Venue du plus lointain du blanc
Cette fable hivernale n’était qu’un écho naissant de notre rencontre avec le fond de l’image. Tout y est blanc comme une première neige. Tout y est virginal et oublieux du monde. Tout y est identique à l’atmosphère polaire où nulle vie ne semble pouvoir émerger de cet inquiétant silence. Mais c’est sans compter sur l’insistance de la vie à paraître, même sous les latitudes les plus rigoureuses. Toujours, à notre insu, se déroule le cocon temporel qui dévide ses inlassables fils afin que la situation au monde des Existants puisse trouver les conditions de son effectuation. Ce qu’il faut voir, c’est ceci : un papillon - disons un Moiré Boréal aux ailes sombres -, ce papillon est mort afin qu’un autre naisse. Un papillon a abandonné son corps sur lequel une imperceptible chenille a prospéré dans le creux de quelque mystère inaperçu des hommes, dans une éclisse de temps qui, maintenant, va occuper tout l’espace, coloniser le champ libre de la joie.
Belle réalité palingénésique au travers de laquelle se laisse découvrir le chant du monde en sa perpétuelle possibilité de ressourcement. Il n’y a pas de fin, pas d’impasse, pas de chemin qui se lancerait dans le vide, déboucherait dans un absolu privé d’attaches, dénué de langage. La parole qui, un jour, a commencé, jamais ne s’éteint. La lumière qui, un jour, a brillé poursuit sa route étincelante dans la faille immensément ouverte du cosmos. Toute forme humaine est Imago Mundi, image du monde en voie de cristallisation, métamorphose en acte, temporalisation aux inépuisables ressources.
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