Chapitre 3: đ° choix 3: Rejoindre Arn et Juliette au Fort de Mont-Dauphin.

đ° Vous avez dĂ©cider dâaccompagner Arn et Juliette au Fort de Mont-Dauphin.
Chapitre 3 : Choix 3
Annita prit sa décision. Elle sourit à son frÚre, puis se tourna vers Juliette :
â Juliette, dĂ©couvrir le fort de Mont-Dauphin⊠câest une bonne idĂ©e. On vous suit avec Oscar.
Juliette sâillumina.
â GĂ©nial ! Vous ne serez pas déçus, je vous le promets !
Oscar, enthousiaste, ajouta :
â DĂ©couvrir lâhistoire en vrai, ça change tout. Et le fort⊠il ressemble vraiment Ă un dauphin ?
Arn, qui venait de les rejoindre, esquissa un sourire amusé.
â Absolument pas. Le nom vient du fils du roi, pas de la forme. Dommage, hein ?
Oscar éclata de rire.
â Jâaurais prĂ©fĂ©rĂ© la version dauphin.
Annita regarda autour dâelle, dĂ©jĂ excitĂ©e.
â Ăa doit ĂȘtre impressionnant en vrai.
â Tu vas voir, rĂ©pondit Juliette, câest un lieu chargĂ© dâhistoire⊠et plein de secrets.
Oscar leva un sourcil.
â Ah⊠maintenant je suis vraiment motivĂ©.
Le groupe se mit en route vers le fort. Lâair Ă©tait doux, les montagnes imposantes en toile de fond.
Lorsquâils arrivĂšrent, une partie du plateau Ă©tait fermĂ©e par une clĂŽture, avec des agents de sĂ©curitĂ©. Mais Ă lâintĂ©rieur, on entendait de la musique, des rires et des silhouettes en mouvement.
â Quâest-ce qui se passe ? demanda Oscar, intriguĂ©.
Juliette esquissa un sourire complice.
â On ne vous avait rien dit pour vous faire la surprise. Câest un spectacle immersif, entre théùtre et escape game.
â Le but ? demanda Annita, les yeux brillants.
â Trouver le voleur, rĂ©pondit Arn calmement.
Juliette ajouta :
â On a dĂ©jĂ nos billets. Si vous voulez nous rejoindre, courez au guichet maintenant !
Annita se tourna vers son frÚre, excitée :
â Ăa te rappelle la Chartreuse et la liqueur ?
Oscar sourit.
â Ăvidemment quâon remet ça !
Pendant quâAnnita allait acheter les billets, le groupe observa la scĂšne Ă travers la clĂŽture. On devinait des tables de banquet, des costumes dâĂ©poque, des chopes levĂ©es et des danseurs.
Annita revint en courant.
â Câest bon, on a les billets !
Oscar fixait le plateau.
â Tu arrives pile au bon moment⊠le jeu commence.
Un Ă©pais nuage de fumĂ©e envahit soudain lâespace. Des lasers balayĂšrent lâair. La musique sâamplifia.
đ Ă lâintĂ©rieur du spectacleâŠ
La fĂȘte battait son plein sur le plateau du fort.
De longues tables débordaient de victuailles. Des figurants en costumes du rÚgne de Louis XIV riaient, dansaient, levaient leurs verres. La musique résonnait sous le ciel étoilé.
Soudain, la musique sâarrĂȘta. Une voix grave sâĂ©leva : celle de Vauban.
â Quelle belle Ă©poque pour ce nouveau projet fastueux, nâest-ce pas ?
â AssurĂ©ment, monsieur⊠mais jâaimerais mieux comprendre vos attentes.
â Je veux construire ici un fort imprenable oĂč civils et soldats vivront ensemble. Trois mille Ăąmes protĂ©gĂ©es contre la Savoie.
Vauban posa la main sur un grand plan déroulé.
â VoilĂ lâendroit exact. Ne me dĂ©cevez pas.
Le plan resta posé sur la table, négligemment.
Un danseur sâapprocha⊠trop discrĂštement. Il saisit le rouleau et le glissa sous son bras.
Soudain, un autre danseur le percuta violemment.
Le plan tomba. Se déroula. Se déchira.
Le vent se leva. Les morceaux sâenvolĂšrent et retombĂšrent dans lâherbe.
Le voleur se prĂ©cipita, mais trop tard. Des danseurs marchaient dĂ©jĂ dessus, piĂ©tinant les fragments sans sâen rendre compte.
