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Avez-vous déjà essayé de tenir un journal ?
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Avez-vous déjà essayé de tenir un journal ?
Certain(e)s d'entre vous l'ont certainement déjà fait.
Qu'il s'agisse d'un journal intime, d'un journal d'écriture, d'un journal de fitness, d'un journal de régime, d'un journal d'allaitement, d'un journal lié à un projet quelconque, sport, randonnée, construction, artistique, vacances, méditation, évolution spirituelle, que sais-je - on peut écrire un journal sur toutes sortes de sujets et pour toutes sortes de raisons. Même les plus surprenantes et les plus inattendues. Peu importe, au fond, sur quoi et pour quoi vous l'avez fait.
Ma question est :
quand vous l'avez fait, avez-vous réussi à vous y tenir ?
Écriviez-vous bien bravement, bien gentiment et bien sagement vos entrées tous les jours, ou toutes les fois où vous faisiez quelque chose qui y avait un rapport ?
Ou bien votre assiduité se révélait-elle plutôt chaotique et aléatoire ?
Chacun(e) a sa propre réponse à cette question.
En ce qui me concerne, j'ai pris à plus d'une reprise dans ma vie l'initiative de tenir un journal. Sur plusieurs sortes de sujets. Parfois les débuts étaient enthousiastes et même encourageants. Parfois, aussi, les problèmes apparaissaient assez vite. Les plus faciles à tenir se limitaient à des relevés et des mesures chiffrées. Ensuite venaient ceux dont les rapports se limitaient à quelques expressions stéréotypées qui, souvent, ne faisaient même pas des phrases entières. Avec un souci minimal de la langue. Sans effet de style.
Sans grande surprise, me direz-vous - à bon droit. Une fois qu'il y avait texte, contexte, éclairage et explications à donner, ça devenait très vite plus fastidieux. Plus chronophage. Plus ressourcivore. Et ne parlons pas de ce que ça pouvait devenir une fois que j'essayais en plus de ça de faire au moins de jolies phrases et d'utiliser le journal en question comme exercice de style - ce que d'aucuns conseillent aux aspirants écrivains.
Quel que soit le thème, à chaque fois que je commence à écrire un journal, même quand j'essaie de faire aussi bref que possible, je me fais toujours rattraper à un moment donné par le fait que l'important, c'est de faire la chose en elle-même, pas d'écrire sur le fait que je la fais (et aussi de vivre le reste de ma vie quand même, car oui, j'ai une vie en dehors du sujet de mon journal, mais si mais si). Même si je ne passe pas mon temps à m'étaler sur la description de ce que je fais et à en faire des tonnes. Même si je ne fais pas du texte et du style pour faire joli. Même si je reste aussi brève, aussi courte et aussi résumée que possible.
D'abord, il y a toujours un minimum en dessous duquel on ne peut pas descendre si on veut que ça reste clair et que ça rime à quelque chose. Parce qu'il faut bien du contexte, sinon avec le temps, même soi-même on n'y comprend plus rien. Même si la confidence reste entre soi et soi, ça reste un peu comme si on l'adressait à quelqu'un d'autre : on n'entre pas dans le vif du sujet de but en blanc. Il faut quand même un minimum d'introduction. Même vis-à-vis de soi-même. Même quand soi-même, on sait de quoi il s'agit. Du moins au présent.
Parce qu'en réalité, celui ou celle à qui ce journal s'adresse - car oui, ce journal s'adresse bel et bien à quelqu'un(e), même si ce n'est qu'à soi-même - ce n'est pas notre "moi" d'aujourd'hui. Notre "moi" d'aujourd'hui qui, lui, n'a besoin ni d'explication ni de mise en contexte parce que lui, bien entendu, il sait parfaitement de quoi on parle et de quoi il retourne.
Celui ou celle à qui on s'adresse, c'est notre "moi" du futur. Notre "moi" du futur, qui, lui, ne se contentera pas d'avoir le nez scotché sur son présent (sinon, à quoi bon tenir un journal ? quel en serait l'intérêt ?) mais fera des retours en arrière, voudra mesurer le chemin parcouru, cherchera peut-être des réponses à des questions... ou trouvera plus simplement du plaisir à se remémorer le "bon vieux temps" ou ses "temps héroïques".
Notre "moi du futur" qui, aussi, on l'espère, aura aussi dans le futur d'autres projets que celui en cours dont il est question dans le journal du moment (projet en cours qui, on l'espère, sera entre-temps achevé de son côté), qui y rencontrera des obstacles et en concevra des doutes, et qui, vraisemblablement, viendra chercher encouragements et réponses dans ce journal qui est en cours pour le moment. (L'écrivaine étatsunienne Elizabeth George tient régulièrement un "journal d'un roman" à chacun qu'elle écrit, et à chaque fois qu'elle se sent bloquée ou dévorée par le doute, elle cherche issue, réconfort et inspiration dans l'un de ses "journaux d'un roman" précédents. Et pour elle, apparemment, ça marche. Ce qui ne veut pas dire que ça le ferait pour tout le monde.)
