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Souviens-toi

Souviens-toi

Pubblicato 8 ott 2025 Aggiornato 8 ott 2025 Science fiction
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Souviens-toi

Et si l’autre monde dont vous rêviez n’est pas tout à fait celui auquel vous pensiez ? Et pour cause : souviens-toi vous emmène dans ce monde, le vôtre désormais, mais qui ne dépend plus de vous.


Cette nouvelle est disponible sur les deux plateformes qui accueillent mes écrits.

Panodyssey bien entendu, c’est le seul endroit où les comptes sont certifiés. Cependant, pour des raisons de confidentialités personnelles, certaines personnes préfèrent ne pas divulguer leur identité. La nouvelle est donc également publiée pour les souscripteurs du Flux Littéraire.

Souviens-toi

Je me souviens du jour où mes parents ont oublié mon prénom. Ça n’était pas un simple trou de mémoire de leur part, celui qui nous fait désespérément chercher l’endroit où l’on a posé ses clefs de voiture ou ses lunettes. Non, ce jour-là, ils étaient simplement assis à table et ma mère s’était tournée vers mon père pour lui demander mon prénom. À lui, comme si elle voulait nier jusqu’à mon existence. Mon père l’avait regardée sans être véritablement surpris de la question. Puis, après avoir levé les yeux au ciel pour fouiller quelques-uns de ses souvenirs, il avait juste fait une moue dubitative. L’instant d’après, tous deux mastiquaient leur poulet du samedi, trop gras dans son bain de pommes de terre rissolées. J’avais alors cette image de deux gosses jouant à m’ignorer plutôt que la certitude d’un Alzheimer qui venait soudainement de les frapper. Je me souviens très bien d’avoir claqué la porte, bien décidé à tirer irrévocablement un trait sur cette famille. C’est aussi ce jour-là que Mystik avait pris la liberté de les quitter lui aussi. Mystik, leur Maine coon noir aux yeux de cuivre. Il avait dû me suivre dans ma colère aveugle et je ne l’avais pas vu se faufiler entre mes jambes et rentrer dans ma voiture. Toujours est-il que je l’ai gardé, attendant que mes géniteurs se décident à se souvenir de mon numéro de téléphone pour me demander si je l’avais vu. Je n’attends plus. Je n’attends plus rien d’eux et je le vis très bien. Quand je pense que les jours qui ont suivi, j'en étais à me demander si j’étais décédé ! Un peu comme dans le film « Sixième sens » avec Bruce Willis et le garçon qui lui confie qu’il _voit des gens qui sont morts_. Je ne vais pas divulgâcher, mais un coup d’œil au film et vous comprendrez. Cette idée m’avait donc traversé l’esprit, sauf que les morts ne se souviennent pas, ne se nourrissent pas, n’ont pas mal en se cognant au pied du lit. Profitant de cette fuite parentale, j’ai entrepris d’aller beaucoup plus loin en prenant un congé sabbatique au journal.


C’est étrange comme un simple changement de vie entraîne une réaction en chaîne. Les saveurs ne sont plus les mêmes, les couleurs plus fades ou plus éclatantes, les goûts aussi sont différents. C’est comme un retour aux sources, aux choses essentielles que l’on faisait avant d’être aspiré dans le tourbillon du quotidien. D’ailleurs, je me suis remis à ces plaisirs simples du temps où j’étais plus jeune : Kayak, vélo, promenade et lecture dans les parcs avec un bouquin qu’il m’arrivait de laisser pour d’autres. Une manière sans doute de me protéger de cette violence des sentiments. Mystik a voulu faire la même chose, car sitôt arrivé dans ma nouvelle ville, il s’est enfui. Je l’ai cherché un moment, mais les quelques personnes qui se sont souvenues de l’avoir vu ont esquissé un sourire fade. Je n’ai toujours pas compris s’il s’agissait d’une tentative de compassion de leur part ou d’un regret, tant les deux sentiments extrêmes de joie et de tristesse semblaient être fusionnés dans leur expression. Une expression _sourichiante_ comme j’en étais venu à la nommer. Bref, je me laissais flotter dans toutes ces constatations, toutes ces choses que l’on oublie de regarder lorsque je me suis fait happer par un détail surprenant. En s’affranchissant des autres, le temps paraît ralentir. Et, quand je parle de ralentir, je mesure réellement mes propos. Bien au-delà du sentiment de déjà-vu ou des journées qui n’en finissent pas, j’ai pu observer que le temps lui-même semble se détacher de nous lorsque nous prenons le temps d’exister. C’est en allant justement passer un moment de sérénité dans le parc près de chez moi que je me suis aperçu du phénomène. Il avait plu la veille, un orage peu prononcé et relativement court. L’occasion idéale pour aller respirer cette odeur d’ozone singulière d’après la pluie. J’en étais à savourer mon roman quand un détail attira mon attention hors du livre : en tournant la page, un mouvement attira mon regard vers une grande flaque d’eau. Ça m’avait fait l’effet d’un écho visuel. À tel point que j’ai réitéré l’expérience en tournant une autre page, sans même la lire, et là, dans le reflet de cette étendue miroitante, ma main tourna la même page avec un léger temps de retard. Je me penchais vers cette flaque, intrigué. Mon reflet me fixa, immobile. Je clignai des yeux. Une seconde plus tard, il fit de même. Comme s’il hésitait. Comme s’il me voyait depuis un autre temps.

