USAGES 01 - Lire pour comprendre ou lire pour accumuler ?
USAGES 01 - Lire pour comprendre ou lire pour accumuler ?
Nous n'avons jamais autant lu.
Il y a quelques semaines, j'ai relu un texte que j'avais déjà lu il y a des années. J'aurais juré l'avoir compris à l'époque. Pourtant, cette fois, c'était comme si je le découvrais. Les mêmes mots, mais avec un autre sens.
Cela m'a fait réfléchir : qu'est-ce que j'avais vraiment fait lors de ma première lecture ?
Nous lisons énormément. Des articles le matin, des fils sur nos écrans, des essais, des newsletters, des threads, des publications dans une Creative Room. Nous cochons des listes, nous sauvegardons des passages, nous avançons.
Mais avancer vers où et dans quoi, exactement ?
Il y a selon moi deux façons de lire.
Deux façons qui ne se ressemblent pas.
La première consiste à collecter.
On lit pour savoir qu'on a lu, pour pouvoir en parler, pour ne pas être à côté de la conversation. C'est une lecture qui accumule des références comme d'autres accumulent des objets. Un texte de plus dans nos favoris, une idée de plus dans notre arsenal mental, une pierre de plus à notre pyramide du savoir. Cette lecture-là apaise : elle donne l'impression de grandir, de progresser, de ne pas rester sur place.
La seconde consiste à habiter ce qu'on lit, comprendre.
Lire lentement, parfois maladroitement, en butant sur des phrases qu'on ne comprend pas tout de suite. Relire un paragraphe parce qu'il résiste. Fermer l'onglet et continuer à y penser. Cette lecture-là ne rassure pas : elle déplace quelque chose en nous, elle remet en question ce qu'on croyait acquis.
Comprendre nous oblige à réorganiser ce que l'on croyait déjà savoir.
Le problème, c'est que notre époque valorise la première et rend la seconde difficile.
Nous sommes entourés d'injonctions à lire plus, plus vite, plus efficacement.
Des résumés en sept points, des synthèses, des "idées clés". Comme si comprendre pouvait se réduire à extraire l'essentiel.
Mais l'essentiel d'un texte n'est pas toujours dans ce qu'il dit explicitement.
Parfois, c'est dans la façon dont il nous fait penser autrement.
Alors nous lisons beaucoup, mais nous oublions presque tout.
Nous finissons des textes sans qu'ils ne changent quoi que ce soit en nous. Nous accumulons des connaissances qui ne trouvent jamais leur place, qui restent en surface, déconnectées. Et puis nous passons au suivant.
Ce n'est pas une question de quantité.
On peut lire peu et mal comprendre.
On peut lire beaucoup et transformer sa pensée.
Mais il y a un rythme à respecter, une forme d'attention qui ne se négocie pas.
Comprendre prend du temps. Cela demande de laisser les idées décanter, de leur laisser de l'espace. D’accepter que certains textes ne se livrent pas immédiatement et que la compréhension n'est pas instantanée.
Lire pour comprendre, c’est ralentir.
Accepter que lire puisse parfois créer plus de questions que de réponses.
Et surtout, que lire puisse transformer, ce qui est toujours un peu inconfortable.
C'est aussi ne pas tout remplir immédiatement avec une nouvelle lecture, un nouveau stimulus.
Le silence après un texte fait partie de la lecture elle-même.
Attention : lire pour comprendre n’est pas une posture élitiste. Ce n’est certainement pas lire “mieux” que les autres.
C’est simplement accepter que la lecture ne soit pas une consommation, mais une relation.
Parce qu'au fond, un texte qu'on a lu sans qu'il ne nous transforme ne serait-ce qu'un peu, l'avons-nous vraiment lu ?
Et si, au fond, la vraie question n’était pas ce que nous lisons… mais ce que nos lectures font de nous ?
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Pascaln il y a 2 heures
J'aime beaucoup cette idée : La question c'est qu'est-ce que nos lectures font de nous ?
Peut-être est-ce une lapalissade mais je pense qu'une partie de la réponse tient dans : Cela dépend de ce que nous lisons et effectivement comment et quand nous lisons.
Merci pour ce propos.
Parallaxe Media il y a 1 heure
Effectivement, et je vous remercie d'avoir partagé votre avis.
Je trouve que les évidences sont souvent les sujets les plus intéressants à traiter.
Ravi que ma pensée ait pu faire écho chez vous.