Félicitations ! Ton soutien à bien été envoyé à l’auteur
avatar
4ème bobine : les années collège
Fiction
Romance
calendar Publié le 7 juil. 2026
calendar Mis à jour le 7 juil. 2026
time min
Label de transparence créative
Tous publics
Image / Image humaine
Texte / Création humaine

4ème bobine : les années collège

Le film en super huit s'interrompt, il faut changer de bobine. La suite ressemble plutôt à des photos floues d’un appareil jetable, des visages pas très nets avec des souvenirs plus précis.

Je suis entrée au collège, avec cet effet des plus étranges de me sentir grande et de me retrouver petite au milieu des autres.

Le collège est une succession de plusieurs bâtiments hexagonaux côte à côte, isolé sans barrière ni portail, au milieu des prés. Un peu austère dans son habit gris béton. Pourtant, avec le temps, ce lieu me semblera être celui de la liberté. En tout cas, celui d’une certaine autonomie. Des statues en bois, six ou sept, nous offrent la vision d'un artiste là où s’arrêtent les cars, certains tentent de les escalader, d’autres se posent à l’ombre de celles-ci pour patienter.


L'égalité des filles et des garçons, la mixité ne porte pas à discussion. Le collège regroupe tous les enfants des villages alentours.

Les conflits entre collégiens se font plutôt en fonction de notre village d’origine. N'ayant pas grandi dans le mien depuis toujours, je ne suis pas très imprégnée de ce sentiment d'appartenance.

Mes années de collège restent des années où j'ai beaucoup ri.

Avec mes copines, Sophia, Malou et Patty on mange au self du collège, dès la quatrième Sidonie et Coline nous ont rejointes. Le repas terminé, nous partons à quelques centaines de mètres, un peu à l’écart, sur une plate-forme en bois, jouer des sketches. Le soir, nous regardons les émissions télé qui nous inspirent. Certaines copines reproduisent des imitations et d'autres font des adaptations beaucoup plus libres, ce sont des moments plaisants qui passent vite.

Le collège a une section sport-études. Notre planning de cours s'adapte à la saison d'hiver. Deux demi-journées par semaine sont consacrées au ski pour tout le monde. Même si les conditions météo sont mauvaises, les sorties de ski ne sont jamais annulées, notre jeu préféré est de "perdre" la prof de sport et de skier à notre guise au milieu des sapins, nos descentes se succèdent avec de belles "gamelles" et des fous rires. Nous arrivons au bus pour repartir avec des excuses de désolation, pas des plus sincères, pour n'avoir pas pu rejoindre le groupe.

Les jeux de regard avec les garçons occupent les cours d'histoire. La salle disposée en éventail est propice à ces jeux d'observation. Les cours de français sont une réflexion philosophique d'adolescents sur la vie et les relations humaines. Le professeur fait cours au premier rang des élèves studieux, il est très sympathique et essaye toujours de proposer des exercices prompts à nous intéresser. Il n'est pas remercié par notre attention au quotidien qui est inexistante. Pourtant, notre comportement est exemplaire lors de son inspection par le référent de l’académie. Même les plus turbulents se sont prêtés au jeu, attentifs, réceptifs, tous participent avec talent à ce cours qui atteint la perfection, pour une unique fois.

Mon professeur de français me permet d'écrire mon premier texte d'inspiration libre, j'adore cet exercice, mais il ne le reproduit pas.


Dès que la sonnerie retentit, les affaires rangées dans le cartable, chacun se précipite dans le couloir. Les escaliers sont dévalés à toute vitesse pour rejoindre le self. Les cartables, dans un balai aérien, sont expédiés les uns après les autres au pied des casiers.

Les premiers clips musicaux font leur apparition, nous écoutons des chanteurs variés, Sophia préfère Renaud, Malou est capable de reproduire les musiques de Jean-Jacques Goldman à la flûte, Patty ne jure que par Madonna dont elle recopie partiellement le look, j'écoute en boucle l'album de Mike Oldfield ; celui-ci me permet d'affirmer ma personnalité avec un artiste moins populaire.


