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Agnès Tyrrell, compositrice austro-hongroise

Agnès Tyrrell, compositrice austro-hongroise

Publié le 4 nov. 2021 Mis à jour le 4 nov. 2021
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Agnès Tyrrell, compositrice austro-hongroise

 

Récapitulatif d'une de mes marottes

J’adore la musique classique et découvrir de nouveaux compositeurs, encore plus si ce sont des compositrices.

Voilà neuf ans de cela, ma marotte s’est installée avec un premier opus, « Comment exister aux côtés d’un génie », où je racontais les vicissitudes rencontrées par trois compositrices confrontées pour l’une à son petit frère, pour les deux autres à leur cher et tendre époux : Fanny Mendelssohn-Hensel, Clara Wieck-Schumann et Alma Werfel-Mahler m’ont ouvert les yeux sur la misère des femmes en matière de composition musicale.

« Les filles, jouez du piano pour nous complaire durant les longues soirées d’hiver, mais laissez les choses sérieuses aux mecs ! »

J’ai poursuivi ce cheminement et viens de mettre le point final à un second opus (il y en a eu d’autres entre ces deux-là !) sur trois compositrices – oubliées, comme de bien entendu – françaises, cette fois. Cela devrait être publié en 2022, si tout va bien !

Je dois reconnaître que les médias, programmateurs, producteurs, instrumentistes et autres professionnels de la musique classique s’ouvrent de plus en plus aux compositrices et à la (re) découverte de leurs œuvres.

Genèse d'une découverte musicale

Il y a quelques semaines, dans mon trou breton peuplé de vieillards caducs et cacochymes, nous avons eu droit à l’unique concert qu’a l’obligeance de nous donner l’Orchestre National de Bretagne, avec son très charismatique et excellent chef, Grant Llewellyn, lequel, victime d’un AVC l’été 2020 continue de diriger avec son seul bras gauche de manière époustouflante.

Bref, tout ça pour vous dire qu’au programme de cette représentation tant attendue, nous avons pu savourer une ouverture d’Agnès Tyrrell.

Qui ça ?

Eh ! Oui, je vous l’accorde, j’ignorais tout d’elle, je me suis donc plongée dès la fin du concert dans mon internet préféré, en français, en anglais et en allemand, la dame étant de nationalité austro-hongroise, du temps où les Habsbourg tenaient la dragée haute à toute l’Europe.

Mais c’est une autre histoire !

Découvrez Agnès Tyrrell

Alors, à votre tour de la découvrir. Pianiste et compositrice, Agnès Tyrrell est née le 26 septembre 1846 à Brünn. Ça, c’est l’orthographe germanique. En français, on l’a même appelée Brin ! Et en tchèque, c’est Brno, capitale de Moravie.

Elle est la fille d’un professeur d’anglais, Henry Tyrrell, d’origine britannique, et de Josefine Kotulan, de nationalité tchèque. Elle a donc eu la chance de grandir dans un environnement ouvert d’esprit, intellectuel et multiculturel, et parlait couramment le tchèque, l’anglais et l’allemand. Bref, européenne avant le Brexit ! Dès l’âge de trois ans, on la met derrière un clavier. Six ans plus tard, elle participe à son premier concert en interprétant la fameuse sonate pour piano et violon en fa majeur de Ludwig van Beethoven, dite « Le Printemps ». À l’époque, Vienne est « the place to be » quand on se prétend artiste, de surcroît musicien. Agnès Tyrrell y est arrivée à l’adolescence et a travaillé le piano au conservatoire avec Josef Dachs, qui fut également le professeur d’Hugo Wolf (je vous conseille fortement d’écouter les Lieder du monsieur). Elle complète cet enseignement avec les leçons privées d’Adalbert Pacher, pianiste et compositeur.

Rentrée à Brno, elle étudie avec Otto Kitzler, directeur de la Brünner Musikverein et futur professeur de composition d’Anton Bruckner lui-même. Pianiste accomplie, dotée d’une technique éblouissante et incontestable, elle joue aussi du violon. Ben voyons !

Mais sa santé n’est pas la meilleure qui soit. Elle souffre de problèmes cardiaques et doit rapidement abandonner la carrière de concertiste pour se consacrer entièrement à la composition. Et là, excusez du peu ! Pas moins de 39 partitions pour piano, 55 œuvres vocales qui vont de la chanson à la musique chorale, l’oratorio et l’opéra ; elle a également commis plusieurs pièces orchestrales majeures et de nombreuses autres pour musique de chambre.

Tyrrell est l’une des rares femmes à composer une symphonie avant 1900, avec notre Louise Farrenc nationale qui en compte trois à son actif. En 1875, elle dédicace douze études à Franz Liszt, véritable « star » de son époque, lequel prit le temps de l’en remercier d’une lettre aujourd’hui précieusement conservée à Vienne. On peut également citer un quatuor à cordes, trois ouvertures de concerts, un opéra à deux mouvements Bertran de Born (livret de Franz Keim, écrivain autrichien). Son dernier ouvrage, demeuré inachevé, fut l’oratorio Les Rois d’Israël.

Nous (re) découvrons donc l’œuvre d’Agnès Tyrrell. La démarche est encore toute timide, mais on y croit très fort ! En 2018, son Ouverture en do mineur a été présentée en première mondiale au Festival Frauenkomponiert de Berne, sous la direction de Jessica Horsley, et enregistrée par la Radio Suisse. C’est à ce jour le seul enregistrement connu de la musique orchestrale de Tyrrell et c’est la pièce que nous avons entendue lors du concert donné ce soir d’octobre 2021.

Beaucoup de partitions autographes de Tyrrell sont conservées au Musée morave de Brno, certaines de ses chansons et des cycles de chansons à la Bibliothèque d’État de Berlin

Elle meurt à 36 ans, le 18 avril 1883, à Brno

 

Liste non exhaustive de ses œuvres

  • Andante, op. 6
  • Thème et Variations en fa majeur, op. 8
  • Nocturne, op. 16
  • Études, op. 48
  • Grand Sonate, op. 66
  • Quatuor à cordes en sol majeur, pour orchestre de chambre
  • Symphonie en do majeur, pour orchestre
  • Mazurka pour orchestre
  • Die Konige in Israel, oratorio
  • Bertran de Born, opéra
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