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Tout compris (ou presque) — Valérie 3/5
Fiction
Érotisme
calendar Publié le 16 oct. 2026
calendar Mis à jour le 16 oct. 2026
time 17 min
18+

Tout compris (ou presque) — Valérie 3/5

Valérie, mode d'emploi - 3/5



C’est moi qui ai suggéré le nouveau nom du restaurant au patron, alors que s’achevaient les travaux de rénovation. Au départ, ce n’était qu’une boutade — « la boutade me monte au nez ! », lui avais-je lancé en riant. Mais l’idée lui a plu. Valérie et moi bossons donc désormais à La Bouche des goûts. Et je dois reconnaître que j’en ressens une certaine fierté, et un attachement authentique à l’établissement.

Un mois s’est écoulé depuis cette soirée où nous avons tenté de trouver une définition improbable à notre première relation. Nous nous voyons régulièrement, Valérie et moi, deux à trois fois par semaine, sans toutefois nous immiscer dans la vie de l’autre. Chacun conserve ainsi son quotidien, ses petites habitudes, sa liberté. Parfois, un discret clin d’œil suffit à faire savoir : « Dis, on se rejoint aujourd’hui ? » On est toujours heureux de se croiser au restaurant, où l’ambiance de travail reste au beau fixe.


Un matin ordinaire, Polo le plongeur s’approche et me confie à l’oreille :

— Hé, elle est mal lunée, ce matin, la Valoche ! Elle a ses règles, ou quoi ?

— Quelle délicatesse ! m’offusqué-je. Tu es vraiment un goujat, toi ! Pis ne l’appelle pas Valoche, elle a horreur de ça…

— Ah oui ? Et comment tu le sais ? Tu sors avec elle ?

— Hein ? Non, n’importe quoi ! Elle… elle me l’a dit, c’est tout.

J’espère avoir convaincu notre expert du sexisme, que j’appelle souvent Walter. Walter Polo n’est jamais en retard pour parler de ses collègues féminines en allusions graveleuses plus ou moins drôles. Et il déniche toujours des ragots de derrière les fagots ! J’ai peur que ma maladresse ne mette de l’huile sur le feu…

Non, Valérie et moi ne sommes pas en couple ! D’ailleurs, nous restons irréprochables sur notre lieu de travail : professionnels, voire distants, sans étreintes furtives ni baisers dérobés. Nul ne peut soupçonner quoi que ce soit entre nous. Et si le patron a légèrement modifié nos horaires d’activité, c’est pour améliorer le fonctionnement de l’établissement. Certes, cela nous permet de nous voir un peu plus souvent, mais ce n’est pas la première fois qu’il opère quelques ajustements administratifs entre cuisines et service de salle.

Je pense que les vacances arrivent au bon moment pour mettre un terme à ces rumeurs grandissantes sur notre prétendue relation officielle. En effet, l’établissement procède à sa fermeture estivale du 10 au 23 août inclus. Par ailleurs, nous passons nos congés à plusieurs centaines de kilomètres l’un de l’autre. Je vous le dis : nous ne sommes pas en couple.


*


Comme chaque année depuis ma plus tendre enfance, et bien que j’aie aujourd’hui mon indépendance et ma propre vie, je pars en vacances avec mes parents. J’éprouve toujours autant de plaisir à rejoindre notre camping de Savoie, élégamment implanté sur les rives verdoyantes de ce lac aux eaux claires. J’y retrouve avec joie mes habitudes, mes souvenirs, mes copains et nos fous rires… Et Véra.

Elle a bien grandi, la petite Véra. C’était mon premier béguin. Nous avions huit ans, et nous n’osions pas nous embrasser de peur d’avoir des enfants ! Elle est maintenant une belle jeune femme. Toujours blonde aux yeux bleus, poursuivant de brillantes études à l’étranger, quelque part loin de France. Elle pourrait faire chavirer le cœur de tous les célibataires du camping, à n’en pas douter. Or, à la grande surprise et, j’imagine, au grand dam de ma famille, je ne m’intéresse guère à elle. Ce n’est pas Véra qui occupe mes pensées en ces jours de repos professionnel.


J’ai reçu un selfie ce matin. Une simple photo sobrement accompagnée d’un « Bisou ». On y voit Valérie posant en maillot de bain, le dos tourné vers la mer, avec sa copine, dont j’ai oublié le nom. Elle m’avait dit qu’elles se retrouveraient à La Grande-Motte pour passer les vacances ensemble. Je me surprends à caresser inconsciemment l’image.

Puisque, à son initiative, Valérie poursuit notre relation à distance, cela m’encourage à lui répondre. Comment puis-je lui montrer que je pense à elle sans être trop insistant ou envahissant ? Je décide de lui envoyer une photo avec, en guise de titre, « Petite pensée pour le boulot ». J’ai réussi, non sans mal, à soulever une bouche d’égout que je tiens à bout de bras. Valérie ne tarde pas à répliquer, visiblement amusée et ravie de nos échanges complices par l’entremise de nos smartphones.