Au cours de ces années, j’écris. Je suis ainsi une bonne correspondante. D’abord avec Christine, puis avec ma correspondante anglaise, Joanna ; ensuite avec mon correspondant égyptien, Khaled. Nos échanges sont toujours limités par la langue, mais ma régularité de réponse est immuable.


Au cours de ces années, mon corps change ; je n’apprécie pas vraiment ces changements et surtout les regards des garçons et des hommes qui se font plus insistants. Ma tête ne grandit pas aussi vite que mon corps.

Heureusement, mon blouson léger, orange, large et mi- long, me couvre et me protège.


Nous partageons les jeux de nos voisines qui ont emménagé dans la maison d'à côté. Nous avons des dates d’anniversaires proches, c’est l’occasion de les fêter en commun. Ceux du mois de juin sont les plus festifs, avec le beau temps nous pouvons rester tard sur les terrasses. Une maman réalise toujours d’énormes gâteaux sur un thème particulier : un château, une voiture. Nous organisons même un mariage fictif plus vrai que nature avec la confection d’une pièce montée. Nos orientations sexuelles ne préoccupent personne, nous pouvons marier deux filles, l'une habillée en garçon, sans que cela n'alimente de conversation.

Le printemps est aussi la période des fêtes foraines. Michelle nous invite à la fête, nous mangeons chez elle avant de rejoindre la grande place dont tout l’espace est occupé par les attractions. Nous faisons le tour pour choisir nos préférées, puis c'est le moment de monter et de se faire tourner la tête et secouer dans tous les sens. Il est l’heure de rentrer mais pas pour tout le monde, le parrain et la marraine de Sidonie restent encore tard dans la nuit gagner des peluches immenses.


L'été, comme tous les étés depuis mes huit ans, nous partons à la mer, en camping, avec la caravane familiale. Celle-ci repose l'hiver dans le jardin des arrière-grands-parents. Pomponnée par un bon lavage de mon père, préparée et chargée par ma mère, elle est prête à repartir avec nous, tranquillement sur les routes. Nous avons quasiment fait le tour des côtes françaises.


Ma destination préférée est la Côte d’Azur.

Avec Sidonie, nous observons les algues et les poissons avec nos masques et nos tubas, c’est mon activité préférée. Parfois, nous sommes inquiètes en dominant les fonds recouverts de grandes algues qui peuvent servir de repère à des animaux marins, pourraient-ils nous attaquer ? L’inquiétude finit par nous faire rejoindre la rive.

Notre parcours favori en compagnie de Bernard est de rejoindre les bouées jaunes, qui délimitent la zone de baignade, cela nous laisse un grand espace d'observation, surtout lorsque la côte bordée de rochers fait varier les fonds marins.


Plonger, retenir sa respiration, ralentir ses mouvements pour prolonger les instants sous la mer. Nager, glisser dans l'eau qui vous enveloppe, réguler sa respiration, plonger plus profond pour ramasser un coquillage, quel plaisir ! Quand le froid commence à se faire sentir, la baignade demande plus d'énergie, il est bientôt temps de rentrer. Le sable rempli de la chaleur du soleil nous réchauffe les pieds quand nous sortons de l'eau. Ruisselante, je me laisse sécher par l’air et le soleil. Il ne reste plus qu'à s'étendre pour profiter des rayons du soleil en somnolant. Faire glisser tranquillement le sable entre ses doigts, allongée sur sa serviette, en écoutant les bribes de conversations des voisins.

Les baignades dans l'océan Atlantique sont plus agitées, passer par-dessus ou par-dessous les vagues, respecter les zones de baignades pour ne pas se faire emporter. Observer les variations des changements de marée, se dire que la mer est bien loin. Inscrire l'empreinte de ses pieds dans le sable que l'eau efface aussitôt en laissant le sable luisant.