Mais le "moi" du futur auquel on s'adresse n'est pas forcément hypermnésique et aura, entre-temps, perdu de vue beaucoup de détails et d'éléments de contexte qui paraissent encore évidents à présent, mais dont il aura besoin pour se remémorer ce qui s'est passé au juste et pour comprendre clairement le pourquoi du comment, et pour être en mesure d'en tirer des leçons.
Donc pour pouvoir faire tout cela - pour pouvoir faire des retours en arrière, mesurer le chemin parcouru, se remémorer les temps anciens, analyser ses erreurs, chercher des réponses, tirer des leçons, trouver le courage de continuer au présent dans la victoire sur les difficultés passées - il faut tout de même bien un minimum de mise en contexte et d'explications sur le pourquoi du comment de ce dont parle le journal. On ne dit pas non plus qu'il faut en pondre tout un roman - bien sûr que non, le but n'est pas non plus de raconter sa vie depuis sa naissance jusqu'à présent - mais il faut quand même bien donner un minimum de contexte. Au moins au début.
Et ce minimum-là, aussi court soit-il, il vient quand même, non pas à la place de tout le reste, mais en plus de tout le reste - de la chose en soi dont parle ce journal, projet ou autre chose, et puis plus généralement de tout le reste de ce qu'on a à faire dans sa vie. C'est comme la maternité : ça ne vient pas à la place, ça vient en plus. Et si ça vient en plus, ça veut dire aussi que ça prend des ressources en plus - ça prend du temps, ça prend de l'énergie. Dont on a besoin pour autre chose.
Alors, à force d'être pris par le reste qui reste tout de même prioritaire, on prend du retard, qu'on commence par vouloir rattraper les jours d'après, et puis qui s'accumule. Qui fait boule de neige. Qui finit par grossir tant et plus, si bien que le journal en perd tout ce qui faisait son intérêt premier : son immédiateté. Sa proximité intime avec le moment présent. Le ressenti brut du vécu.
Alors, même si on trouve que ça sert à quelque chose et que c'est utile, il arrive toujours un moment où pour une raison ou pour une autre, on décroche.
On n'a pas forcément l'intention de le faire définitivement, non. On ne prend même pas cette décision-là. On reprend même parfois par la suite. Mais on se dit : non, pas maintenant. Pas maintenant. Pas tout de suite. Plus tard. Après. Demain. Quand j'aurai le temps. Quand j'aurai fini le reste. Quand je n'aurai pas autre chose à faire - autre chose de plus important. Autre chose de plus urgent.
Sauf qu'on a toujours autre chose de plus important à faire, ou de plus urgent. Aujourd'hui, et puis demain. Et puis après-demain. Et puis les jours d'après. Tenir un journal, ce n'est jamais une priorité. C'est toujours quelque chose qui passe après tout le reste - si il reste des ressources à consacrer à ça.
Jusqu'au moment où, pour une raison ou l'autre, on en ressent le besoin. Pour parler de quelque chose. Pour démêler quelque chose. Parce que c'est ça aussi, après tout, l'intérêt d'un journal : la pensée réflexive. L'observation brute des phénomènes. L'étonnement de ne pas les voir conformes à ce qu'on se serait attendu à trouver. Les questions que ça pose. Les réponses que l'on cherche, les découvertes qu'on fait. L'étonnement sur soi-même. L'émerveillement parfois. Les explications qui ne sont pas toujours là où l'on croit.
Et encore - même à ce moment-là, on reporte. On se dit qu'il faudrait le faire, et puis on procrastine. Et même quand on s'y met, on est toujours prêt à abandonner dès que ce sera possible - ou supportable - ou autre chose... Parce qu'il y a toujours autre chose à faire. Quelque chose de plus important. Quelque chose de plus urgent. La chose en soi dont on parle dans son journal... ou plus souvent encore, autre chose qui fait partie du reste de sa vie. Qui, lui aussi, continue d'exister. Et qui, toujours, toujours, reste prioritaire.
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Basty il y a 12 heures
Très bon.
Parfait le Ménélik en bonus.
Jackie H il y a 7 heures
Merci Basty 🙏🏻
Marissa Brugallé il y a 12 heures
En ce qui me concerne, tenir un journal a toujours relevé d'une discipline dont je n'étais pas suffisamment "bonne élève". J'ai surtout écrit ainsi dans des phases de vie décousues, transitoires et il faut le dire, souffrantes. Sinon, il semblait que je n'en avais pas besoin ou pas quotidiennement. Parfois, j'ai des pensées des ressentis particuliers et je re-décore ce journal, de positivité et de dessein ces fois-là, et ce n'est désormais plus que ça.
