
À présent, ils y dansaient, signe que la vie avait repris son cours, ou du moins un cours plus ou moins normal.
Et c’est au Claridge qu’Antoine et Fernand rencontrèrent leurs futures épouses, ce qui ne fit que renforcer leur attirance pour ce lieu. Le samedi soir, entre désir et nostalgie, les deux frères redevenaient Antonio et Fernando.
Fernand se maria le premier, il y tenait. Odette, Parisienne pur jus, travaillait aux Belles Galeries ; elle lui donnerait rapidement deux beaux enfants, un garçon et une fille.
Puis ce fut au tour d’Antoine qui épousa une jeune employée des Postes, originaire de la région nantaise et qui répondait au doux prénom de Marguerite.
[ Image par Lars Peter Witt sur Pixabay ]
[ Audio Corazon salvaje généré avec IA par JuliusH sur Pixabay ]
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Commentaire (1)
Sibille Re Orleac il y a 9 heures
ça va vite, mais c'est chouette de suivre les aventures des deux frères