Le bonheur est complet quand le camping offre des balançoires, sans cesse nos pieds tentent d’atteindre le ciel.


Cet automne, nous attendons la naissance imprévue de chiots, Finette et Taillot n’ont pas résisté à l’appel de la nature et malgré leur séparation, ils ont réussi à se retrouver. Mon père est à son travail, nous avons la mission de le prévenir quand les premiers signes de mise-bas apparaîtront. Nous ne pouvons pas garder de chiot, deux chiens suffisent pour la chasse de mon père. Il a l’horrible tâche de mettre fin à leur vie, d’assommer et de noyer les chiots.

Plusieurs jours se succèdent, la chienne ne sort pas beaucoup, nous surveillons son comportement. Un jour, après l’école, au moment du goûter, la chienne se met à avoir une respiration haletante, le premier signe que les naissances approchent. Nous devons nous résoudre à prévenir mon père. Il est au courant que le travail a commencé, il va rentrer.

À son arrivée, il trouve deux pleureuses, assises devant la maison, suppliant de laisser des chiots vivants. Nous connaissons les règles, mais devant la vie qui se présente, nous nous encourageons mutuellement à protéger celle-ci.

Peut-être cinq ou six, mon père observe les chiots qui suscitent le plus d’attention de leur mère. Il fait deux allers retours au garage et devant notre insistance et contre l’avis de ma mère, garde deux petites chiennes. Nous en avons une chacune. Le bonheur est à son comble. Il faut leur choisir des noms, nous nous laissons influencer par nos parents comme pour les remercier de leur décision. Diane et Gypsie viennent s’ajouter à la famille, des chiots si mignons.

Je ne crois pas avoir été une bonne maîtresse, la plupart des contraintes revenaient à mon père qui ne m’en fit jamais le reproche. Les balades avec chacune notre chienne en laisse nous rendaient fières. Quand elles eurent suffisamment grandi, nous leur avons mis parfois le harnais pour les sortir en ski. Les conditions devaient être favorables pour que la neige nous porte lors des hors-pistes et notre équilibre suffisant pour mener les chiennes dans leurs mouvements irréguliers. Ces jours idéaux, nous glissions de doline en doline, profitant de la pente de l’une pour accéder au sommet de l’autre, cela se faisait aisément sur le revêtement neigeux qui nous portait. La neige poudreuse et légère faisait une fine couche à la surface où nos skis laissaient une trace dans le paysage blanc et scintillant. Ce ne fut pas fréquent, mais ces moments restent inoubliables.


De temps en temps, nous pouvions nous rendre sur les lieux de travail de nos parents. Mon père nous faisait visiter son bureau, où il pouvait lire le journal, nous visitions le gymnase dont tout le matériel de sport était entreposé dans une salle adjacente, les bancs de musculation nous attiraient pour s'essayer à quelques exercices infructueux. Nous terminions par le vestiaire où il récupérait ses affaires, parfois d'autres professeurs sortaient nus de leur douche et nous rigolions en douce. Mon père avait toujours des cartes d'orientation, il nous apprenait à les positionner, lire les indications, se déplacer avec la boussole, rechercher les balises qu'il avait postées pour ses stagiaires, il ne fallait pas aller trop vite, certaines étaient placées à proximité pour évaluer la précision des repères et des déplacements.

Mon père avait eu le titre de champion de France d'orientation, il était très fort.

Ma mère travaillait dans un magasin de meubles où l'on pouvait s'amuser à jouer comme dans des intérieurs variés, de la chambre au salon notre maison était des plus réelles. Le magasin proposait aussi des souvenirs et de la décoration, ce qui nous plaisait le plus étaient les petits objets qu'elle nous offrait régulièrement : une gomme originale, un crayon multicolore, un carnet en relief, un ourson à fixer au bout de son crayon, des miniatures en laiton ou en porcelaine remplissaient nos étagères.


