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Adélaïde Acte II Scène 1

Adélaïde Acte II Scène 1

Publié le 1 févr. 2026 Mis à jour le 1 févr. 2026 Poésie et chanson
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Adélaïde Acte II Scène 1

Acte II Scène 1


La conscience est un feu quand s’énoncent les songes

Une tension futile, une bouche qui ronge,

Un bourreau qui, pour rire, est prêt à sacrifier 785

Les joies hallucinées ou les deuils oubliés.

Mais se servant de tout, d’un bruit ou d’un murmure,

Il infuse le jour au sombre de l’oubli

Et lui porte, vainqueur, les devoirs d’une vie.

Mais n’ai-je conduit, pour évider mes doutes 790

Dans une nuit, bercé sur l’ombre de ses routes,

Mon envie résolue ? Et n’ai-je, tout de même

Porter à mon regard des fissures extrêmes,

Du noir, mêlé de blanc, attifant le passage

De la robe fendue, déchirée de l’orage ? 795

Oh pourtant, ce matin, les souvenirs sont troubles

Tout se teint là, d’obscur ou tout s’accroît en double.

Des arbres défilés dans le flou de l’ivresse

Aux phares éloignés dans le vent des vitesses

Rien ne m’est absolu, mes souvenirs s’enivrent, 800

Du plaisir de tordre le temps qu’il me faut vivre !

Enfin, j’entrevois l`a, de mes forces vaincues,

L’épaisse vérité que, mon Dieu, j’ai perdu.

Et meurtri, fatigué, les muscles en sommeil

Ressentant de ce corps les nerfs noirs de soleil 805

Le repos me fut trop court, la torpeur trop brève

Pour ne pas regretter les douceurs d’une trêve.

Ah déjà, j’ouïs Morphée et ses pas ceints de brume

Abandonner la chair à l’esprit qui s’allume,

Puis donner un baiser, d’une bouche infinie 810

Jurant de revenir aux parfums de la nuit.

Une sourire aux lèvres, tranquillisant mes poings

Je ne forçai l’idée au corps n’en voulant point,

Car il est des vœux dont le front est le théâtre

Mais n’ayant pour valeur que la main opiniâtre, 815

Dédiée à l’objet, sur l’étude obstinée

Construisant sans faillir ce que mille ont pensé.

Et l’ouvrier probe, respectant sa machine

Sait les heures d’amour et les temps des gésines.

Et si tout doit se fondre au creuset du destin 820

Il ne sait rien de bon aux cris des argousins

Et je veux dépenser, au creux de fleurs nouvelles

Enfantées d’une pluie, dont les cous verts et frêles

Se plient, courbes, rampent, succombent sous mon poids.

(Sera-t-il un instant soustrait à cette loi ?) 825

Mes os mêlés de mots, dans un calme profond

Aux parfums d’écume et aux chants des goémons.

Quoi ! Aurais-je donc suivi le soleil marin,

Sans idée en aurais emprunté le chemin ?

Non les jours sont trop courts et les nuits trop étroites 830

Pour avoir en un songe épuisé cette droite,

Ou seulement, sombre pensée, dans le silence.

Voilà l’ultime rêve occupant ma conscience,

L`a, sous mon crâne blanc, mon front plongé sous terre

Dont, peut-être, il ressort déjà de vicieux vers. 835

Enfin, j’ouvre les yeux, m’offre au paysage

Que ma fuite porte comme porte un naufrage.

Je me tiens debout, foulant de l’herbe aux pieds

(D’ailleurs, mes vêtements ont, eux aussi, changé.

Loin des âpres tissus aux couleurs abyssales, 840

Je suis de lin paré, recouvert de vadmal,

Diapré là de vent, de soleil et de rien

De mes couleurs unies d’une teinte de brun),

En un espace étrange, un ”u” asymétrique

Et oh, une forêt, noire, presque timide 845

Cachant ses charmes secrets des rayons placides

Mais laissant pénétrer un sentier très étroit

Par la marche forgée à l’ombre de ces bois.

Regardant l’horizon s’étendre au loin sur l’eau

Je me vois `a cinquante mètres du niveau 850

Des vagues écrasées sur la falaise rude.

L`a, en prolongement conservant l’altitude,

Comme un éperon blanc chapeauté de verdure

Détachant de l’océan sa vive parure,

La première branche étend sur une dizaine 855

De mètres le tableau de cette courte plaine.

Six sièges de pierre et bois, face à un sont place.

Cependant, aucun des six n’osait faire face

Au dernier. Établis par deux et par quatre

Ils formaient, de ces courts rangs courbés, un théâtre 860

À la base encor large de ce bras de terre

Dont la scène est une grume, plus grande et fière

Du vide rapproché par trois pas environ.

C’est chose bien étrange en cette disposition

Que ces six bois éloignés de leur médiatrice 865

Du passage évident pour le dru précipice

Que protège le trône embrassant cette trace

Comme marquant la voie vers un nouvel espace.

La seconde branche est à droite située

(Nord, Sud, ou Est, Ouest, je ne puis m’orienter 870

Tant les jours, les saisons, me sont l`a, inconnus

Sous ce tiède soleil de lumière vêtue)

Quand l’homme plonge, écoutant sa vivante flamme

Son regard en la mer comme il plonge en son âme.

À sa base, debout, un singulier menhir, 875

Sans mousse ou lichen pour le ternir,

Dont la taille double mon point de vue commun.

Pyramide à trois flancs, une arête aux embruns

Une pointe lissée, désignant sans violence

Un au-delà caché sous un ciel immense, 880

Ce rocher semble offrir, étrange sentiment,

Ce que l’eau a de doux et les cieux ont de grand,

Par ce chemin qu’il tient, dans son armure grise,

Empêchant de subir les regards qui méprisent.

Son pavois est tourné vers l’obscure forêt 885

Défiant quiconque osant fuir le couvert épais,

Où, mystère norrois, des runes en futhark

(Lettres dont la clarté n’appelle de remarque)

Gravé dans deux cercles aux horizons scindés

Dont je transcris ici le sens sur le rocher. 890

”Passant, perds donc espoir et raffermit ton cœur,

Il n’est que traces de mots pour traces des heures.

D’aucuns prêtent, paraît-il, un pouvoir magique,

À ces inscriptions, d’autres, un jeu de panique

Quand, sur un tertre noir éclairé par la Lune 895

Un marcheur ignorant maudit l`a sa fortune.

Mais peu m’importe, au fond, si tout me reste obscur

Le gardien invoqué, son nom et sa nature

Si, l`a, sur la pierre, alliant son cœur et sa main

Une vie fut passée `a frapper d’un burin : 900

”Le roc porte les coups mais retient la pensée”

Et le temps est inscrit et cela, oh, compense

Le langage inconnu qu’emporte le silence.

Cette avancée celée, projetée vers la mer

Trois fois plus longue, au moins, et en léger dévers 905

En ”arctan” décalé, comprimé en abscisse,

S’élevant doucement au front des précipices,

Que sa voisine proche, en retrait mais plus tendre

Puisqu’elle, seule, subit des voix à entendre.

Enfin, partons d’ici, par la trace amoindrie 910

Entre les arbres et quittons notre prairie

Pour retrouver de source à nos lèvres portée

La fraîcheur salvatrice, d’une eau libérée

Et qui sait, pour manger, un peu de ronces noires

Qu’Ovide colore d’un ton de désespoir. 915

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