facebook De Brest à Paris ! (#2)
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De Brest à Paris ! (#2)

De Brest à Paris ! (#2)

Publié le 3 oct. 2021 Mis à jour le 3 oct. 2021
time 5 min

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De Brest à Paris ! (#2)

De Brest à Paris ! (#2)

Dans la voiture du train qui filait vers Paris, tout le monde s’en était mêlé. Se levant, proclamant un avis. Chacun savait mieux que son voisin. Je m’étais tue. Toutes ces lèvres en effervescence, émettant autant de sons, me troublaient et m’étourdissaient. Leurs mouvements s’entrechoquaient et s’entremêlaient. J’avais l’impression qu’un méli-mélo émétique emplissait ma cervelle.

ELLE s’était miseà expliquer la situation, confuse. ELLE ne me connaissait pas, ignorait tout de mes réactions, n’avait pas élevé de chats, dont elle craignait les réactions jusqu’alors. Précisant que j’étais une petite chatte d’environ six mois, peut-être moins. ELLE m’avait trouvée et récupérée alors que j’étais abandonnée et souffrante, aux abords d’une plage, ELLE m’avait connue sage et discrète, mais là, en effet, elle ne niait pas qu’un problème se posait. Que préconisaient-ils, ces hommes, augustes et omniscients, dans cette voiture de première classe ? Je lisais sur leurs visages les stigmates de l’impuissance, fronts barrés, yeux noirs, trait renforcé de sourcils emphatique, lèvres fines et tempes crispées, nez sibyllin recourbé : « Mais Faites donc taire ce chat ! Sortez-là de sa cage et prenez-là sur vos genoux, elle a besoin d’être rassurée, elle a faim, laissez-là marcher dans la voiture, cela ne nous dérange pas. » Ils s’étaient toisés, s’interrogeant en silence. Avaient confirmé dans un même élan : « Non, cela ne nous dérange pas. » ELLE s’était exécutée, avait ouvert ma valisette de laquelle je m’étais extraite sans barguigner, apeurée et excitée. Fébrile et ahurie. J’avais bondi, réjouie. C’était nouveau, spacieux, il y avait ces hommes, ces fauteuils, le paysage qui défilait si vite que je n’avais pas le temps de le retenir. Je reniflais partout, et d’un seul coup je m’étais sentie à l’aise, je ne miaulai plus. Je badinai, composant un feulement béat en la fixant, ELLE, en guise de remerciement. Je l’appelai du regard, mes yeux en forme de point d’interrogation, pour être certaine qu’ELLE me permettait de vadrouiller ainsi, en liberté. Dans ces moments-là, mon regard acéré la désarçonnait : « N’aurais-je plus le nez au milieu du visage ? » déclamait-ELLE, poète. En réalité, elle n’avait plus le choix et avait acquiescé, opinant du chef et m’invitant à gambader de sa main tendue. Dès lors les deux mots privilégiés de son langage seraient Oui ou Non, prononcés de manière définitive au début, puis de moins en moins nette. Commencer par Non lui laissait le temps de mesurer les choses, peser la situation, avant d’émettre un avis résolu, qui ne souffrait aucune contradiction. Les chats sont comme les gosses : ils testent, ils cherchent des repères, des accords et des restrictions, des Oui et des Non pour évoluer dans l’espace sans risque. En cette occurrence, ELLE avait dit Oui.

Les hommes s’étaient enflammés, piqués de curiosité : « Comme elle est belle cette petite chatte, une fourrure tellement blanche ! C’est quelle race ? Européen ? Pas Siamois plutôt ? Ou Red Point ? Non, elle n’a pas le miaulement rauque, ni les oreilles et la queue orangées, caractéristiques. Ah bon ? Elle n’a pas non plus les oreilles assez pointues. Elle est blanche, vous avez raison. Peut-être un chat Abyssin, elle a l’allure égyptienne. Quoique ses poils ne sont pas si courts. Attention, ces chats-là sont de vrais pots de colle. Elle est mignonne. Vous voyez : elle avait besoin d’air, d’espace, de luminosité. Pourtant, elle ne semble pas si indépendante. Elle vous fixe sans arrêt, elle cherche votre assentiment, on dirait. »

Ils s’en étaient retournés sur leur siège, pendant que je m’aventurais dans le compartiment à pas de velours, imperceptible. Je humais tout, l’air les jambes de pantalons les tissus, et très vite ce tout m’avait paru monotone. J’étais revenue en trottinant vers ELLE, ma balise de sûreté. Ils n’avaient pas tort, ces hommes : je n’étais pas si audacieuse qu’il en paraissait. ELLE m’avait observée avec attention, prête à me cueillir à la moindre incartade. Je découvrais ses muscles comprimés, ses yeux étrécis, ses bras et ses doigts raidis, cramponnés sur les accoudoirs, son souffle saccadé. J’avais bondi sur son ventre. Hop. Je m’étais mise à la patouner pendant un bon quart d’heure, comme autrefois, avec ma vraie maman, comme elle m’avait montrée avant qu’on ne soit séparées. Je n’étais qu’un chaton alors, c’était doux. Ce même miel que je cherchais à retrouver. Déconcertée, ELLE s’était immobilisée, presque gênée. M’avait dévisagée, perplexe. J’avais tourné dans un sens. Hop. Demi-tour. Mes griffes à demi sorties, de sorte que chaque petit pressage de son estomac, avec mes coussinets, accrochait son tee-shirt, son ventre devenait une pâte succulente à modeler, que je façonnai à mes mesures, jusqu’au sommeil qui m’avait assaillie. Je m’étais recroquevillée sur mes pattes repliées, ma tête sous son menton, appuyée sur sa gorge. Assouvie. Prête à l’embrasser mais ELLE m’avait devancée. Ses mains s’étaient posées sur mon dos arrondi, me massant, ma queue frétillait et je frissonnais de contentement. J’allai pour la téter, quand je compris : ELLE n’était pas ma vraie maman et je n’avais plus l’âge pour cela. Mes yeux se fermaient, je résistai du mieux que je pouvais, je voulais continuer à la contempler, son visage lisse, ses yeux doux, son sourire circonspect. Je ronronnai et me relevai. Piétinai encore en ronronnant, un tour, volte-face. Avançai davantage sur son buste, comme si je grimpais une petite montagne. Parvins jusque dans son cou et là, au sommet, je reposai ma tête dans le creux de son épaule.

Peu importait qu’ELLE ne fût pas ma vraie maman et qu’elle fût une humaine. Je l’aimais autant que ma vraie maman, autant qu’une chatte. Mes yeux se fermaient, de plus en plus clos, devenant une simple fente puis un trait noir barrant mon museau laiteux et angulaire. Mes oreilles au repos, minuscules feuilles d’artichauts bouillies. Ma queue m’enserrait comme un plaid, rabattue d’un élan aristocratique. Je ronronnai fort, ça résonnait sur son ventre. Plongées dans cet état langoureux, de béatitude, nous étions devenues le prolongement l’une de l’autre.

#lanouvelleolympe

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