Le feulement du tragique
Et cette violence des couleurs, cette polémique des complémentaires qui sonne dans le genre d’un pugilat accompli au-delà duquel les gladiateurs épuisés errent au centre de l’arène corps disloqué, âme dispersée. Le rouge de la passion qui s’ensanglante d’une haine si perceptible qu’elle suinte du tableau. Le vert de l’espérance qui vient se heurter à ce mur de sang. Et cette mutité des choses, ce refus de communiquer, cette hostilité quant à entendre autre chose que le feulement du tragique. Porte fermée aux illisibles panneaux. Et les tableaux peints où rien ne peut se deviner qu’un éternel ennui. Et le cadre de la fenêtre endeuillé qui débouche sur la scène pathétique d’un monde identique à une monade enlisée dans sa propre solitude. Et les personnages ou leurs simulacres - ne s’agirait-il pas des ombres de la caverne platonicienne que jamais la clameur du jour ne peut atteindre ? -, qu’ont-ils encore de vivant eux que le guéridon sépare comme pour signifier l’être-perdu dont ils ne semblent même plus être en quête tellement leur égarement est grand. Logos crucifié par un pathos qui l’exile à jamais, le remet dans l’étrange confusion des signes propre à la station préverbale. Comme une régression de soi à l’infini et la plongée dans d’incompréhensibles limbes.
Où sont-ils donc ?
Force d’une peinture onto-métaphysique qui détruit la prétention à être, la réduit à l’épaisseur de la lame. Présence/absence qui nous fascine et nous pose délibérément sur cette inconfortable ligne de crête d’où l’exister se retire à mesure de son essai de paraître. Peinture qui divise, tout comme la dérive des continents isole ses sujets. Ont-ils au moins le souvenir de cette Pangée radieuse ? En éprouvent-ils une sourde mélancolie ? Ou bien sont-ils au-delà, dans le domaine de l’inconnaissable ? Où sont-ils donc ? En quelle étrange et inaccessible contrée ? Où donc ?
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