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4. Nettoyage haute pression

4. Nettoyage haute pression

Publié le 27 sept. 2022 Mis à jour le 27 sept. 2022
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4. Nettoyage haute pression

Le corps inanimé de la Vodka n’avait pas trôné longtemps dans le salon de Tatiana. Elle voulait surtout effacer le plus vite possible de sa vue la conséquence inéluctable de son acte qui allait transformer sa vie à jamais. Pour l’aider dans cette tâche qu’elle avait clairement sous-estimée, elle avait appelé un ancien camarade de promo, Pafnouti Tchebychev.

C’était un élève discret, discipliné et insipide. Grand, maigre, affublé d’une petite moustache, il fut pourtant connu et acclamé pour ses travaux dans les domaines des probabilités, des statistiques, et de la théorie des nombres. Il conçu également un mécanisme appelé « cheval de Tchebychev » qui convertit un mouvement de rotation en un mouvement proche du mouvement linéaire. Les polynômes de Tchebychev furent également nommés en son honneur. Mais après cette brillante carrière en Mathématiques et Mécanique pour le gouvernement soviétique, il avait jeté l’éponge et s’était mis à son compte en tant que Nettoyeur.  

Il faut dire que Pafnouti, quoiqu’extrêmement intelligent, possédait le prénom le plus ridicule de la décennie. Il était encore aujourd’hui la risée de ses compatriotes, amis ou inconnus. PIF-PAF, PAFI, PANOUF, FNOUFI, TINOUPAF, tels étaient les diminutifs et sobriquets dont il était affublé. Cela ne troublait pas son orgueil, qu’il avait très bas, mais quand Pafnouti décida que s’en était trop, il jeta l’éponge. 

Désormais Pafnouti possédait une maitrise parfaite des fluides corrosifs, des acides et des bases forts, et sa reconversion en nettoyeur lui avait donné, il faut l’avouer, une certaine crédibilité, voire une certaine stature inspirant de la crainte. 

Quand Pafi (nous l’appellerons ainsi pour plus de fluidité) arriva sur les lieux du meurtre, il grimaça. Il avait prévu une manipulation standard, à base d’acide chlorhydrique. Avec quelques litres et quelques heures à perdre, vous venez à bout de toutes les chairs, y compris des os. Ou alors avec une « solution piranha », mélange d’acide sulfurique et de peroxyde d’hydrogène. Une vraie décapeuse. La soupe noirâtre dans laquelle baigne le cadavre en fin de session donne le frisson.  

Mais ce cadavre-là, celui de la Vodka, possédait un autre élément que l’acide chlorhydrique ne dissolvait pas : la graisse. Et ce corps-là en contenait beaucoup, rapport à l’alcool ingéré depuis tant d’année. Il devait donc changer de solution, s’adapter.  

Pafi imagina séparer les membres du corps, dissoudre ces premiers dans l’acide, (les membres possédant le moins de graisse), et faire couler le tronc et la tête (débarrassée des dents) au fond de la Moskova lestée de poids. Il transforma sa grimace en sourire, et posa ses affaires. Sa mallette contenait tout ce dont il avait besoin pour dépecer un corps : scie à main, découpeuse électrique, pinces coupantes. Il alla chercher les bidons d’acides et de bases qui étaient dans une camionnette garée à l’abri des regards. Après avoir versé les liquides sur le cadavre, Pafi resta à côté à attendre patiemment. Car ce qu’il aimait le plus, c’était entendre les tendons claquer quand ils lâchent de leur articulation. Il avait toujours des souvenirs d’enfance qui remontaient, de fête foraine et de tir à la carabine. Il pouvait même sentir le brûlé des pommes d’amour. Quant aux cartilages, ils moussaient jaune, lui rappelant les petites boules de savon effervescentes que les femmes aiment jeter dans leur bain. Il est vrai que Pafi, en vieux célibataire, se faisait une image d’Epinal des femmes et de leurs petits secrets. 

C’est avec ce léger sourire aux lèvres qui le caractérisait désormais que Pafnouti Tchebychev, après avoir dissout les bras et les jambes de Boris dans un grand bac en plexi, emporta les restes, le torse grassouillet de la Vodka, ainsi que ses dents pour une sortie de plongée sous-marine. Décidemment, il avait choisi une agréable reconversion. 

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