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Dossard 149 Ch3
Non-fiction
Biographie
calendar Publié le 23 août 2026
calendar Mis à jour le 23 août 2026
time 10 min
Tous publics

Dossard 149 Ch3

La première sortie



C’était un 29 juillet.

L’application d'entraînement était prête , le GPS était connecté , j'avais des écouteurs et j’ai préparé un rap américain pour me donner de la fougue. J’ai mis en route l’activité sur mon téléphone, j’ai appuyé sur le play de la musique et je me suis lançais.


ça faisait une trentaine d’années que je n’avais pas couru pour courir. Les dernières fois dataient de mon adolescence de footballeur. En partant de chez moi le départ est toute en descente sur de l’enrobé noir est chaud. J’ai la chance de vivre en montagne dans un environnement rural. Ce jour-là je n’avais pas prévu de parcours particulier . Je voulais juste prendre cette sortie comme un défouloir. Les trois cent premiers mètres me semblaient faciles. j’étais porté par un nouvel engouement. En bas de la descente je pris la direction d’un sentier que l’on appelle chez nous le chemin ombragée. C'est un petit sentier qui borde la rivière du Verdon dans les Alpes de Hautes Provence. Le départ de la piste mit un coup de frein à mon élan, c’était un léger faux plat montant.

Je n’avais pas atteint un demi-kilomètre, que j’avais déjà les lèvres asséchées , j’avais tendance à tousser. j’essayais d’expulser des glaires qui voyageaient au fond de ma gorge. Je ralentissais déjà mon allure et je crachais en cherchant à libérer mes voix respiratoires. J'avançais le long de la rivière mais je n’écoutais aucun bruit extérieur, il n’y avait que la musique qui bourdonnait dans mes oreilles. Je n’avais aucun appareil pour mesurer mon rythme cardiaque mais je le sentais me frapper à l'intérieur de mes tempes. Je me suis mis a marcher , j’ai ingurgité une gorgée d’eau . Je reprenais mon souffle tout en observant l’immensité des montagnes qui m’entouraient. J’ai repris une petite foulée, une centaine de mètre plus tard , la musique fut interrompu par l’application qui m’indiqua:

“1km en 7min et 47 s”

Je fus surpris , je ne m’ attendais pas à avoir des données de ma course en live.

La musique repris j’étais au bout de la balade ombragée, à cet endroit il y a une intersection.

j’ai eu un cours temps de réflexion si je traversais le pont je partais en direction des montagnes. Avec une courte analyse de mon état au bout de 1,2 km de course j’avais fait le choix de rester sur la partie plus ou moins plate. A coup de petites enjambées j’ai continué de courir le long de la départementale.

L’entame de ce deuxième kilomètre était un calvaire pour mes muscles, je les sentais raides comme un bout de bois. Par moment je me mettais à marcher , buvant un peu d’eau et je me remettais à trottiner.

“2km/ 7min et 45s”.

Venait de m'être signalé dans l'oreillette, à la hauteur d’un lac artificiel situé de l’autre côté de la route. J’ai traversé et je n’ai pas pris la peine de faire le tour du plan d'eau que je prenais déjà le sentier du retour. Il longeait la départementale à travers la forêt. Sous les bois, j'appréciais l’air frais qui caressait ma sueur. J’ai enlevé un écouteur , j’essayais d'être un plus attentif sur les sons extérieurs et de l’autre côté d'être porté par la musique. Au troisième kilomètre en huit minutes zéro une. Je devais traverser un petit cours d’eau fraîche provenant des sommets. C’était un peu ma pause , mon ravitaillement , j’ai mouillé mon visage et mes mollets pour entamer le dernier kilomètre qui me ramenait à la maison. Les derniers mètres avant mon arrivée montaient vers le village. Pour une première je l’ai prise en marchant , reprenant mon souffle tout en analysant déjà mes ressentis. Sous la casquette la tête dégoulinante, je passais devant l'hôtel restaurant de mon ami Jules. J’aperçu quelques touristes et les habitués de l'apéritif, je n’y ai porté aucune attention , seule une bonne douche m’interressais.

En rentrant à la maison, je me suis précipité dans la salle de bain pour me mettre sous un jet d’eau tiède voire légèrement fraîche.

J’avais le plaisir me défaire des impuretés de ma journée d’embauche et de détendre mes muscles.

Cette douche me procurait plus de désir que celles du quotidien. Il n’avait pas fallu plus de quatre kilomètres dans mes jambes novices pour en sentir un bien être bénéfique.

Malgré que cette première sortie n’avait rien de très performant , elle avait le mérite de casser mon rythme journalier habituel. Je pense que ce fut ma plus grande satisfaction du moment , même si j’avais les muscles qui tiraient déjà un peu.


Le corps détendu et rafraîchi recouvert de vêtements légers et souples, je me suis posé dans mon salon de jardin. J’étais rattrapé par l’un de vice, je me suis ouvert une bière et j’ai allumé une cigarette me remémorant mon premier parcours.

C’est à ce moment-là que certains de mes souvenirs ont émergé. La première image que j’eus c’était l’image de mon pauvre père qui avait quitté ce monde huit années auparavant.

J’avais cette image de moi en tant que jeune footballeur et de mon père qui pratiquait la course à pied à peu près au même âge que le mien aujourd'hui. Souvent il me demandait de courir avec lui mais à cette époque je n’y trouvait aucun intérêt de courir sans un ballon. J’ avais cette pensée intérieure me disant:

“Il serait fier de mon initiative”.

Dans cet élan d'enthousiasme je me suis saisie de mon téléphone portable pour partager sur les réseaux sociaux ma course du jour.

Les premiers likes et les premiers encouragements tombèrent rapidement me rendant souriant et content.

Pour répondre à toutes ces attentions que je recevais, j’ai moi même mis un commentaire sur mes publication et j’ai écris:

“ Rendez - vous l’année prochaine pour le 12 km de Beauvezer”.

Le trail de Beauvezer était tout jeune, il venait de passer sa deuxième édition. J’avais eu la chance de participer à cet événement sportif en tant que bénévole à l'organisation. Ces journées festives m'avaient permis d’être présent pour observer les coureurs. Il y avait tous les profils de personnages, les affutés, les abîmés, des jeunes et moins jeunes et même des anciens. Voir tous ses gens qui courent et qui reviennent heureux de leurs parcours me projetait l’image de me dire:

“Pourquoi pas moi”.

J'ai reçu une nouvelle notification et celle-là avait une saveur particulière.

(R²) Disait:

“Bravo Seb mais tu as le temps , va doucement”.


J'ai la chance dans mon village d’avoir (R²). C’est lui-même l'organisateur du trail de mon village, mais c’est aussi un grand professionnel du trail , j’adore le suivre sur ses courses d’ultra où il fait toujours parti des meilleurs. (R²) C'est un peu le superman de notre vallée , il est de dix ans mon aînée et ses jambes sont taillées par les milliers de dénivelés et de kilomètres que sa carrière lui a fait traverser.

Sa persévérance, son entraînement, son acharnement , sa capacité , sa force ne peuvent être que admirables. Cet homme est à ce moment précis, pour moi un exemple, un mentor.

Voilà ça avait été dit sur les réseaux , je ne pouvais plus reculer et bien au contraire je devais avancer dans cette optique.

Ma femme est venu me rejoindre pour boire un verre est elle m’interpella:

“Alors ça t’as fait du bien de courir”.

Je rétorquais en lui expliquant que de courir m’avait juste ouvert d'autres perspectives sur mon quotidien et d’autres voies à mon avenir.

Je ressentais quand même que mes jambes avaient fait un effort particulier et inhabituel .


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