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Chapitre 5 : Tant de questions sans réponses

Chapitre 5 : Tant de questions sans réponses

Publié le 28 oct. 2021 Mis à jour le 28 oct. 2021
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Chapitre 5 : Tant de questions sans réponses

 

J’étais éreinté, fatigué, toute mon énergie était passée dans cette course effrénée. Sur la fin, j’avais fini par fermer les yeux, tellement le flot de sentiments avait envahi mon esprit. Je m’étais surpris à plusieurs reprises de ne pas m’être gaufré sur un quelconque obstacle. Sans chercher à savoir où j’avais atterri, j’écoutais enfin mon corps qui ne demandait qu’à s’écrouler. J’essayais d’orienter mes pensées le plus possible vers des moments agréables, pour oublier ce qui venait de se produire.

Au final, je me suis assoupi. Encore. Combien de temps exactement ? Ceci serait difficile à dire. À mon réveil, j’entendis des clapotis qui faisaient vaguement penser à un courant d’eau dans une rivière. M’étais-je allongé aux bords de la Seine ? Étrangement, je ne reconnais pas le coin. Je n’avais pas la prétention de connaître Paris sur le bout des doigts, mais j’étais parisien quand même. Honte à moi si je ne parvenais pas à me situer dans ma ville.

En même temps, je n’avais jamais vu ce fleuve sans abord de pierres, habillé d’un parterre de fleurs rosées sur la rive gauche et jaune tacheté des couleurs d’un soleil matinal sur la rive droite. Le plus incroyable est que, ici, ça sentait bon. On aurait cru sentir les odeurs de mon linge sortant de la machine à laver. « Senteur lavande des prés de vrai bois d’arbre », mon assouplissant préféré. Enivré par ce parfum, j’étais en plein quiétude. En jetant un œil derrière moi, je vis que j’étais allongé sur un matelas de lavandes, écrasées sous mon poids. En ce qui concerne ces bonnes senteurs, je compris l’origine, mais d’où venaient-elles ? Est-ce un hasard, si je m’étais écroulé dessus ? Comme si mon cœur, ou je ne sais quoi, m’avait guidé vers ce qui me paraissait le plus réconfortant. La vie et ses mystères, il est indéniable que l’on ne peut pas obtenir de réponses à tout.

- Il faut que j’arrête avec toutes ces questions, me fis-je à cet instant. Je vais finir par me choper une méningite aiguë des trois neurones qui me restent.

Plus facile de le dire que de le faire. On connaît tous cette belle rengaine. Au-delà du fait que j’étais perdu, et que, si un jour je croisais un copain, hors de question que j’avoue ne pas reconnaître un quartier de Paris, je me sentais vraiment dépaysé. En même temps, des copains, hum, en avais-je seulement un seul ? Cette pensée m’attristant plus qu’autre chose, je continuais à balader mon regard sur ce sublime décor, les pupilles brillantes de mille feux, comme un gamin, naïf, vierge de tout mal de ce monde, qui contemplait un nouveau paysage. « Quelle était la dernière fois où j’avais pu me sentir si bien ? »

Pour éviter de penser aux raisons de ma fuite, je pris la folie de visiter le coin. Après tout, tout est beau à voir dans Paris, non ? En premier lieu, il fallait repérer un restaurant. Un snack. Un bar au pire. Quand la faim viendrait, il serait trop tard si je ne m’en occupe pas en priorité. L’appel du ventre est toujours le plus important. Zieutant les alentours, je vis la ville à plusieurs centaines de mètres. Des buildings impressions. Il semblait toucher le ciel. Je m’imaginais être un faucon, virevoltant autour de ces bâtiments. Libre, à explorer sans cesse de nouveaux horizons. Sans attaches. Sans contraintes. Sans avoir à subir la dureté des habitants de cette planète. En examinant un peu plus ces tours, j’ai cru un instant que j’étais à la défense ? Ce parc devait être énorme pour que les premiers immeubles paraissent si lointains.

