Pour arriver à moi
La terre vibrait. Les alarmes hurlaient. Les pneus crissaient. Les feux me brûlaient. Le vent hostile me glaçait. L’air acerbe me faisait haleter. La ville m’étouffait.
Pour me fondre dans le paysage urbain, j’avais adopté tous les codes : mécher mes cheveux sombres, atténuer mon teint cuivré et garder mon premier prénom Jenny. Le reflet dans les vitrines me renvoyait l’ombre de ce qu’on attendait de moi.
Plus j’avançais, plus mes pas me pesaient.
A travers le tumulte, un bref sifflement s’infiltra dans mon âme. Je levai la tête. L’oiseau chanteur volait au-dessus de moi.
Quelques notes anciennes réveillèrent ma mémoire. Le merle chuchota mon autre prénom : Wiyaka.
J’étais celle qui chantait.
Je fuis ce monde, appelée par le sentier vers la forêt.
Le sol frémit sous mes pieds. Le murmure du ruisseau envoûta mes oreilles. Les rayons feutrés par les feuillages réchauffèrent mon visage. Une brise légère éparpilla mes cheveux libérés. Je respirai. Les bras tendus vers le ciel, je fredonnai des paroles oubliées.
Un mouvement brusque dans les buissons me fit sursauter. Une épine mordit ma cheville. Un nuage dissimula le soleil, et une pénombre enveloppa les sous-bois. Mon corps frissonna. Un cri strident me figea. L’écorce rugueuse irrita ma peau. L’écho de ma voix se brisa contre l’armure des troncs.
Un corbeau s’envola. Je levai les yeux. La tension s’évanouit.
Ma main effleura la mousse nichée sur le saule. L’odeur d’humus emplit mes narines. Mes jambes évitèrent le sumac vénéneux et les herbes à puces. Les fougères craquèrent, mais je restai immobile, enivrée par le parfum des aralies. Les bruits s’estompèrent. Un son harmonieux résonna entre les branches.
J’accompagnai l’oiseau chanteur. Il me répondit.
Je me retrouvai.
Contribuer
Tu peux soutenir les auteurs qui te tiennent à coeur


Commentaire (0)