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Chapitre 10
Fiction
Science fiction
calendar Publié le 18 juil. 2026
calendar Mis à jour le 18 juil. 2026
time 5 min
Tous publics

Chapitre 10

Lorsque le concert s’arrêta, elle était essoufflée, mais si gonflée de bonheur qu’elle avait l’impression de flotter. Elle s’appuya contre Loris qui lui souriait, dans le même état. Les personnes qui les entouraient se regardaient enfin, certaines remirent l’implant qui leur permettait d’entendre normalement, d’autres signaient entre eux, discutant de sujets divers et variés. Loris prit Cassie par la taille et elles s’approchèrent d’un petit groupe aux coupes de cheveux plus audacieuses les unes que les autres. Certains visages portaient des traces de bleus, et certaines personnes touchèrent le visage de Loris là où les traces d’ecchymoses commençaient à s’estomper en lui demandant comment elle allait.


Sulej se trouvait au milieu de ce groupe, et Loris s’approcha de lui et l’embrassa dans le cou. Les gens avec qui Sulej discutait commencèrent à signer en parlant. Leurs signes n’étaient pas toujours clairs, il en manquait souvent plusieurs pour donner du sens à leurs phrases, mais Cassie fut touchée de voir qu’ils essayaient tous de rendre leur conversation accessible. Elle apprit ainsi qu’une nouvelle manifestation se préparait, et qu’ils s’organisaient pour que celle-ci se passe mieux que la précédente. Cassie était perdue, mais elle n’osait pas demander de quoi il s’agissait. Son regard se perdit autour du groupe, elle observa la salle. Les musiciens avaient rangé leurs instruments et plusieurs personnes avaient commencé à nettoyer le sol. Les murs étaient recouverts d’affiches, aussi bien de groupes de musiques que de tracts politiques. Cassie s’approcha d’eux et commença à les lire. Il s’agissait beaucoup de la détresse sociale des gens du Bas, de demande d’adaptation des logements du centre-ville, de la fin des bouilloires… Une main se posa sur le bras de Cassie, et elle découvrit que la chansigneuse l’avait rejoint.


« C’est la première fois que tu viens ici ? » lui demanda-t-elle.


Cassie répondit par l’affirmative et désigna Loris lorsqu’elle expliqua qu’elle avait été invitée par une amie. La chansigneuse lui demanda alors si elle allait participer à la prochaine manifestation, et Cassie dut admettre qu’elle ne savait pas du tout ce dont il était question.


« Nous manifestons ni plus ni moins que contre les riches. Ceux qui habitent les meilleures collines dans des maisons avec jardins, piscines, et la fraîcheur des parcs juste à côté. Ceux qui ont des climatiseurs qui recrachent la chaleur et empoisonnent notre air. Ceux qui se déplacent en monoplace, utilisant des ressources fossiles pour leur petit confort personnel. Ceux qui possèdent la quasi-totalité des bouilloires du centre-ville mais qui refusent de les rénover pour offrir un logement décent aux gens qui payent pourtant bien assez cher le droit de vivre dans des conditions monstrueuses, engraissant encore et toujours ces riches propriétaires qui vivent avec des œillères dans leur confort égoïste.


Nous manifestons dans les parcs de Montaud et de Villeboeuf parce que c’est des endroits qu’ils n’ont pas le droit d’acheter mais dont ils bénéficient car ils sont inaccessibles en transports. C’est presque une garantie pour eux d’avoir le moins de monde possible, car les habitants ne peuvent pas se fatiguer plus d’une demi-heure à grimper les collines chaque soir pour bénéficier de la fraîcheur qu’offrent les arbres avant de redescendre dans le noir jusque dans leurs bouilloires. N’oublions pas que les habitants des bouilloires sont les personnes précaires, celles qui cumulent souvent plusieurs emplois fatigants ou encore les vieilles personnes qui peinent à se déplacer. Peu de gens vont bénéficier des îlots de fraîcheur que la Ville a pu conserver en les interdisant à la propriété privée. C’est pour cette raison que nous exigeons des transports dans ces quartiers, en plus de l’interdiction de certains privilèges que s’octroient leurs habitants. »


Cassie tombait des nues. Elle n’avait jamais entendu parler de gens qui manifestaient. Elle s’était déjà fait la remarque plusieurs fois que les parcs étaient trop compliqués d’accès, mais elle n’avait jamais réfléchi plus loin. Elle savait que l’immobilier du Bas était presque uniquement en location, mais elle ne s’était jamais vraiment posé la question de savoir à qui appartenait réellement ces murs. Elle aurait pu dire que tout s’assemblait, mais ce n’était pas vrai. Tout était assemblé depuis déjà longtemps, cette conversation avait simplement fait tomber le voile qu’elle n’avait jamais pris la peine de soulever. La chansigneuse lui sourit, puis rejoignit le groupe de Loris et Sulej. Cassie resta seule un moment, la tête en ébullition.

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