Une étoile noire
" Tant que l'on n'a pas aimé un animal, une partie de notre âme reste endormie" Anatole France
J'étais assise, dos à la fenêtre et je lisais.
C'était le soir, c'était calme et j'étais apaisée, seule, après une soirée entre amis.
La vitre a vibré, je n'y ai pas prêté attention.
La vitre a vibré, je me suis retournée.
Un chat, noir, sur le rebord de la fenêtre, tapait de son front contre la vitre pour attirer mon attention.
J'ai esquissé un sourire. Surprise, amusée par sa volonté à me faire réagir.
Je n'ai pas ouvert la fenêtre, je ne l'ai pas fait entrer.
Mais je ne suis pas restée, j'étais embarrassée par ce chat qui toquait à ma porte. Je me suis sentie penaude.
Déjà, un sentiment confus a commencé à m'envahir.
Je suis montée dans ma chambre, le coeur un peu malmené.
Le lendemain soir, j'espérais qu'il ne revienne pas. Je ne me sentais pas capable de lui opposer un refus.
Mais il est revenu avec une arme redoutable, un petit morceau de langue rose dépassait de sa gueule, sur le fond noire de sa fourrure. Un tsunami de tendresse m'a submergée. J'ai ouvert la fenêtre à ce petit être brillant d'intelligence. Il a franchi le rebord, conquérant.
Il venait de chez la voisine, chez qui, visiblement, il ne souhaitait pas rester.
Je ne connaissais pas vraiment le monde animal, encore moins les chats.
Je sais maintenant qu'ils n'ont pas de maîtres, mais des gardiens, qu'ils choisissent eux-mêmes !
Mais pour l'heure, ce petit chat noir a tiré dans mon coeur la flèche de Cupidon.
La fenêtre que j'ai ouverte n'a pas été celle de ma maison, mais celle d'un univers insoupçonné, inconnu de moi : l'amour des animaux.
Tout le règne animal s'y est engouffré.
Depuis, je suis entièrement habitée, entièrement tournée vers eux, et les chats sont devenus indispensables à mon souffle de vie.
Une passion s'est allumée, inaltérable et m'éclaire avec un bonheur jusqu'alors inégalé.
Jusqu'à lui, je n'avais jamais palpité pour un animal !
J'étais handicapée, amputée d'une partie de moi !
Je n'avais jamais voulu "m'encombrer", c'est ainsi que je le ressentais, d'animaux dits "domestiques". Bien évidemment, jamais je ne leur aurais fait le moindre mal, mais ils ne m'intéressaient pas. Et quand je visitais des amis qui en avaient, au mieux, je les ignorais, au pire, ils m'importunaient.
Depuis ce petit félin aux poils d'un noir intense, ma relation à l'autre a changé, celle à l'animal et aussi à l'humain !
Oui, mon âme était endormie, comme l'a écrit Anatole France, et son réveil a déverrouillé un amour au fond de moi dont j'ignorais la puissance.
Mais je souffre aussi, beaucoup !
Cet amour poignant, s'il m'irradie et m'aide à vivre, me torpille par l'horreur de la misère animale.
Et je vis avec cette part d'ombre béante mais aussi, cette vague permanente d'amour qui me parcourt chaque jour.
Ce petit chat n'est resté que quelques mois à mes côtés, le temps de
l'observer, de le nourrir, de le caresser, de le soigner et d'apprendre l'indulgence, la complicité, la patience, la conscience de l'animal en tant que vie, le respect à ce titre et l'amour indéfectible.
Il gît dans mon jardin, près de moi.
Et pour toujours en moi.
Il fait désormais partie moi, il a apporté à mon âme une autre dimension ! Toute ma vie s'en est trouvée transformée, changée, améliorée. Ma gratitude est infinie.
Alors, oui, nous sommes deux pour toujours.
Aujourd'hui, j'ai 6 chats, et je vis chaque jour, assurée que chacun de mes regards se posera sur un de mes chats, assoupi, quelque part, dans ma maison ! Voir une patte, un bout de queue, une oreille dépasser d'un fauteuil, d'un arbre, dans le jardin, n'importe où et partout, dans des endroits parfois improbables, les entendre miauler pour réclamer on ne sait quoi, juste les regarder, là, être, ici, ma procurent une joie et une tendresse incommensurables.
Et bien sûr, m'en occuper me rend responsable et heureuse.
Voir en eux un être à part entière, pourvu de volonté propre, d'un caractère, tous différents, une autre race que celle humaine, d'un autre genre mais tout aussi complet, de chercher à communiquer coûte que coûte, se faire comprendre avec chacun nos moyens, me fascine toute entièrement !
Je ne me lasse pas de les admirer et d'être chaque jour, bouleversée de les voir vivre.
Maintenant que je connais les chats, je sais qu'il ne s'abandonnent pas sans être sûrs de leur choix, aussi, leur confiance m'honore et m'émeut.
Grâce à eux, je me sens une meilleure personne, et je me dois d'en être une. Au delà de la personne, ils ont fait de moi un meilleur humain.
Je me sens investie par une mission : l'humanité, la bonté, la bienveillance.
Je n'étais pas non plus une mauvaise personne, loin s'en faut. Il ne faut pas exagérer. Mais, c'est sûr, je n'étais pas celle que je suis aujourd'hui. Et j'aime la personne que je suis devenue.
C'était en moi, bien sûr, mais trop perturbée pour le savoir, trop en quête de faire, et faire encore, dans l'urgence de ce monde, et je serais passée à côté de cette autre dimension tapie en moi qui ne demandait qu'à respirer.
Il y a 15 ans maintenant que ma petite étoile noire, mon passeur d'âme a tambouriné un soir à ma fenêtre, à mon coeur, à mon esprit.
Je l'ai rencontré, je me suis rencontrée.
Nous étions le 14 février !
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Commentaires (2)
Alexandre Leforestier il y a 20 heures
https://panodyssey.com/fr/article/culture/chat-sans-frontieres-un-concours-d-ecriture-inedit-au-monde-entre-plumes-et-chats-grace-a-panodyssey-emueh4qba35a
Alexandre Leforestier il y a 20 heures
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