Ces lames blanches dans le ciel
Quelle était donc ta posture dans la venue du jour ? Dehors, déjà, l’air était chaud, promesse de brûlure et personne ne se hasarderait dans les rues avant qu’un peu de fraîcheur n’arrive aux abords de la nuit. La nuit aussi était une douleur, un passage à gué entre deux rives que la fureur habitait. Ces lames blanches dans le ciel, cette foudre qui habitait les nuages, ces nuages au teint de plomb, que ne se précipitaient-ils sur la terre afin de lui apporter ce repos auquel elle aspirait ? Cela durait depuis des jours, cela menaçait mais rien ne se produisait que cette étuve où chacun étouffait, cherchant un peu d’air auprès d’un ventilateur, d’une fenêtre ouverte sur un espoir vite déçu. Vraiment il n’y avait rien à espérer. Il suffisait de se calfeutrer, de faire de son corps le territoire le plus étroit, de se réfugier dans la pièce la plus obscure, peut-être une salle de bains et y demeurer jusqu’à l’infini du temps. Les choses, parfois, semblent n’avoir nulle autre fin que leur entêtement à persister dans l’absurde, à vaincre quiconque s’opposerait à leur soudaine splendeur, à leur rutilance, à leur toute puissance.
De la maison que j’ai louée, à Port-Blanc, la vue est immense qui semble n’avoir nul horizon. Au premier plan, la masse claire des rochers, une arche de pierre qui plonge dans l’eau d’opale et d’écume. Au sommet d’une falaise, la ruine d’une bâtisse de granit découpe son étique silhouette. Quelques ilots au large qu’enveloppe une brume de chaleur. J’y viens dès l’aube, carnet de croquis à la main, traçant ici et là quelques lignes qu’ensuite j’emplis d’aquarelle légère, comme si ces touches à peine appuyées pouvaient atténuer cette impression de lassitude que procure l’ardeur solaire dès qu’elle déchaîne son envahissante houle. Invariablement, vers les dix heures, je range crayons et pinceaux et me hâte de regagner mon abri. Le jour durant, derrière les volets croisés, je tape à la machine les textes qui seront mes articles de rentrée au Journal. Parfois, à la limite de l’endormissement, je cède à un rapide somme, espérant un réveil plus lucide à sa suite. La nuit, à la faveur d’une mince fraîcheur, fenêtres grand ouvertes, sous l’œil complice de la Lune, je termine ce que le jour m’avait refusé. Il n’est pas rare que je gagne mon lit vers deux ou trois heures du matin. L’aube point qui me surprend au milieu de mes rêves.
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