— Tu es à moitié parti, murmura alors une voix derrière moi.

— Je te demande pardon ? demandais-je en me tournant vers un jeune garçon en pyjama rayé.

Il affichait un sourire au milieu de son visage lisse. J’en oubliais presque ma question et ce qu’il venait de me dire et restais à le dévisager en me demandant quel âge il pouvait bien avoir. Ses yeux me semblaient si vides et si tristes et pourtant il rayonnait de jovialité. Encore une attitude _sourichiante_.

— Au départ, on n’y fait pas vraiment attention, mais avec le temps, ça se décale de plus en plus et puis plus rien.

— Comment ça plus rien ?

— Ben, regarde, me dit-il en se penchant par-dessus mon épaule.

Je plongeais alors mon regard dans la flaque et mon reflet prit encore une seconde avant de me fixer. Une seconde encore avant de regarder vers mon épaule où le reflet du garçon n’apparaissait pas et encore une pour me fixer de nouveau.

— C’est quoi ce bordel ?

— L’oubli. Plus le temps passe, plus l’oubli s’installe et la fenêtre sur l’Ancien Monde disparaît. Tu restes alors coincé face au vide.

— J’ai peur de ne rien comprendre.

L’enfant se mit à rire. Enfin, je pris ça pour un rire, mais l’expression restait superficielle, transparente, presque décalée elle aussi.

— Avant que tu me demandes, je ne sais plus mon nom, je ne sais plus mon âge. En revanche, j'étais là bien avant cette dame là-bas, me répondit-il en désignant une femme d’une trentaine d’années. Elle contemplait un arbre qui me laissait un sentiment étrange de déjà vu.

— C’est bizarre hein ? Elle aussi s’est aperçue du décalage en refaisant son maquillage devant une vitrine. C’est comme ça, tu verras des gens venir et d’autres partir, mais l’âge n’a aucune importance, il n’est pas un critère d’ordre d’arrivée.

— Mais comment sais-tu tout ça ?

— J’observe. Mais c’est pas de moi qu’il s’agit. Ni de toi. C’est les autres, ceux qui sont absents et qui viendront peut-être. Viens, je vais te montrer les Archives, me dit-il en m’attrapant la main. La sienne était froide et molle, désagréable.


Photo de Koushik Chowdavarapu


Les Archives étaient une sorte de gigantesque médiathèque qui s’étendait à perte de vue. Sur la droite s’étirait un rayonnage sans fin de boîtes à musique empilées jusqu’au plafond, certaines en bois verni, d’autres en métal rouillé, toutes couvertes d’une fine couche de poussière grise. À gauche, la même disposition alignait des bocaux translucides, renfermant d’étranges choses à l’intérieur. D’autres allées présentaient des photos, des textures ou toute sorte d’objets hétéroclites.

— C’est dingue hein ? me lança mon guide. J’aime bien l’allée de l’ouïe, j’aime bien les boîtes à musique pour écouter les comptines et les chansons, mais je préfère les images.

— Mais c’est quoi ce bordel ?

— Les souvenirs qui se perdent. Je te souhaite officiellement la bienvenue dans le Monde des Oubliés. Un monde où atterrissent les choses, les sentiments, les sensations, et les gens comme toi et moi.

— Nous sommes morts ? Je m’étais déjà posé la question, mais j’ai un doute.

Le garçon se mit à rire.

— Je ne le pense pas. Ou peut-être pas tous. En tout cas, je n’ai jamais vu personne avec un trou dans le crâne, du sang sur la chemise ou le corps suintant l’eau d’un lac. Pour moi, on est juste là, dans ce monde des oubliés. Tu verras, y’a des gens qui viennent et s’en vont et des objets qui font pareil.

— J’ai mon chat qui a disparu.

— Quelqu’un a dû se souvenir de lui et il est reparti.

— Mais pourquoi tu es là toi ? Personne ne peut oublier un garçon de ton âge.

— Je suis là pourtant, répondit-il, la mine toujours _sourichiante_. Viens, l’allée des photos est pas mal non plus.


Le garçon me tirait par la manche tout en se frayant un chemin au milieu de quelques personnes qui déambulaient. Elles ouvraient des bocaux, humaient l’intérieur et les refermaient.

— Ça j’aime pas, parce que des fois ça pue, mais regarde ça, dit-il en ouvrant grand ses bras.

En suivant son mouvement, mon regard se posa sur un mur qui n’avait pas de fin, ni en hauteur ni en profondeur. Il s’enfonçait dans les entrailles du bâtiment d’une manière totalement impossible, même si je ne me souvenais pas exactement de l’architecture externe du bâtiment.

— J’aime bien venir ici parce que des fois les images changent.