Il parvint Ă rĂ©cupĂ©rer la plus grande partie⊠mais deux ou trois petits morceaux restĂšrent au sol, bien visibles dans lâherbe.
Câest Ă cet instant que la fumĂ©e envahit tout.
Les spectateurs du futur apparurent.
Un figurant en costume, lâair paniquĂ©, sâapprocha dâeux :
â Vous ĂȘtes habillĂ©s⊠bizarrement. Vous venez dâoĂč ?
â De 2026, rĂ©pondit quelquâun.
Le figurant écarquilla les yeux.
â 2026 ?! Pas le temps dâexpliquer ! Je viens de voir un danseur voler le plan de Vauban ! Aidez-moi Ă le retrouver ! Sinon⊠ce fort ne sera jamais construit !
âłEntrĂ©e des spectateurs (vous)
Une fumée épaisse.
Des lasers.
Et soudainâŠ
Vous apparaissez.
Dans un autre temps.
Un autre monde.
Un figurant vous regarde, surpris :
â Vous ĂȘtes habillĂ©s⊠bizarrement. Vous venez dâoĂč ?
â De 2026, rĂ©pondit quelquâun.
Silence.
â 2026 ?! Bon⊠pas le temps !
Il sâapprocha, inquiet :
â Je viens de voir un danseur voler le plan ! Aidez-moi Ă le retrouver ! Sinon⊠Vauban ne construira jamais ce fort !
Vauban examina les deux fragments assemblés, puis fronça les sourcils.
â Ce nâest pas tout⊠Il me manque encore le troisiĂšme morceau.
Sa mĂąchoire se crispa. Il serra le poing si fort que ses jointures blanchirent.
â Le plus important⊠câest lâangle gĂ©nĂ©ral des bastions et mes notes finales. Câest le danseur en noir qui lâa gardĂ©, jâen suis certain. Celui qui a tout dĂ©clenchĂ©.
Il se tourna brusquement vers le groupe. Son regard autoritaire balaya les spectateurs.
â Vous deux ! lança-t-il en dĂ©signant Arn et un spectateur. Ramenez-moi ce voleur. Par tous les moyens.
Un silence tendu sâinstalla.
â Sâil le faut⊠employez la force. Je veux ce plan complet !
Il fit signe à un garde imposant resté en retrait.
â GrĂ©goire ! Accompagnez-les. Vous rĂ©pondrez de leur sĂ©curitĂ©.
Puis, frappant dans ses mains :
â Quâattendez-vous ? Allez-y !
â Oui, monsieur le marĂ©chal, rĂ©pondit Arn dâune voix ferme.
Annita, Oscar et Juliette restĂšrent prĂšs de Vauban.
Un grand Ă©cran de toile sâillumina soudain, projetant en direct la poursuite.
đđ»ââïž Sur le chemin
Arn, Victorien et Grégoire couraient le long des remparts. La carrure du garde imposait le respect, son épée battant contre sa cuisse à chaque foulée.
Arn profita des premiers mĂštres pour briser le silence :
â Moi, câest Arn. Je viens des pays nordiques.
Victorien, sans ralentir, tourna lĂ©gĂšrement la tĂȘte :
â EnchantĂ©. Victorien. Bienvenue en France.
â Merci. Je suis en voyage de noces⊠Et toi ?
â En vacances. Et fĂ©licitations, au passage.
GrĂ©goire rĂ©pondit dâune voix grave, sans dĂ©tourner le regard :
â Je ne puis me prononcer Ă ce sujet.
Un léger silence.
â Dâaccord⊠reprit Victorien. Revenons au principal : oĂč a-t-il pu passer ?
Arn scrutait les alentours tout en courant.
â Il a fui juste aprĂšs lâincident. Il cherche sĂ»rement Ă quitter le banquet⊠ou Ă se cacher dans lâombre des pins. On devrait longer la lisiĂšre vers lâouest.
GrĂ©goire hocha la tĂȘte, la main posĂ©e sur le pommeau de son Ă©pĂ©e.
â Bonne analyse. Allons-y. Et sâil rĂ©siste⊠nous appliquerons les ordres du marĂ©chal.
Arn esquissa un sourire déterminé.
â On le ramĂšnera. Dâune maniĂšre ou dâune autre.
