Félicitations ! Ton soutien à bien été envoyé à l’auteur
avatar
Avant-propos
Non-fiction
Culture
calendar Publié le 19 juil. 2026
calendar Mis à jour le 19 juil. 2026
time 4 min
PascalN verified
Pascaln il y a 12 heures

C'est exactement pour tout cela que je suis fasciné par les vieilles maisons ou les lieux de vies anciens, les usines par ex. À chaque fois, je me demande ce que ces lieux ont vu, entendu, vécu finalement...
Enfin, j'ai moi-même rénové plusieurs appartements et maisons et à chaque fois, derrière les cloisons, les parements, ou les aménagements, j'ai pris soins de laisser mes traces sous forme de signatures, de dessins, de petits mots datés. Une habitude ancienne venue de mon grand-père maternelle. Cet avant-propos me parle beaucoup Wallas, merci.

Tous publics

Avant-propos

La première fois que j'ai suivi un chantier de rénovation, j'ai compris que je ne pourrais plus jamais casser un mur de la même façon. Chaque pierre avait été posée par des mains aujourd'hui disparues, chaque détail portait le poids d'une histoire qui nous dépassait.

Je me suis surpris à réfléchir longuement à l'importance de mes suggestions, aux moindres gestes des ouvriers, comme si les fantômes des bâtisseurs me regardaient travailler par-dessus mon épaule. Ce jour-là, j'ai réalisé que les espaces ne nous appartiennent jamais vraiment, nous ne faisons que les emprunter brièvement avant de les transmettre, et cette conscience de notre passage éphémère dans des structures qui nous survivront m'a profondément troublé.


Aujourd’hui coordinateur de travaux, je vis cette responsabilité au quotidien d’une manière que je n’aurais pas anticipée avant qu’elle ne s’impose à moi. Retirer un élément posé par un ouvrier il y a vingt ans, une cloison qu’on abat, une poutre qu’on remplace, devrait être un geste anodin, purement technique, dicté par les nécessités du chantier. Je ne peux pourtant m’empêcher d’y voir autre chose, la trace d’une décision que quelqu’un d’autre a prise avec ses propres certitudes et son propre savoir-faire, sans qu’il ne sache jamais que ce geste finirait par disparaître sous le mien. Le travail d’autrui repose désormais sur les choix que je fais, tout comme le mien reposera un jour sur ceux d’une personne que je ne connaîtrai jamais, et cette chaîne silencieuse de décisions qui se répondent à travers les décennies me fascine autant qu’elle m’inquiète.


Les lieux gardent une mémoire que nous oublions trop souvent. Ils nous façonnent autant que nous les façonnons, nous y projetons des significations qui n'ont rien à voir avec leur fonction initiale. Une chambre d'amis devient le symbole de l'hospitalité qu'on n'offre jamais vraiment, un balcon promet une ouverture sur le monde mais peut devenir le lieu de toutes les fuites, un mur porteur structure bien plus que la stabilité physique d'un bâtiment.


Nous vivons entourés d'architectures qui parlent un langage silencieux. Cette collection explore cette obsession sous deux formes.


D'un côté, des nouvelles fantastiques où l'espace devient hostile, imprévisible, où le doute persiste entre ce qui relève de la réalité et ce qui appartient à la perception déformée des personnages. De l'autre, des essais contemplatifs où je tente de comprendre rationnellement ce que les nouvelles explorent par l'imaginaire.

Les deux formes se répondent sans jamais expliquer, parce que notre rapport aux espaces reste fondamentalement mystérieux, empreint d'une dimension irrationnelle qu'aucune analyse ne pourra jamais complètement sonder.

Les textes qui suivent ne racontent pas la même histoire, mais ils posent tous la même question : que nous font les espaces que nous traversons ? Comment nous construisent-ils, et surtout, que restera-t-il de nous dans les lieux que nous quittons ?


Bienvenue dans ces architectures intimes où les murs ont une mémoire et où chaque pièce cache plus qu'elle ne montre.


E. C. Wallas

Février 2026



Photo : Rue de la Pélisserie 18, Genève (archive personnelle)

Commentaires (2)

Tu dois être connecté pour pouvoir commenter Se connecter
PascalN verif

Pascaln il y a 12 heures

C'est exactement pour tout cela que je suis fasciné par les vieilles maisons ou les lieux de vies anciens, les usines par ex. À chaque fois, je me demande ce que ces lieux ont vu, entendu, vécu finalement...
Enfin, j'ai moi-même rénové plusieurs appartements et maisons et à chaque fois, derrière les cloisons, les parements, ou les aménagements, j'ai pris soins de laisser mes traces sous forme de signatures, de dessins, de petits mots datés. Une habitude ancienne venue de mon grand-père maternelle. Cet avant-propos me parle beaucoup Wallas, merci.

Cacher les réponses Afficher les réponses
E C Wallas verif

E C Wallas il y a 4 heures

Encore une fois, on parle le même langage ! Mais cela ne me surprend plus trop, à force.
Effectivement les usines auraient énormément d’histoires à raconter si elles étaient dotées de paroles.

En cela j’ai énormément apprécié la visite de l’ancienne usine sidérurgique de Völklingen en Allemagne, et notamment de voir ce que nous pouvions faire de ces espaces aujourd’hui.

Merci pour vos remarques qui me parlent et me questionnent. On pense souvent que le changement, la rénovation, la reconstruction sont des actes naturels et dont l'accomplissement l'acteur ne devrait qu'être fier. Et si on changeait de point de vue ?
Votre dernière question 'Que restera-t-il de nous dans les lieux que nous quittons ?' me fait penser à cette remarque que j'aime beaucoup : Dans de vieux bâtiments, il reste des traces d'ADN de chaque personne qui les a fréquentés.

Cacher les réponses Afficher les réponses
E C Wallas verif

E C Wallas il y a 22 heures

C’est exactement ça ! D’autant que certains ne le savent pas mais derrière les murs, papier peints et les placoplâtres se cachent souvent des notes ou des dessins de ceux qui les ont construits.
Il m’est déjà arrivé de tomber sur de telles notes et je dois avouer que c’était quelque chose.

Jackie H verif

Jackie H il y a 18 heures

On tombe sur quelque chose qui touche presque au sacré... au cours d'un acte qui est censé rester profane... c'est ça en fait qui est troublant...

Prolonger le voyage dans l'univers Culture

donate Tu peux soutenir les auteurs qui te tiennent à coeur

promo

Télécharge l'application mobile Panodyssey