Chapitre 2.5 - Liquidation
L’imprimerie Billard et Garay périclitait.
Ernest n’avait finalement subi que quelques mois d’emprisonnement. Il avait fait appel de sa condamnation et réussi à obtenir sa libération grâce à des numéros de procès-verbaux inversés sur un des documents le mettant en cause, ce qui frappait de nullité l’ensemble de la procédure. Ramillon était furieux mais cela n’y changeait rien.
L’associé de Fernand réapparaissait de temps en temps, passait une tête, prenait quelques billets dans la caisse et repartait sans explication. Ernesto ne souhaitait plus, manifestement, se confronter au regard de la clientèle et devoir répondre à ses questions éventuelles comme à celles du Bigourdan.
Antoine et son épouse se rapprochèrent de Fernand. Ils s’installèrent à Fresnes, à quelques pâtés de maison, et Antoine demanda une nouvelle affectation. Avant la naissance des enfants, ils continuèrent à sortir tous les quatre. De plus en plus souvent, Antoine réglait l’addition : « ça me fait plaisir ! » assurait-il et Fernand rouspétait pour la forme. Odette ne connaissait pas l’étendue des dégâts.
Car ces années étaient « folles », oui, mais non dénuées de difficultés économiques. Les crises se succédaient et la situation de Fernand devenait plus que délicate.
Sans en référer à son frère, Antoine demanda conseil à Paul Abadie, leur ancien tuteur, lequel lui indiqua le nom d’un avocat parisien qui pourrait les aider. Il s’agissait de faire en sorte qu’Ernest Billard ne puisse plus venir puiser dans la caisse et empirer ainsi la situation de l’imprimerie. Il fallait donc réussir à mettre fin au contrat d’association avec lui en arguant du fait qu’il ne participait plus à la bonne marche de l’entreprise.
Cela serait, selon Abadie, très facile à prouver. Il y aurait, bien sûr, des honoraires à régler mais, ensuite, Fernand respirerait plus librement. Restait maintenant à convaincre ce dernier qui ne pouvait s’empêcher de défendre encore et toujours « Ernesto ». Inexplicablement. Tourner la page de leur association n’était pas si facile.
Mais contre toute attente, Fernand accepta très facilement l’idée de cette action en justice et il alla même au-delà : il voulait liquider l’entreprise, il allait changer d’activité, d’ailleurs le métier d’imprimeur ne lui plaisait pas plus que ça, il s’en rendait compte à présent. Pour quoi faire ? Il ne savait pas encore exactement mais cela mûrissait dans son esprit. Quelque chose de très différent, oui, très différent.
La procédure fut donc lancée, l’entreprise liquidée, les machines vendues et Fernand réussit même à récupérer un peu d’argent, de quoi tenir, au moins, quelques mois. Le temps de se retourner. À Odette, l’ancien imprimeur dit qu’il ne fallait pas s’inquiéter Il avait plusieurs projets en route, de nombreuses pistes s’offraient désormais à lui, il voyait les choses beaucoup plus clairement. Odette ne cherchait pas vraiment à en savoir davantage. Tant qu’elle pouvait nourrir les enfants, s’il était content, elle était contente.
[ Image générée par IA sur Craiyon.com ]
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