Au collège, deux ou trois garçons étaient amoureux de moi, deux d'entre eux étaient prêts à se battre pour obtenir mes faveurs. Un troisième se retrouvait à ma table à la cantine et me faisait du pied sous la table, nous finissions dans les couloirs en riant avec mes copines.

L’effet de groupe me paraissait dangereux, suivre les meneurs ne me tentait pas, leurs idées étaient souvent hasardeuses. Mon groupe d’amis suffisait à me mettre à l’abri, à la descente du bus nous nous regroupions et ensemble, lors des déplacements, nous nous assurions une sécurité mutuelle.

Pourtant, un jour d’hiver, j’osai braver l’avis général pour ne pas faire comme tout le monde. Le chauffeur de bus était un jeune prétentieux qui ne savait pas se faire respecter. La plupart des gamins aimait le provoquer. Ce matin-là, il avait beaucoup neigé, la route était difficile, les passagers bien dissipés.

Le chauffeur ne pouvait pas prendre la dernière montée qui nous conduisait au collège, les ornières étaient trop épaisses, la neige était tombée en abondance. Il s’arrêta donc à l’intersection et nous demanda de terminer à pied. La majorité des élèves présents dans le bus s’opposa à sa décision, en prétextant qu’il devait nous poser devant le collège pour notre sécurité. Le visage rougeoyant, il attendait debout à l’avant du bus.

Et pour la première fois, j’affirmai mon désaccord. Je pris mes affaires et partis seule contre l’avis de tous. Était-ce dangereux ? On ne connaissait jamais les réactions a posteriori des meneurs. Ma sœur me suivit, je ne voulais pas la mettre dans l’embarras mais leur décision me paraissait idiote.

Nous étions les seules, tous attendaient assis dans le bus ; nous avons rejoint le collège avec la neige qui montait jusqu’à nos genoux. Je ne sais pas à quelle heure ils arrivèrent, ni si ce fut à pied ou en bus. Je me souviens juste que personne ne m’a fait de remarque et étonnamment, après cet incident, il semblait que l’on me faisait preuve de

plus de respect. Ce qui dans le cadre du collège apportait plutôt des avantages. L’intelligence de groupe me laissait perplexe.


Ma mère avait deux amies d'enfance. Elle les revoyait occasionnellement, de passage chez ma grand-mère. C'était amusant, la bonne humeur des retrouvailles en faisait des personnes charmantes. Toujours à rire d'anecdotes de leurs vies respectives. Les repas en leur compagnie étaient toujours gais et "bon enfant". Jo, le mari de Zette, avait un vrai talent pour raconter leurs péripéties de vacances, de travaux, d'histoires de famille, parfois jusqu'au ridicule, entre amis cela n'avait pas d'importance. Certains évènements ne prêtaient pas à rire mais ils devenaient drôles quand même, cela détendait tout le monde.

Nickie avait deux enfants, Tania et Gabriel. Ils avaient un an d'écart, ils venaient chaque année passer une semaine de vacances d'hiver à la maison. Mes parents travaillaient, leur mère gérait la préparation des repas. Nous passions notre temps sur les pistes de ski. Comme pour nos parents, tout prêtait à rire. Le soir, les interminables parties de cartes se terminaient tard dans la nuit. Une semaine de fous rires qui faisait partie du cours normal de ma vie.


Les vacances d'hiver rimaient aussi avec distractions. La station vivait au rythme des touristes. Tout au long de la semaine, des animations étaient proposées au pied des pistes, on se déplaçait pour découvrir le ski acrobatique. Un immense talus de neige avait été créé pour donner de la vitesse et permettre des figures, les mutes, les flairs et les back flips s’enchainaient au son de la musique qui envahissait la nuit. Il fallait bouger sur place pour résister au froid.

