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5. Dernier tango

5. Dernier tango

Publié le 27 sept. 2022 Mis à jour le 27 sept. 2022
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5. Dernier tango

Dès son retour de Genève, Eugène sent que quelque chose ne va pas, que Tatiana est bouleversée. Il sent que sa tête est ailleurs. Elle a déjà commencé son exil, elle sait que sa vie avec Eugène telle qu’elle la connait est finie, qu’elle va devoir partir et se cacher pour ne pas compromettre sa vie à lui, son bien-aimé. Il la prend dans ses bras et l’enlace, avec ce sentiment nouveau de la perdre alors qu’il la serre aussi fort qu’il peut. Il caresse ses cheveux, sent son souffle saccadé dans son cou. Il la balance doucement au son de la musique. Elle s’agrippe à lui comme une naufragée à une planche et se retient de pleurer. Les espionnes, ça ne pleure pas.  

-Bouge pas, j’ouvre un Dom Pérignon, ça va nous détendre, dit-il. 

Ils s’installent sur le canapé et dégustent le nectar français. Tatiana se détend et parle enfin. Elle lui raconte la nuit dans le penthouse, l’ombre, l’odeur, la Vodka, le coup de feu, l’enveloppe, le sang, l’horreur. Eugène reste de marbre, comme en Conseil d’administration devant les actionnaires. Elle tente de le rassurer, avec l’intervention du nettoyeur, la Vodka est désintégré-noyé. Elle minimise et s’excuse pour son impulsivité. Mais Boris était quand même là pour le buter. Et pour éviter des représailles sanglantes du KGB, Tatiana avait négocié son exfiltration par la CIA, en tant qu’agent double. Rien ne transpirerait de cette sordide affaire. Elle prenait tout sur elle. Elle allait s’exiler quelques temps, la boite continuerait à tourner, et elle reviendrait au mieux de sa forme.  

Eugène pose son verre sur la table basse en marbre à l’encadrement doré, le visage fermé. Il avait toujours imaginé finir leurs jours ensemble, vieux et amoureux, se tenant par la main au détour de la rue Tsentralnaïa ou Molodiojnaïa. Malgré les années, Tatiana aurait toujours eu envie de lui plaire, de le séduire. Elle aurait mis du parfum et des foulards de soie. Eugène lui aurait lu des auteurs comme Alexandre Pouchkine « I loved you » ou Marina Tsvetaïeva. Et il l’aurait fait rire avec ses blagues, toujours les mêmes. Mais elle aurait ri, les yeux mi-clos par la douceur du plaisir de le voir beau et fort, assis près de la fenêtre. Ils le savent, ils ne seront jamais trop vieux pour se dire qu’ils s’aiment, ils veilleront l’un sur l’autre, ça ne sera jamais fini… 

Tatiana se tourne vers Eugène, son mari depuis 25 ans. Elle se blottit contre lui, lui murmure des mots tremblants : 

-S’il te plait, dis-moi « mon amour » jusqu’à la fin du jour, et le jour et la nuit… toujours et encore… J’ai peur... Tiens-moi par la main comme à nos 18 ans, quand on marchait un peu perdus au début du printemps ; qu’on allait se cacher dans le bureau poussiéreux du 3° étage pour s’enlacer, se toucher, se caresser. Tu t’en souviens ? 

Alors Eugène soulève Tatiana et la pose sur le bureau du salon. Comme autrefois, elle enroule ses jambes autour de ses cuisses et agrippe ses fesses qu’elle tire vers elle pour plaquer leurs bassins l’un contre l’autre. Il plonge son regard dans le sien, elle l’accueille avec tendresse, leurs souffles se synchronisent, et ils restent là, suspendant le temps entre passé et présent, étirant les secondes qui étaient censées les éloigner. Avec leur présence intense, ils les élargissent, jusqu’à en perdre la notion de durée. 

Eugène murmure, emporté par un élan de poésie pure  :  

-Et si l'on doit mourir un jour après le dernier mot de tous les poèmes, je viendrai te chercher et on partira ensemble, car on sera jamais trop vieux pour se dire que l’on s’aime, pour se regarder dans les yeux… 

Il embrasse sa bouche baignée de larmes et glisse son sexe au fond d’elle, leurs corps fusionnent avec leurs âmes et un sentiment de complétude très fort les étreint, touchant à l’éternité. Pour Tatiana c’est une apothéose mêlant amour, tristesse et désespoir. Pour Eugène, la passion, la colère et l’admiration se confondent. Ils font l’amour avec tendresse et sensualité, en gardant leurs regards bien accrochés l’un à l’autre. Des feux d’artifice éclatent en cascade depuis leurs reins jusque dans leur cœur. Elle pleure doucement. Les espionnes, ça ne pleure pas, mais les femmes si. 

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