Dans l'indifférence générale
Tsundoku du 19/04/26
Dimanche. Journée pyjamas. Envie de douceur et pourtant, ce sera lui dont j’achèverai la lecture… : « Dans l’indifférence générale ».

Comment recommander un tel roman graphique ? Comment rendre appétant ce récit sans appel qui secoue autant les consciences ?
S’il est sombre - bah oui, c’n'est pas gai - c’est parce que nous sombrons depuis longtemps vers une criminelle et imbécile extinction de tout. Même de nous-même.
Un.e enfant pourrait décrypter la plupart des images. Même si bien sûr, aucun.e adulte n’aurait idée de lui laisser feuilleter des illustrations aussi anxiogènes. Hypocrisie ou « refoulement », comme le nomme l’auteur ? C’est pourtant bien le monde dans lequel nous acceptons de laisser grandir nos enfants… C’est pourtant bien le monde dans lequel nous acceptons de laisser mourir sous nos yeux les populations les plus pauvres touchées par la crise climatique. Ces personn(ag)es, ces exilé.e.s notamment dont les regards semblent chercher les nôtres.


Avancer dans les chapitres sans concession nécessite donc une réelle volonté. Tourner les pages de ce récit, c’est expérimenter la métaphore présente dès l’entrée en matière : un baigneur menacé par un requin. Impossible de lui tourner le dos dès lors que tu as regardé sa menace en face, normalement… Non ?
Les signaux d’alerte et l’origine de cet effondrement sont vulgarisés avec évidence par la mise en parallèle, la confrontation de réalités choquantes. Analyse de la montée du capitalisme à l’autoritarisme décomplexé et données scientifiques et sociologiques glacent le sang autant qu’elles révoltent. On apprend. On comprend.
Roberto Grossi nomme aussi précisément ce dont on a plus ou moins conscience, entendu parlé ou ressenti. Ce que notre sentiment d’impuissance balaie en général au quotidien, face à la pression et l’insécurité de nos vies :
« Solastalgie »: « l’incapacité à reconnaître un lieu dans lequel on est venu autrefois, à cause des changements provoqués par l’action humaine » ; « l’érémocène, l’ère de la solitude » qui nous pend au nez, lorsque « l’être humain finira par n’être entouré que d’espèces élevées ou cultivées pour sa survie », « l’extinction de l’expérience », etc…


Si Roberto Grossi évoque la complexité de la psyché des êtres si facilement malléable en suscitant chez eux des désirs irréalisables et leur désespérante mémoire à court terme, c’est sans accabler l’humanité-même mais bien le capitalisme, la caste des ultra-riches et leur activité délétère.





Il ne ménage pas non plus ses encouragements à passer à l’action, à entrer en conflits pour obtenir la justice sociale et pour cela, à suivre « les idées » « qui contiennent la plus grande part de futur ».
La solution pour éviter le pire existe.
La question en suspens reste : « En serons-nous capables ? À temps ? »
En entrecoupant ces constats avec son histoire personnelle, ses souvenirs d’enfance et ses aspirations pour sa famille, il en appelle avec sensibilité à l’empathie et aux soins au vivant. Ce vivant dont nous ne sommes que les colocataires, et non les propriétaires.
Alors oui, comment recommander un tel roman graphique ?
En faisant face au requin, même un dimanche matin, en pyjamas…
DANS L'INDIFFÉRENCE GÉNÉRALE
Roberto Grossi & Maïa Rosenberger, trad.
La Boîte à Bulles, en co-édition avec ARTE EDITIONS, 2025.
Élu meilleur roman graphique de l'année 2024" par le magazine Internazionale
« […] l’ouvrage de Roberto Grossi nomme l’adversaire principal : le capitalisme. C’est-à-dire l’appropriation de la démocratie au détriment de l’intérêt général. »
Préface de Clément Sénéchal, ancien porte-parole de Greenpeace France.
https://youtu.be/-JAlxu76X7I?si=Rv2XY2crxyvWbBE4
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Commentaire (1)
Harold Cath il y a 25 minutes
Merci pour la présentation, ce roman graphique m'intéresse énormément. 👍😊
Aline Gendre il y a 2 minutes
Alors j'ai bien fait de revenir sur Panodyssey. Merci à vous de m'avoir lue.