C’était aussi l’occasion d’achever la semaine avec la descente aux flambeaux des moniteurs de ski. Les téléskis ouvraient le soir et la file des tenues rouges s’étendait dans la montée, puis masquée par la forêt, la descente se préparait. Bientôt, la file régulière et lumineuse traçait de beaux virages et descendait lentement sur la piste. Le serpent de flammes rejoignait la foule qui l’acclamait. C’était l'heure du vin chaud pour se réchauffer de l’air frais de la nuit qui nous refroidissait.

Quand l'or blanc est au rendez-vous, la lumière est merveilleuse, la neige éclaire la nuit. Le tourisme bat son plein, les pistes se dévalent avec délices, les balades en forêt sont un morceau de paradis. Cette année-là encore, nos amis sont venus pour les vacances scolaires, comme d'habitude, on rit de tout. De la tenue de l'un, d'une situation cocasse, d'un arbre tordu qui entraîne notre imagination vers d'autres pensées comiques. C'est la fête, on joue aux cartes, on se chahute gentiment.

Cet après-midi, on rit des chansons ridicules qui passent dans nos têtes, pendant la montée au téléski on a tout le temps de se les remémorer. Toutes plus ridicules les unes que les autres. Chacun notre tour, nous prenons la tête du groupe pour tracer un chemin que tous les autres se plaisent à suivre. Aujourd’hui, ma cousine Karine skie avec nous. Elle prend la descente, chacun dans les traces du précédent, appliqué. Les petits sentiers dans la forêt alternent avec les virages sur la piste damée.

"Deux ailes et trois plumes, dans son blanc costume, on dirait une mariée, je suis la colombe..."

Les paroles s'enchaînent en mode automatique dans ma tête. La pente est plus raide, la fatigue, mon cerveau qui marque une pause, je ne tourne pas et je percute un arbre. "Crac", mon corps a fait un bruit bizarre, mais je n'ai pas encore compris à quel endroit. J'essaie de me lever, les genoux dans la neige je crache du sang. Affolés, mes amis partent alerter les secours. Tania reste avec moi, me dit de ne pas bouger...

L’attente est un peu longue. J’ai froid, le pisteur secouriste arrive, je suis allongée dans la barquette pour qu’il me redescende. La fatigue m'envahit, j'ai sommeil, tellement sommeil, le pisteur me parle, je dois lui répondre, il ne veut pas que je m'endorme.

L'ambulance remonte la route cabossée jusque chez le médecin du village. Je sens chaque secousse malgré le matelas gonflable sur lequel je suis allongée.

Ma mère nous rejoint, le médecin a décidé de me transférer à l'hôpital. Ma mère m'accompagne. Je ne me souviens plus du trajet.

Arrivée à l'hôpital, je suis allongée sur un brancard, le médecin doit me faire une ponction. J'ai un pneumothorax, il doit évacuer l'air. Quand l'aiguille pénètre mon corps, la douleur est intense et fulgurante, heureusement le geste est bref, il a été précis. Mais je ne supporte plus rien, je ne veux plus que l'on me touche.

Sept côtes cassées, près de la colonne vertébrale, j'ai eu beaucoup de chance. Me voici au repos pour un mois.

Les vacances sont terminées, tout le monde a repris le chemin de l'école. Les copines m'écrivent des lettres chaque jour, Sidonie fait le facteur.

Je peux lire autant que je veux, dans mon lit, au chaud sous ma couette. Notre "greffier" le chat de Sidonie, dont je ne faisais pas cas jusqu'à présent, a le droit de me tenir compagnie. Il vient s'allonger près de moi, comme une bouillote sur mon lit. J'ai des devoirs, j'avance un peu, certains exercices ne se rattrapent pas. La classe de quatrième sera plus difficile à suivre.

Je reçois de nombreux cadeaux, mes parents m'ont offert une magnifique marionnette en bois de Pinocchio, j'ai l'impression d'avoir exagéré et profité de mon accident pour l'obtenir, je me sens toujours un peu coupable en jouant avec elle.

