En un mot commençant
On dit toujours qu’il faut commencer par le commencement,
Comme si on savait toujours par quel bout la parole s’éprend,
Je ne sais comment c’est, mais je sais que dire ça s’apprend,
Et ça commence par aligner bout à bout sujet, verbe, complément.
On dit qu’au commencement était le Verbe, et que le Verbe était Dieu,
Mais Dieu est un nom propre, et si tu veux mon avis il est crasseux,
Ceux qui le louent à défaut de l’acheter ont-ils prévu de me jeter la pierre ?
Il fallait bien commencer quelque part, et je ne suis pas un adepte de la prière.
On dit que la phrase simple commence toujours par une Majuscule
Et se termine par un Point, et qu’elle peut être ponctuée par des virgules,
Qu’elle peut être d’accroche, exclamative, subordonnée ou verbale,
Elle est faite de lettres d’amour, de motivation, en minuscules ou capitales.
On dit qu’un discours éloquent commence toujours par un long silence,
Tous les silences ne font pas le même bruit, certains font preuve d’insolence,
On dit que le silence est d’or, mais la parole d’argent est-elle devenue sale ?
Sa langue qu’on a pas dans la poche, c’est l’assurance d’un vide abyssal.
On dit souvent qu’il est important de terminer ce qu’on commence,
D’aller au bout des choses même si ça ne va pas dans le bon sens,
J’ai laissé tant de choses en suspens, inachevées dans un placard,
Car je ne remettais pas à aujourd’hui ce que je ne ferais pas plus tard.
J’ai laissé tant de vers, de rimes et de joyaux orphelins,
J’ai laissé de côté tant de strophes au sens sibyllin,
J’ai cru tant de fois avoir saisi l’embryon d’un potentiel trésor,
J’ai imaginé tant de fois une licorne sous l’ombre d’un dinosaure.
On dit que pour chaque fin il y a un nouveau départ,
Je vois la fin mais j’ignore comment ça démarre,
Maramé, on a beau parler le même langage,
Une Tour de Babel a pris nos mots en otage.
Parler, écrire, dire, c’est devenu si simple, si anodin, une triviale poursuite,
Par mail, SMS, Whatsapp, Snapchat, chat vocal ou des émojis à la suite,
Comment rendre aux mots leur noblesse et leur quintessence,
Lorsqu’on ignore soi-même par quoi il faut qu’on commence ?
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Commentaire (1)
Pascaln il y a 1 heure
Pour commencer et pour finir — oui des fois ça arrive — je dirai simplement que j'aime tout de ce texte. Le fond et forme. Merci pour le partage.
John Liam il y a 44 minutes
Merci à vous pour cette attention ! :D