La plupart des photos ou des illustrations montraient des portraits. Je m’attendais justement à ces agrandissements que l’on mettait à côté des cercueils pendant la messe dédiée aux défunts, mais beaucoup étaient des photos de situation. La réalité s’imposa alors tandis que je ne m’en souciais plus depuis un moment impossible à définir : j’écrivais pour un hebdomadaire, mais je ne travaille plus depuis longtemps. Impossible également de me souvenir de la façon dont je gagnais ma vie et comment je dépensais le fruit de mon travail. Beaucoup de ces photos, précisément, pouvaient être celles de coupures de presse. Il manquait juste le texte qui allait avec l’image. Le mur était le support de l’humanité dans son quotidien, un pêle-mêle retraçant la vie d’individus sur le vif.

— Tous ces gens sont-ils présents ? demandais-je, toujours étonné.

— S’ils sont sur le mur, oui.

— Pourquoi je ne les vois pas alors ?

— Tu ne les as sans doute jamais vus avant, mais tu les verras peut-être. Les gens sont parfois tellement timides qu’ils se cachent même d’eux-mêmes.

— Mais toi, je te vois.

— Je suis pas timide du tout. Ou alors, tu me connais, ce serait drôle.

Pendant que nous échangions, je poursuivais ma visite le long du mur.

— Il y a toutes les époques dis donc ! m’exclamais-je.

— Oui, et y’a même une salle avec des thèmes comme La Renaissance ou les guerres, celles de religions ou d’autres encore plus imbéciles.

Le garçon me conduisit alors devant un présentoir gigantesque.

— Ça aussi ça change, me fit-il en s’arrêtant devant le présentoir de la Seconde Guerre mondiale. J’aime pas vraiment celui-là. C’est moche à voir.

— Il manque pas mal de photos représentatives, lui fis-je remarquer.

— Parce qu’on se souvient de beaucoup, je pense. La première, y’a plus d’images, plus d’oubliés.

Mon regard croisait alors les celui de tant de gens. Tant d’inconnus tombés dans des champs de ruines qui ne seront jamais des champs d’honneur. Des regards de soldats et de civils, de femmes et d’hommes, de vieux et de jeunes, de nouveaux-nés aussi. Les regards de celles et ceux qui ne font pas partis des archives du monde d’avant. Ce monde qui n’est donc plus le mien. Je continuais ma découverte tout en me demandant ce qui m’était arrivé pour que l’on m’oublie moi aussi. Avais-je mérité mon exil mémoriel ? Les visages de tous ces gens me posaient cette même question que je leur adressais mentalement : qui es-tu ?


Soudain, je me penchai sur une photo avec une surprise qui me décrocha un sourire.

— Viens voir ! Je connais cette photo !

J’avais déjà vu le cliché en noir et blanc qui se distinguait des autres à mesure que je fouillais dans mes propres souvenirs émiettés.

— Vite, elle bouge !

Je paniquais dans mon excitation. J’avais l’impression que l’image se faisait plus nette, mais qu’elle disparaissait simultanément.

— Petit ! criais-je en tournant la tête, mais ma voix se brisa sur l’enfant. Il était translucide et sa bouche affichait un rictus, une fissure au milieu de son visage tantôt lisse et tantôt granuleux. Il me fixait avec des yeux qui n’en étaient plus vraiment.

— Tu te souviens de quoi ? articula-t-il ? Tu me connais ?

— Non, pleurais-je presque dans ma panique. Je connais juste cette photo m’exclamais-je en montant le vieux cliché en noir et blanc. Je l’ai vu dans un manuel d’Histoire.

Puis la ressemblance me fit l’effet d’une gifle. Quelque part dans les méandres de mon cerveau, cette image se frayait un chemin. Le garçon. Ce petit garçon qui portait un pyjama rayé. Celui qui jouait avec un autre enfant, mais au travers d’un grillage. Un grillage surmonté d’un fil de fer barbelé. Ce garçon au milieu d’un camp de travail forcé. Ce petit garçon avec un uniforme de prisonnier sale, déchiré, arborant une étoile jaune. Ce petit garçon qui jouait avec un autre enfant libre de l’autre côté. Un enfant allemand.

— Tu, tu te souviens de moi !

Sa voix s’étirait à mesure qu’il disparaissait. Je regardais alternativement le cliché et le petit garçon. Tous les deux s’effaçaient du Monde des Oubliés. Sur le présentoir, une photo manquait tandis qu’un dernier écho résonnait.

— Merci.

Je murmurais alors à moi-même : « je rêvais d’un autre monde, mais pas de celui-là ».


— — —

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Commento (1)

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Jackie H verif

Jackie H 15 ore fa

Les architectures impossibles qui ne sont que celles de nos esprits...

L'oubli est une petite mort, mais de celle-là, on peut ressusciter. Il suffit que quelqu'un d'autre se souvienne...

Laisser une trace, de gloire ou de gloriole, pour éviter la mort de l'oubli. Pour atteindre une forme d'immortalité. C'est ce que voulaient faire les Romains de l'Antiquité...

J'ai bien aimé les refs : Shyamalan/Bruce Willis au début, Téléphone évoqué à la fin, et entre les deux, ces deux petits garçons jouant ensemble de chaque côté d'un fil barbelé dont nous espérons qu'il faisait fi 👍🏻

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