Nickie, Tania et Gabriel, touchés par mon accident, m'offrent une petite pendule, elle a un style ancien et l’on peut observer tout son mécanisme sous sa cloche transparente. Elle marque le temps sur l’étagère de ma chambre.


Je dévore des livres, cela ne me demande pas d'effort. Je lis toute la collection que ma famille m'offre, les quatre tomes des "Allumettes suédoises" de Robert Sabatier. Parfois, j'oublie même d'aller manger pour ne pas interrompre l'histoire. Ainsi, je lis des romans sur la deuxième guerre mondiale : "Un sac de billes", d’enfants malades, des récits d'esclavage – "La case de l'oncle Tom" m'impressionne, la persécution, la maltraitance, la douleur et l’abêtisation des humains dans une forme de résignation m’interpellent. Je lis aussi de nombreux romans d'adolescents où les amours de lycée succèdent aux amours de vacances. Je reprends le collège et l’année se termine rapidement.


Pour nos vacances d'été, la traversée des routes de France est au programme. Notre caravane avance tranquillement, direction la Bretagne, notre route de "juilletiste" croise comme presque chaque année le Tour de France.

Cette année, nous assisterons à une étape de "contre la montre". La plupart des supporters sont prêts depuis la veille, des campeurs de toutes sortes longent la route, du cycliste amateur avec sa simple tente, au conducteur de camping-car bien installé le long de l’étape, toutes sortes de spectateurs fidèles attendent impatiemment. Il faut se trouver une place, en surplomb, pour identifier chaque passage de coureur avec la liste du journal. La caravane du tour de France est une véritable attraction. Les voitures et camions publicitaires défilent avec les couleurs de la marque qu’ils représentent. Les jeunes installés à l’intérieur distribuent des échantillons qu'ils lancent sur leur passage : des casquettes, des tee-shirts, des bonbons, du saucisson, des magazines…

Nous voyons passer toutes les stars cyclistes du moment, leur passage est rapide juste le temps de les identifier au son des encouragements et des applaudissements de la foule. Nous rentrons avec nos lots récupérés dans les sacs d’un sponsor. Un détour par la maison de Bernard Hinault et notre étape du Tour de France touchera à sa fin.

La Bretagne et ses côtes découpées, ses marées, son air iodé vivifiant sont agréables à visiter. Nous participons aux événements locaux, les danses au rythme des musiques bretonnes s’enchaînent sur le podium de la fête de Pont-l’Abbé. Nous croisons la bigoudène de la publicité que l’on regarde à la télé, avec plusieurs de ses consœurs, elle porte la coiffe locale en dentelle qui monte plusieurs dizaines de centimètres au-dessus de sa tête.

Nous visitons les ports, nous observons les bateaux de pêcheurs nombreux qui sont suivis par des mouettes fidèles. Mon père s’achète un trente-trois tours qui fera résonner les sons celtiques à la maison.

En rentrant de vacances, Malou et Coline déménagent. Elles ne nous ont pas prévenues.

Le ciel me tombe sur la tête, je me sens trahie, mon silence est aussi grand que ma déception. Je suis tellement triste et déçue. Elles promettent de venir nous voir, mon enfance est déjà terminée. J’ai des bleus à l’âme.


Pour terminer l’été, nous avons droit à une séance de cinéma entre cousines, pour la première fois ce sera sans les parents. L’histoire d’amour défile sur le grand écran, Flashdance nous emporte dans son histoire rythmée par des musiques modernes, mon adolescence commence sur des notes entraînantes.


Propriété intellectuelle et crédits
© Image de Couverture Les battements de coeur
© Texte principal Adélice Bise

Commentaire (0)

Tu dois être connecté pour pouvoir commenter Se connecter
Prolonger le voyage dans l'univers Romance

donate Tu peux soutenir les auteurs qui te tiennent à coeur

promo

Télécharge l'application mobile Panodyssey