Durant les deux semaines de congés, nous communiquons ainsi presque tous les jours. Pour parler de tout et de rien, pour admirer un coucher de soleil, pour partager une glace à la terrasse d’un café… Un matin, Valérie m’envoie une photo où elle pose, sur un court de tennis, avec un garçon de son âge. Ils tiennent chacun une raquette à la main, et rivalisent de grimaces enjouées. Un commentaire inattendu accompagne l’image : « Ne sois pas jaloux, c’est un ami d’enfance ». Égoïstement, je me sens rassuré par cette phrase en apparence anodine. Je me rends compte que ça ferait mal si elle venait à fréquenter quelqu’un pendant ses vacances. Bien sûr, ce serait son droit, et je n’aurais rien à dire. Nous ne sommes pas en couple, nous ne sommes pas mariés, mais simples collègues – même si nous avons passé de bons moments ensemble.

Le lendemain, Valérie m’adresse une photo d’un maillot de bain une pièce qu’elle a acheté. Elle le plaque sur ses habits et me demande : « Tu aimes ? » Je m’en moque un peu de son maillot de bain tout neuf. Ce qui m’importe, c’est plutôt ce qu’il cachera ! Je lui réponds, aussi sage que possible : « Mets-le, je pourrai juger plus facilement ». À peine quelques minutes plus tard, je reçois, cette fois-ci, une vidéo dans le plus pur style de Valérie : elle pose son smartphone sur une étagère, puis avance face au grand miroir de la salle de bain. Ma belle se filme de dos, et se dévêt. Elle ôte d’abord son t-shirt, avec lenteur, puis sa mini-jupe, dans une danse orientale lascive. Elle s’arrête un instant, comme pour me demander si elle doit continuer ou pas. Elle dégrafe son soutien-gorge, puis fait glisser sa culotte jusque sur les chevilles. Entièrement nue, elle tourne la tête vers l’objectif et m’adresse une œillade coquine. Elle revêt ensuite son maillot avec grâce et malice, soulignant avantageusement ses formes parfaites. Elle fait face enfin à l’appareil et lance : « Alors, ça te plaît, oui ou non ? » Pour sûr, j’adore ce nouveau maillot de bain !


La veille de mon départ du camping, Valérie m’appelle. Je ne m’y attendais pas, mais je m’en réjouis ! Notre conversation reste banale, à parler de nos vacances respectives, de nos occupations et autres visites estivales. Mais ces petits riens, j’en suis conscient aujourd’hui, me manquent vraiment. Après quelques minutes, Valérie me demande :

— Tu voudrais qu’on se voie mercredi ? On aura repris le boulot depuis lundi, ça nous laisse le temps de retrouver nos marques. Qu’en dis-tu ?

— J’en serais très heureux ! Et ça va être dur de patienter jusque-là…


*


Mercredi 26 août : les retrouvailles ! Après trois jours ouvrés à cacher nos sourires réciproques à des collègues soupçonneux, Valérie me rejoint enfin dans mon appartement. Ils sont si agréables, ces petits moments à deux, rien que pour nous ! Pas moins de deux heures nous sont nécessaires pour évoquer nos vacances, comparer nos souvenirs, rire de nos anecdotes et de nos maillots de bain une pièce. Après sa vidéo, j’avais osé, à mon tour, partager avec elle un essayage vestimentaire inédit, mais hilarant ! J’avais eu toutes les peines du monde à contenir ma virilité à l’intérieur de ce vêtement échancré au mauvais endroit…

— Au fait, ce maillot de bain coquin que j’ai acheté exprès, tu le veux ? Je te le donne.

— Ah non ! Garde-le en souvenir ! D’ailleurs, tu as dû l’agrandir en l’enfilant. Et ce n’est même pas ma taille !

— Oui, tu as raison. On pourrait peut-être lui trouver une quelconque utilité, un jour, avant de s’endormir…

— Mais monsieur apprend vite ! Pourquoi pas…


J’appelle ensuite le restaurant chinois le plus proche pour commander des plats cuisinés. Pas le temps de préparer quoi que ce soit : la soirée est déjà bien avancée. Les perles de coco à peine englouties, Valérie jette un œil à son téléphone et se redresse précipitamment :

— Ouh là, 21 h 30 ! Je n’ai pas vu le temps passer… Il faut que je rentre chez moi, demain, on se lève tôt…

Joignant le geste à la parole, elle rassemble hâtivement ses affaires éparpillées sur la table basse du salon. Soudain, elle suspend ses mouvements, se tourne vers moi :

— Et alors ? Tu ne me retiens pas ?

D’un bond, je me jette sur elle et la serre par la taille :

— Où donc courez-vous comme ça, gente damoiselle ? La nuit est à nous !

Elle m’enlace, on s’embrasse et, tout à notre étreinte, on se dirige dans la chambre à coucher. Ces jours interminables d’attente solitaire, de fantasme réfréné, de besoin contenu doivent trouver ici un aboutissement en apothéose. Surtout ne pas hâter cet instant si merveilleux !


