Jérémy Athimon, le Nantais qui trace sa route dans le désert
Jérémy Athimon, le Nantais qui trace sa route dans le désert
À Thouaré‑sur‑Loire, son nom est bien connu des passionnés de Porsche. Mais depuis quelques années, c’est aussi sur les pistes du désert que Jérémy Athimon s’est fait une place. À 38 ans, le mécanicien nantais s’apprête à vivre un début d’année 2026 intense : un Dakar en camion d’assistance, puis l’Africa Eco Race quelques jours plus tard. Deux rallyes de quinze jours chacun, enchaînés entre les pistes saoudiennes et les dunes africaines.
« J’ai l’impression que les gens n’osent plus prendre des risques. Il faut croire en ses rêves. » — Jérémy Athimon
Fondateur de Nantes Prestige Autos, l’atelier Porsche de Thouaré‑sur‑Loire, Jérémy Athimon s’est forgé une solide réputation grâce à son sens de la précision. Sacré Meilleur Apprenti de France en 2007, il ouvre son garage en 2013 et repousse depuis les limites de la préparation automobile.
Depuis 2021, il s’est imposé sur le Dakar Classic grâce à une constance et une maîtrise qui ont bâti sa réputation. Il débute en préparant le buggy Sunnhill, vainqueur avec Marc Douton, avant de signer en 2022 sa première Porsche Dakar by NPA : la Martini Safari, qu’il copilote jusqu’à la 9ᵉ place du général. En 2023, la même voiture lui permet de décrocher la victoire en deux roues motrices, cette fois avec le pilote suisse Julien Texier. En 2024, trois Porsche issues de son atelier — deux 959 et la Martini Safari — rallient l’arrivée sans encombre, dont une menée par le duo père‑fille Klaassen. En 2025, une 959 NPA est engagée par l’équipe espagnole Moma Bike, tandis que la 964 DKR « Marguerite », construite par ses soins, boucle son premier Dakar à la 35ᵉ place. « On voulait élargir la gamme et faire une Porsche plus à notre sauce, pas une simple réplique », explique‑t‑il. La 964 DKR est née de cette envie, conçue pour un client de Dubaï qui lui a laissé carte blanche : « Il voulait juste la déco Gulf, bleu et orange. Pour le reste, il m’a dit : fais la voiture qui te plaît. »
La voiture prend le départ du Dakar Classic 2025 avec Jérémy comme copilote. Séduit par l’aventure, son client investit ensuite dans un camion d’assistance… celui utilisé autrefois par Sébastien Loeb. « Après notre Dakar 2025, il m’a dit qu’il en avait assez de louer un camion chaque année. On a donc racheté celui de Loeb pour le garder à Nantes et le mettre à disposition. Aujourd’hui, il sert aussi à d’autres clients et ça change tout : on peut emmener nos mécaniciens, offrir une vraie structure et participer à trois courses par an. » Depuis, ce camion est devenu l’un des atouts majeurs de NPA Racing (New Porsche Adventure), la branche rallye‑raid de l’entreprise.
Cette année, Jérémy ne sera pas au volant d’une Porsche sur le Dakar, mais dans la cabine d’un camion de 19 tonnes engagé en course. Il assistera notamment l’équipage espagnol Moma Bike, déjà suivi par NPA en 2024.
Le programme est vertigineux : départ pour l’Arabie saoudite le 29 décembre, retour le 18 janvier, puis envol pour le Maroc le 23 pour l’Africa Eco Race, qui s’achève à Dakar. « Ça commence à faire quelques kilomètres dans le désert. Mais quand on y goûte, le plus dur, ce n’est pas de le faire, c’est de ne pas y retourner. »
Dans le camion, il sera copilote, aux côtés de deux équipiers qu’il ne connaît pas encore. « On est un peu les Saint‑Bernard du désert. Notre job, c’est de s’arrêter dès qu’un client est en panne. Il faut être réactif, débrouillard, garder son calme. C’est un rôle qui me va bien. »
Si les Porsche préparées par NPA brillent sur le Dakar Classic depuis 2021, ce n’est pas un hasard. Jérémy ne se contente pas de construire : il teste, il roule, il casse, il améliore. « Je ne suis pas un préparateur qui reste dans son garage. Chaque année, je reviens du désert avec une liste de choses à modifier. On pousse le détail à l’extrême. »
Les défis mécaniques sont nombreux. « Quand on renforce un endroit, parfois ça casse ailleurs. Et les dunes d’Arabie saoudite sont énormes. Il faudrait un angle d’attaque monstrueux, mais si on coupe tout l’avant, ce n’est plus une Porsche. Généralement, on tape dès le premier jour. »
Le Dakar Classic, fondé sur la régularité, ne pardonne rien. « Le niveau a explosé. À mi‑course, il peut y avoir vingt secondes d’écart entre le premier et le deuxième. Une crevaison, un ensablement, et c’est fini. »
Face à la demande croissante, Jérémy prépare l’ouverture d’un deuxième atelier pour distinguer les Porsche du quotidien des voitures de rallye‑raid. « On manque de place, et l’activité grandit. »
Deux nouvelles voitures sont déjà en construction pour 2026 : une 964 DKR pour le fils de son client de Dubaï et une Porsche 959 conduite à droite pour un client sud‑africain. En parallèle, Jérémy prépare aussi une voiture pour lui, destinée à la location pour des équipages.
Entre son garage nantais, les pistes du désert et les projets qui s’accumulent, il trace sa route avec la même énergie qu’à ses débuts. Une route faite de sable, de mécanique, et d’une passion qui ne cesse de grandir.
Teddy Fradet
??/12/2025
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