L'IA n'aura pas mon taf !
L'IA n'aura pas mon taf !
INTRO :
Depuis 2023 elle a envahi notre quotidien à la maison comme dans l’entreprise, l’IA révolutionne désormais le marché du travail. Pour certains c’est un vecteur de croissance qui crée des opportunités, pour d’autres, c’est un jobapocalypse qui annihile des emplois. On fait le point tout de suite dans ce 6e épisode de HuM2Chr0n0.
SUJET :
C’est la cascade d’annonces de ces derniers mois sur l’impact de l’IA dans le monde du travail qui m’a poussé à vouloir vous résumer tout ça.
Alors, oui, l’IA créée des emplois. Comme le poste de « Head of preparedness” ouvert par OpenAI, le fondateur de ChatGPT, à ½ M$ de salaire annuel, mais bon, c’est juste un poste hein, n’allez pas vous imaginer qu’il aura de la place pour tout le monde. Dommage, j’aurais été parfait, sachant que ça fait plus de dix ans que je fais déjà ce job, qui globalement, consiste à dire à ton patron : « Oula, attention, là c’est un peu dangereux ce qu’on fait ».
D’autres positions s’ouvrent, comme le rôle de « Forward-deployed engineer », c'est ceux qui vont aller personnaliser les outils d’IA chez les clients. En décembre 2025, 63 postes de ce type étaient ouverts aux États-Unis. (je vous rappelle que c’est un pays de 350 M d’habitants, donc… euh pas bézef quand même).
Mais surtout, la réserve fédérale du district de New York nous rassure avec une étude montrant que – je cite - : malgré l’accroissement notable de l’usage de l’IA dans différents métiers sur l’année écoulée, très peu d’entreprises ont au final reporté des licenciements induits par cet usage. Évidemment… si ce « très peu » d’entreprises se trouve être le top 10 des employeurs de la région… ça peut faire mal tout de même, mais étonnamment, cette information ne figure pas dans le rapport. Ce qui y figure, par contre, à la fin, en tout petit - et là je cite encore - : « À l’avenir, les entreprises anticipent des licenciements plus importants et un ralentissement des embauches, à mesure qu’elles poursuivent l’intégration de l’IA dans leurs opérations. » Ça en dit long, non ?…
Dernier exemple : les radiologistes, une profession fortement touchée dès 2016 par les capacités de détection très avancées de l’IA, ont en fait vu leur nombre croître depuis. Certes, parce qu’ils travaillent de pair avec l’IA, et n’ont pas été remplacés par celle-ci, mais surtout pour un facteur totalement externe au problème : le vieillissement de la population et l’accroissement du besoin de radiographie. Donc… IA ou pas… il y a plus de demandes, il faut plus de ressources, c’est juste des maths.
Derrière ces annonces de "croissance" un poil optimistes, et surtout basées sur les chiffres d’une pratique, je le rappelle, qui croît exponentiellement et n’a donc pas le recul nécessaire, se cache tout de même une autre réalité, beaucoup plus terre à terre en 2025 :
- Salesforce a réduit ses embauches de développeurs de 100% avec l’introduction de l’IA, mais a augmenté l’embauche de ses exécutifs de 20%, ouf, tout va bien donc, ça s’équilibre… presque… Ha, non, attendez, ils ont aussi viré 50% (env. 4 000 personnes) de leurs centres de support. Ouais… non, là, du coup c’est chaud…
- Amazon a confirmé la suppression de 14 000 emplois, indiquant que l’entreprise se concentrait désormais sur l’IA et s’adaptait à cette technologie transformatrice.
- Accenture a annoncé la suppression de 11 000 postes en l’espace de trois mois, dans le cadre d’un effort de reconversion des compétences vers l’intelligence artificielle. Alors, eux, on note leur principe de reconversion, hein : « tu sais pas faire, t’es viré » une reconversion en… chômeur donc.
- En novembre 2025, HP a annoncé la suppression de 6 000 postes dans le cadre d’une initiative plus large visant à intégrer l’intelligence artificielle à l’ensemble de ses activités.
- Chez Méta, c’est 1 000 personnes en moins pour cause d’IA.
