Chapitre 7.2 - La Coupe de Noël
La capitale avait déjà son club de natation, « La Libellule de Paris », depuis 1898, année de la naissance de Fernando. Et la natation était aussi enseignée, au moins de façon théorique, abdomen posé sur un tabouret, au cours du service militaire d’alors.
Mais ce qui étonna le plus Noëlla, la laissa même sans voix, c’est d’apprendre qu’au début du vingtième siècle, le journal « l’Auto » organisait régulièrement la « Grande Traversée de Paris à la Nage » et que celle-ci se déroulait sur la Seine !
Pour sa 23e édition, en juillet 1930, les organisateurs étrennèrent un nouveau concept : douze kilomètres à parcourir par équipes et en relais. Les nageurs s’élançaient des piles du pont National et se relayaient d’un pont à l’autre : Bercy, Austerlitz, pont au Double, Solférino… « Fort courant et vent debout » rendirent cette année-là la course «assez dure » d’après les journalistes de « l’Auto » qui se réjouissaient, en même temps, de son succès populaire «considérable ».
Non moins étonnante et tout aussi populaire était la Coupe de Noël, créée en 1906 par Georges Moëbs, président fondateur de la Société Nationale d’Encouragement à la Natation. Il s’agissait pour les nageurs amateurs de traverser la Seine en plongeant d’un ponton rive droite, en amont du pont Alexandre III, jusqu’à la rive gauche qu’ils rejoignaient par une échelle. L’épreuve se déroulant, chaque année, l’après-midi du 25 décembre, deux difficultés majeures s’additionnaient pour les coureurs : la force du courant, là encore, et bien sûr la température de l’eau. Réussir la traversée était donc déjà, en soi, un exploit. La Coupe de Noël avait d’ailleurs aussi pour but, outre d’encourager à la natation, de populariser le sauvetage en eau froide.
En 1913, les organisateurs avaient même corsé l’épreuve en demandant aux compétiteurs de «sauver » un mannequin placé au milieu du fleuve et de le ramener jusqu’à la rive, tête hors de l’eau. « L’excellent sportsman Moëbs désirant prouver, relatait « Le Petit Parisien », que par tous les temps un bon nageur doit pouvoir se porter au secours d’un de ses semblables tombé à l’eau.» Le public, nombreux, apprécia la performance. Les nageurs peut-être moins car cette innovation ne fut pas reconduite les années suivantes.
Au vu de ces nouveaux éléments, Noëlla comprend mieux pourquoi le journaliste du « Petit Parisien » avait pu imaginer un désir d’exploit de la part de Fernand, plongeant du pont au Change au début du printemps. Après tout, il avait peut-être appris à nager à Bagnères, ville d’eaux parmi les plus anciennes, avant de se perfectionner dans une piscine parisienne. Peut-être même avait-il rejoint la Libellule de Paris ?
Noëlla repense aux débuts de Fernando dans la capitale, à sa rencontre avec Ernesto et l’allusion de celui-ci à Cipriano. Oui, il y avait bien un « Cipriano Garay » mentionné quelque part, dans les papiers de son grand-père ou sur un document qu’elle avait glané sur la Toile.
[ Image générée avec IA sur raphael.app ]
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