Plus j’avançais et plus je m’aperçus de mon erreur grossière. Ce que je pris pour un fleuve était en réalité un lac. Énorme. Comme on en trouverait en Normandie, mes terres natales. « Ahhh, ma Normandie », pensais-je avec nostalgie. Pourquoi avait-il fallu que je la quitte ? Ma famille. Mes amis. Tout. J’avais tout abandonné. Tout ça pour rejoindre cette ville où je n’étais plus qu’un étranger. Tout cela pour rejoindre ma grand-mère quand mes parents se donnèrent la mort. Ma grand-mère. Morte à présent elle aussi, et de ma main. Nous devions être une famille maudite pour que la grande faucheuse soit de la famille. En évoquant son nom, un énorme pincement au cœur me vint. Ma tête commençait à tourner, comme si j’allais avoir un malaise. Des voix. J’entendais que l’on me parlait, mais je ne comprenais rien. Je tentais en vain de me ressaisir. De l’anglais. On me parlait en anglais. Un touriste ? Il devait certainement s’inquiéter pour moi. En levant la tête, je vis d’autres personnes venues pour m’aider, pour savoir si j’allais bien. J’étais surpris. À part ma grand-mère, personne d’autre ne s’était préoccupé de moi. Vraiment personne. Même Sandy, je doutais de sa sincérité sur ce point. Tout le monde me parla en anglais. J’étais manifestement tombé sur un groupe de voyageurs, venu visiter Paris. Ne connaissant pas un traite mot de leur langue, je leur baragouinais que tout à aller pour le mieux. « I’m… I’m fine », fis-je. « Just a little bit trouble », avec un accent déplorable, à peine compréhensible.

Ils m’amenèrent tout de même vers un point d’eau, en bordure du parc. Malgré ma vue qui s’était troublée due au malaise, les buildings face à moi étaient vraiment incroyables. Bien que ce ne soit qu’une construction de brique, de plâtre, et de baie vitrée à gogo, l’architecture était soignée et rendez certains bâtiments comme de pures œuvres d’art. Un panneau affichait le nom du parc, à quelques mètres devant moi. J’allais enfin estomper cette honte, qui pesait sur moi, et connaître le lieu où je me situais.

Central Park. Central Park ? Comment ça, Center Park ? Mais, à Paris, c’est juste un Coffee Club. Ils n’ont pas détendu de verdure aussi imposante. À moins que… Non, impossible. Ce ne pouvait pas être le vrai. Comment aurais-je fait ? J’ai beau avoir couru longtemps, pensais-je amusé, je n’ai pas pu traverser un océan. Un mal de crâne me prit. Il devint si fort, que j’ai dû poser un genou à terre par manque d’équilibre. Les… Américains… revinrent me voir. Tout ceci était trop pour moi. Tout ceci n’était pas normal. Je voulais partir. Loin. Très loin. Revenir dans un endroit où je me sentais bien. Comme à mon enfance, la Normandie. Oui, là-bas, j’étais bien. Là-bas j’étais quelqu’un. Là-bas j’existais et ça me rendait heureux. Je fermais les yeux pour m’en souvenir et essayais de me calmer. Peu à peu, les voix s’estompèrent, jusqu’à disparaître intégralement. Peu à peu, je pus retrouver ma sérénité. Quand je pris enfin le courage d’ouvrir les yeux pour affronter ce monde, où je venais d’atterrir, celui-ci avait disparu. Les Américains, les buildings, le parc. Tout. À la place, je me trouvais face à de belles maisons à colombage. Un parterre d’herbe, d’un doux vert brillant dû au soleil, légèrement mouillé par la brume du matin. Des routes de terres sinueuses, mélangées au bitume. On put entendre les beuglements des vaches au loin, accompagnée de leur lot de mouches, et je ne parle pas des odeurs qui s’en suivaient. Des chevaux, des cochons… Une ferme ? Mais où est-ce que j’étais encore ? Et surtout, comment avais-je fait pour m’y retrouver ? J’étais dans la confusion la plus totale. Par réflexe, je pinçai la peau de mon avant-bras le plus fort possible. La douleur ressentie me prouva que tout ceci n’était pas un rêve. Mais dans ce cas, qu’était-ce ?

 

 

 

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