- Et on a l’extrême exemple de SaaStr, dont le PDG annonce fièrement avoir remplacé l’entièreté de son équipe commerciale par des agents IA, je le cite « Terminé, on embauche plus d’humains ». Bon, après… vous me direz… est-ce que des commerciaux sont encore des êtres humains… c’est un autre débat.
- Au global, le secteur de la technologie a licencié 244 000 personnes en 2025, les entreprises elles-mêmes indiquent l’IA et l’automatisation comme les facteurs principaux de leur décision.
- D’après une étude du World Economic Forum, 41% des entreprises dans le monde prévoient de réduire leur force de travail à cause de l’IA d’ici 2030. C’est dans quatre ans les amis…
Pour finir, parlons du poste de « prompt engineering », l’un des premiers rôles « créé » par l’IA dès 2023, et déjà défunt en 2025… En effet, pourquoi dédier un poste à temps complet à ce qui devrait être une seconde nature pour tous les employés (ben sinon, on va les reconvertir), et qui, de toute façon, peut être optimisé... par une IA afin de sortir le parfait prompt à entrer dans une autre IA ? La boucle est bouclée, la balle au centre.
CONCLUSION :
Bon… Au final, on est dans le même schéma que la mécanisation à la fin du XIXe, sauf que cette fois, c’est la quasi-totalité des catégories socioprofessionnelles qui sont touchées. Comme avec l’arrivée des ordinateurs, ou de l’Internet, il y aura certes des opportunités, tout comme il y aura des pertes… le plus important c’est que l’IA contribue à améliorer la condition des travailleurs et pas juste les marges de profits, et là… ça reste à voir…
En attendant, je vous dis « à bientôt » dans le prochain épisode d’HuM2Chr0n0 !
OUTRO :
— Bonjour, je suis l’IA qui doit vous remplacer.
— Ha punaise, ben c’est pas trop tôt ! Ça fait bien dix ans que je t’attends. Tiens, je t’ai tout résumé là, t’as 6,5 h de réunion, 109 emails, 24 messages instantanés, et 6 coups de téléphone. Ça te laisse 49 secondes pour répondre à chaque sollicitation, c’est bon ? Je te laisse gérer ? Moi j’y vais, j’ai des vrais trucs à faire…
— Erreur 509, limite de bande passante dépassée.
— Eh merde… c’est pas vrai que même avec l’IA, je ne vais pas pouvoir m’en débarrasser de ce job…
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Jackie H il y a 3 heures
Ben c'est bien simple : tout ce qui est répétitif, standardisable, tout ce qui peut être "streamliné" avec un résultat prévisible, est remplaçable par une IA.
Mine de rien, c'est tout de même, largement, le plus gros du marché du travail 😲... ben mince...
Y a-t-il assez de débouchés créatifs pour toute l'humanité, si tout ce qui est d'ordre gestionnaire est appelé à être remplacé tôt ou tard par une IA ?
That is the question...
Daniel Muriot il y a 2 heures
Pour certaines activités sensibles, on ne peut pas plus confier le job à l'IA sans contrôle humain derrière, qu'on ne le pourrait à un novice.
Par contre pour faire une fiche de paie, on peut remplacer une pintade qui ne se sent pas concerné par une IA. L'IA ne fera pas plus de bêtise que n'en fait la pintade sur ma paie.
Franck Labat il y a 2 heures
No, is the answer.
Pas parce qu'il n'y aura pas assez de débouchés, mais parce qu'il n'y a pas assez de créatifs...
Le système actuel ne fonctionne que s'il y a 90% de moutons, pardon : de consommateurs, pardon : de téléspectateurs, pardon : de citoyens.
(mais qu'est-ce que j'ai ce soir ? Ne faites pas attention, je suis asocial, c'est pathologique, j'ai un mot du médecin).
Est-ce que les 10% qui restent suffiront ?
Dans le doute, changeons d'abord de système ;-)
Franck Labat il y a 2 heures
Ha, tien, moi, c'est une dinde, mais à la compta fournisseurs (il est grand temps de dérouler ce projet SI finances, double ration d'IA !)
Daniel Muriot il y a 4 heures
La chute m'a tué ! :D
Franck Labat il y a 2 heures
Je sais Daniel, c'est normal. Je suis un équilibriste de la vie, j'adore les chutes.