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Il s'est suicidé,  le con.

Il s'est suicidé,  le con.

Publié le 23 juil. 2021 Mis à jour le 23 juil. 2021
time 2 min

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Il s'est suicidé,  le con.

Tout va bien pour toi, l'enfant aux parents aimants : tu ris, tu cours, tu piques tes colères. Tout va bien pour toi, l'ado qui traîne avec ses potes, dans ce village du trou du cul du monde. Tout va bien pour toi, la soit-disant adulte, qui vient de quitter son foyer pour la grande vie d'indépendance.
Et sans crier gare, ton père se suicide. Il se tire un balle dans le crâne, assis sur la marche de la cuisine, vue sur le jardin, accompagné du chien. Il se tire une balle, sa fille de 10 ans juste au-dessus, à l'étage. Il se tire une balle, sa femme l'attendant dans leur lit, ses deux autres enfants vagant à leurs occupations chez leurs potes. 

Il s'est suicidé, le con. Le con ? Peut-être pas si simple que ça.

T'y as pensé à ça ?

Quel héritage laisses-tu à tes gosses ? Quel poids engendres-tu sur les épaules de ta femme, à présent seule à élever 2,5 enfants ?
Et le chien ? T'y as pensé ? Ce loyal, qui était là, qui s'est retrouvé plein de sang et de bouts de cervelle. Il a dû se régaler, ignorant qu'il bouffait son maître. 

Remarque, toi qui aimais tant l'humoir noir - à la limite du raisonnable - tu as laissé un beau terrain de jeu. On peut pas t'enlever ça. Merci pour ces malaises si faciles au repas, auprès de ces gens curieux, et même de nos amis.
C'est un régal de voir la gène extrême sur leur visage, tu sais, celle qui dit "Oh merde, j'ai fait une boulette, je dis quoi ? ", et ils finissent par te faire un léger sourire aux yeux peinés. 
Tu m'as peut-être filé ta maladie, celle qui consiste à se repêtre goulument de la détresse des autres : "Ahah, je leur en ai fait une bien bonne là, comment ils vont s'en sortir ?". 

Il s'est suicidé, le con. Le con ? En fait, peut-être pas. 

Grandir sans père.

C'est facile au début, à 10 ans, on capte pas grand chose. Il nous manque, mais bon, maman est là.
" Il est où papa ? Il est mort ? Ah oui, il ne reviendra pas alors."
A 15 ans, on se pose un peu plus de questions. Le pourquoi vient à l'affût. Cette interrogation sans réponse, parce que, bien sûr, il n'a laissé aucun mot, aucune explication.
" Est-ce que finalement, il n'aimait pas sa vie ? Aurait-on fait de son quotidien un enfer ? "
A 20 ans, on le déteste presque. Non, on le déteste vraiment !
" Pourquoi tu nous as laissé tombé comme ça ? T'as laissé maman toute seule ! T'es qu'un con. "
A 25 ans, on regrette de ne pas le connaître, parce que, apparemment, on lui ressemble beauoup.
" Est-ce qu'il aurait aimé la personne que je suis ? Qui était-il ? J'aurais voulu le connaitre."

Il s'est suicidé, le con. Le con ? Ça c'est sûr, mais un con qu'on aime. 

Je ne sais pas encore ce que me réserve mes pensées de trentenaire. Mais perdre son père, à cet âge, de cette façon, m'aura bien fait grandir, relativiser, philosopher, et réfléchir à des choses auquelles je n'aurais pas pensé sans ça. J'ai aussi surement la meilleure famille que j'aurais pu avoir, soudée, aimante, présente. 

Alors merci papa, merci d'être un con qui s'est suicidé.

 

LB.

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Commentaire (1)

Un récit poignant. Un grand merci Louise pour ce témoignage 🍀

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