l’herbe grasse

J’ai pris cette photo à la Dent de Crolles, en Isère, en France.
-
l’âge
où tu comprends
que le miroir ne ment plus
il t’agresse
comme une insulte jetée dans l’eau trouble du bassin.
les pores de la peau s’ouvrent,
petites bouches muettes qui ont trop mangé de temps,
le regard : une bête acculée derrière la vitre.
la ride ne pèse rien
la transparence s’en va.
on devient de la viande qui se souvient,
le dos qui veut céder sous la seule chute de la lumière.
tu touches ta mâchoire,
cet os qui a tenu bon dans les cris,
maintenant il s’exhume,
il cherche la terre.
hier encore, on habitait son propre visage
comme une maison de vacances.
aujourd’hui, on est le gardien fatigué
qui compte les fissures sur le crépi
et qui éteint les lampes, une à une,
pour ne plus voir
un acompte de froid sur la gorge.
c’est un métier de brute,
cette façon de se tenir droit
quand tout ce qu’on veut
c’est s’allonger dans l’herbe grasse
et laisser les racines
faire le travail de couture.
— Dato
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Comment (1)
Michel Sanchez 4 hours ago
Un sizain-cadeau pour DATO :
" Tous ces jours que le bon dieu fait
et ceux que le diable défait
ont trop souvent le goût amer
des choses qui nous dépassent.
A quoi ça rime de refaire
le film avant que l'on trépasse ."