Je sais maintenant que j’adore les préliminaires. En quelques semaines auprès de mon amante, j’ai évolué de débutant maladroit à apprenti appliqué dans l’art d’exacerber le désir avant le passage à l’acte. J’embrasse, j’effleure, je prodigue des caresses… Je fais une pause, puis je reprends. Je suis conscient de ne pas être encore un expert. Valérie doit me guider parfois sur le chemin tortueux du plaisir féminin. Mais je commence à connaître les attentes de ma belle, à localiser ses points sensibles. Je sais, par exemple, qu’elle adore quand je l’embrasse dans le cou, jusque derrière l’oreille. Elle se révèle aussi très réceptive lorsque, après avoir bien excité de ma langue ses mamelons renflés, je souffle avec délicatesse sur ses aréoles. Ça m’est tellement valorisant et enivrant de donner du plaisir à Valérie que j’ai du mal à m’arrêter ! Très méthodique dans ma volonté de bien faire, trop zélé dans mes caresses buccales, la belle me stoppe dans mon ardeur. Elle me relève la tête de ses deux mains, et me susurre :

— Doucement, doucement, brave damoiseau ! Il faut varier un peu, savoir improviser…

Oui, tu as raison, charmante maîtresse ! Je suis trop diligent à mettre en pratique le traité du parfait partenaire encore novice. Valérie me tire à elle et me fait rouler sur le dos. Assise sur moi, elle danse au son de mes halètements. Je pose mes paumes sur les siennes et serre ses doigts. Nous nous abandonnons l’un à l’autre, non pas comme des jeunes fougueux et impatients d’atteindre l’orgasme au plus vite, mais comme des amants attentifs à notre plaisir réciproque, savourant chaque seconde passée ensemble après des siècles de séparation. Valérie sait diriger les débats et prolonger nos étreintes…


Quand nos enlacements prennent fin, le sommeil me gagne. Il se fait tard, une nouvelle journée de travail se présente à nous dans quelques heures.

Allongée à mes côtés, Valérie semble préoccupée :

— Tu as des rêves dans la vie ?

Je ne m’attendais pas à cette question. Après l’amour, je suis vidé, je ne pense à rien, je lutte déjà contre Morphée dans une bataille perdue d’avance.

— Des rêves ? Oh c’est simple : j’aimerais avoir mon propre restaurant et décrocher quelques étoiles Michelin en tant que chef. J’ai toujours voulu être cuisinier, depuis que je suis tout petit. Ce serait une sorte d’accomplissement. Tu vois, rien de très original… Et toi ?

— Ah, je voudrais bien reprendre mes études de psycho. J’ai dû travailler en entrant à l’université. Mes parents venaient de divorcer, et, financièrement, c’était difficile pour eux. Alors j’ai trouvé ce job de serveuse. Le patron était sympa, il m’a fait confiance et l’ambiance était bonne. Comme j’étais plutôt bien rémunérée, j’ai finalement quitté la fac pour me consacrer à plein temps à La Bouche des goûts.

— Dis donc, pourquoi tu ne travaillerais pas à temps partiel ? Ça te laisserait du temps pour terminer tes études…

— À temps partiel ! Tu es gentil, mais comment je vais payer le loyer ? Et le carburant ? Et les courses, Internet, les abonnements, l’assurance… ? Autant retourner habiter chez ma mère…

Oui, c’est sûr. Je n’avais pas pensé à ces détails pécuniaires qui, malheureusement, se montrent essentiels au quotidien.

— Ben, tu n’as qu’à venir vivre chez moi.

C’est vrai : ça résout ses problèmes. Elle n’aurait plus de loyer à payer, je m’occuperais des repas, on pourrait partager les courses et les frais annexes, tels qu’Internet. Elle aurait moins de dépenses à régler et plus de temps pour elle. Par contre, il faudrait s’organiser pour le déménagement et les meubles…

Un silence étrange s’installe. Je finis par me tourner vers Valérie qui, bouche bée, me dévisage d’un air incrédule. Elle qui est toujours bien à cheval sur son indépendance, juchée sur ses habitudes quotidiennes, semble désarçonnée. Puis elle me lance d’un ton soupçonneux :

— Tu n’es pas en train de me proposer une vie de couple, quand même ? Sous prétexte de m’aider à reprendre mes études, tu comptes m’installer définitivement dans ton lit ?

Aïe. En effet, je me montre encore bien maladroit avec elle. Comme pour notre premier baiser, la fois où je l’ai embrassée sans prévenir : c’est moi qui fais le premier pas, mais systématiquement dans une flaque d’eau !

Valérie me sourit tout en hochant légèrement la tête de gauche à droite. Puis, d’une voix douce, elle murmure :

— J’avoue que vous me surprenez, gentil chevalier. Votre proposition ne manque pas de noblesse…



À suivre dans Valérie, mode d’emploi — 4/5 : "Cuit à point"



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