ce Monde en attente de constitution
Ici se montrera le processus de la métamorphose portant en lui les diverses strates du temps, les différentes effectuations des corps, leur parcellisation en voie de totalisation. Chaque étape - chenille, chrysalide, imago -, est une station sur le chemin de l’être, lequel n’est entièrement réalisé qu’en vertu de la finitude qui lui est promise de tous temps. Alors un nouveau cycle s’instaure montrant l’événement extraordinaire d’une vie prenant essor d’une mort. Infini cycle d’une présence/absence, éternel retour du même dont nous ne sommes qu’une des brèves actualisations. L’évolution du papillon se laisse entendre comme clignotements successifs de la présence au monde.
Si l’on reporte ce calque à la genèse de la Terre, la première de ses représentations, l’Imago Mundi babylonienne s’interprète en tant que parenthèse particulière de son histoire, simple chrysalide attendant de trouver sa complétude. Géographie en constante transformation qui fait varier sa morphologie, ses frontières, ses paysages. Jamais terminée en elle-même, toujours en voie de mutation, ce qui est la loi de tout organisme vivant.
Imago Mundi se superposant dans une manière d’homologie signifiante avec notre propre réalité hautement métamorphique, ce Monde en attente de constitution qui est le nôtre. Sans doute la subtile dynamique de la modification inscrite dans le passage d’un état à un autre est-elle le phénomène le mieux à même de nous révéler en tant qu’être-devenant-mortel. Et nous ne le sommes qu’au travers de ces médiations successives qui nous portent constamment de l’en-deçà vers l’au-delà de notre conscience. Simple cheminement existentiel parmi un immense carrousel d’images.
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