Comme vous le dîtes avec une certaine justesse, tenir un journal donne l'air d'un moment accordé avant l'urgence d'autres. Au début, c'est l'assiduité, puis les pages se font délaisser au profit d'autres priorités, et l'exercice -le moment d'introspection pour la rétrospective- se désagrège.
Au final, ça me donne à penser que ce doit être une pratique édifiante et qu'elle doit signifier quelque chose, avoir un réel sens, un ajout à notre vie. Sans ça, le journal a tendance à se faire oublier quelque part...
Jackie H il y a 7 heures
Votre dernier paragraphe me paraît être un assez bon diagnostic 🙂
En tout cas il semble que nous ayons des vécus très proches en la matière 🙂
De nouveau revient l'idée que quand on tient un journal, c'est quand ça va mal, mais que quand on le fait, on veut le faire au départ pour *améliorer* quelque chose ou pour *réfléchir* dessus mais que finalement, on en arrive à le faire pour *se libérer* de quelque chose et qu'une fois qu'on l'a fait, on a tendance à laisser tomber ce journal parce qu'il a cessé d'être une priorité - parce qu'il n'apporte plus rien...
Marissa Brugallé il y a 6 heures
Exactement, le journal sonne comme un outil, qui vise à atteindre un état d’être meilleur, un « soi » prochain qui pourra s’en délester. Je le vois comme un accompagnant finalement, une sorte d’épaule où l’on peut échouer qui sera toujours là ☺️
Philippe Schoepen il y a 13 heures
J'ai tenu un journal intime pendant 20 ans, j'écrivais quand je n'allais pas bien. Un bug informatique l'a fait disparaitre et depuis je vais mieux.
Jackie H il y a 7 heures
Faut-il conclure de votre dernière phrase que ce bug informatique qui a "éliminé" votre journal vous a permis d'aller mieux et de vous délivrer de lui comme de son contenu que vous auriez eu tendance à ressasser ? dans une perspective "digestive" telle qu'évoquée par Arthyyr ? (après tout, on parle bien de "digérer" les événements dans la langue française, ce n'est pas gratuit non plus... je témoigne que journal tout comme pensée réflexive plus tardive peuvent y aider... et qu'il s'agit d'une "digestion" transformatrice autant que productrice, tout comme l'autre...)
Aline Gendre il y a 14 heures
Incapable de tenir un journal. Trop impulsive et intranquille pour cela. Pas la rigueur pour.
Mais j'ai fait l'épreuve de cette pensée réflexive en écrivant un blog sur un temps : j'écrivais mes réflexions et événements de vie pour être lue dans l'immédiateté.
Le choix des mots avait un poids. Et plus j'avançais dans l'élaboration de l'article, plus ma pensée s'étoffait. Cela me servait de catharsis mais aussi, je voulais être au plus juste pour témoigner.
J'aurais adoré vivre cette pensée réflexive et la nourrir dans / par une continuité de correspondance privilégiée.
J'ai l'impression que ce serait bien plus beau, profond, et efficient sur le moment, qu'un journal intime. En tout cas, pour moi.
Luce il y a 13 heures
il y a eu beaucoup de travail pour remanier et romancer ce qui était sorti brut🤣
Jackie H il y a 7 heures
Les blogueurs étaient parfois appelés "diaristes" aux tout débuts des blogs 🙂
À mon avis, ce qui change entre un blog et un journal intime, ce sont les commentaires, c'est l'apport du regard des autres...
Luce il y a 15 heures
moi ça sortait tout seul… et j’ai fini par en faire un livre 😅
Jackie H il y a 14 heures
🙂🙂🙂 mais avec un objectif de régularité ? ou bien juste comme ça sortait au moment où ça sortait, aussi longtemps que ça sortait, et puis basta ?
Arthyyr il y a 15 heures
Si cela me démange, je me gratte. C'est un peu comme ça que je vois un journal. Donc pas de pensée (et probablement encore moins reflexive) pour moi. C'est de l'ordre de l'instinct. Et ce qui est écrit n'est pas nécessairment écrit pour être lu ou relu. Dans ces conditions, est-ce toujours un journal....je ne sais pas 😊
Jackie H il y a 14 heures
je dirai que c'est plus apparenté au genre d'écriture automatique que l'on sort parfois sous méditation voire hypnose dans le but d'évacuer certaines choses, écrits souvent brûlés symboliquement une fois produits d'ailleurs... donc là effectivement le but n'est pas de réfléchir, ni de mesurer un progrès,ni de garder une trace, mais au contraire d'éliminer... d'exprimer pour pouvoir éliminer puis dépasser...
Arthyyr il y a 14 heures
"éliminer"...un phénomène plus digestif que reflexif, effectivement.