Ils arrivĂšrent aux tentes du banquet. Le danseur en noir en sortait⊠mais il nâĂ©tait pas seul.
Victorien sâarrĂȘta net.
â On fait quoi ?
Arn observa rapidement la scĂšne.
â On ne le suit pas. Trop simple. Sâil avait encore le plan sur lui, il ne se montrerait pas comme ça. Je pense quâil lâa cachĂ© ici.
â Tu en es sĂ»r ?
â Non. Mais câest logique.
Le danseur sâĂ©loigna. Arn et Victorien se dirigĂšrent discrĂštement vers la tente. Un gros cadenas bloquait lâentrĂ©e.
Arn murmura :
â Regarde oĂč est passĂ© le danseur⊠discrĂštement.
Victorien fouilla rapidement autour de lui.
â Jâai trouvĂ© ça !
Il tendit une clé. Arn tenta. Rien.
Il soupira, agacé, et donna un coup de pied dans un caillou. La pierre roula⊠révélant une seconde clé cachée dessous.
â BingoâŠ
Il lâessaya.
đ Clic.
Le cadenas céda.
Ils entrĂšrent.
Ă lâintĂ©rieur, un homme Ă©tait ligotĂ© Ă une chaise, bĂąillonnĂ©, les poignets attachĂ©s. Arn trouva la bonne clĂ© et le libĂ©ra. Victorien retira le bĂąillon.
Lâhomme reprit son souffle, paniquĂ© :
â DĂ©pĂȘchez-vous ! Avant quâil revienne !
Il haleta.
â Le conseiller royal italien⊠câest un espion ! Jâai tout entendu ! Ils veulent empĂȘcher la construction du fort. Sans le plan⊠Vauban ne pourra rien faire. Et la Savoie pourra attaquer.
Il toussa.
â De lâeau⊠sâil vous plaĂźtâŠ
Arn lui tendit un gobelet. Lâhomme but dâun trait.
â Merci⊠Vous cherchez quoi exactement ?
â Le plan.
â Oui⊠je lâai vu. Il lâa mis dans un coffre⊠pour le protĂ©ger⊠avant de repartir.
Victorien désigna un meuble ancien.
â LĂ .
Un coffre en bois orné, lourd et mystérieux, reposait sur une pile de documents.
Ils sâapprochĂšrent lentement. Le silence retomba, seulement troublĂ© par le lointain Ă©cho de la fĂȘte.
Ils cherchĂšrent rapidement autour dâeux. Victorien ramassa la petite clĂ© quâil avait trouvĂ©e plus tĂŽt dans lâherbe et la tendit Ă Arn.
â Essaie celle-lĂ , elle est peut-ĂȘtre la bonne.
Arn la prit, lâintroduisit dans la serrure du coffre et tourna. Au mĂȘme moment, lâhomme quâils venaient de dĂ©tacher sâeffondra lourdement sur le sol de la tente. Son corps resta raide, les yeux clos, comme frappĂ© dâun Ă©vanouissement soudain.
â M⊠! sâexclama Arn en sâagenouillant prĂšs de lui. Il lui arrive quoi ?
Il approcha lâoreille de sa bouche. Aucune respiration. Pas le moindre souffle. Arn fronça les sourcils, puis comprit.
â Il joue lâhomme mort⊠murmura-t-il. Corps figĂ©, souffle coupé⊠bien jouĂ©.
Victorien, lui, resta pĂ©trifiĂ© une seconde. Puis il recula brusquement jusquâĂ heurter la toile de la tente. Ses yeux sâĂ©carquillĂšrent.
â Il est mort ?! Il est vraiment mort ! On a un cadavre sur les bras ! On va se faire accuser, Arn ! Ils vont croire que câest nous ! On est dans un spectacle du XVIIe siĂšcle, on va finir pendus ou envoyĂ©s aux galĂšres !
Sa voix monta dans les aigus, tremblante, saccadée. Il respirait trop vite, par à -coups, les mains secouées de tremblements.
â Je⊠je peux pas⊠je peux pas gĂ©rer ça ! Câest pas un jeu, câest⊠câest rĂ©el pour eux !
Arn se redressa dâun bond et lui saisit fermement les Ă©paules.
â Victorien. Calme-toi. Tu vas nous faire repĂ©rer. Il joue la comĂ©die, dâaccord ? Va ouvrir le coffre. Je mâoccupe de lui.
Victorien secoua la tĂȘte, au bord des larmes.
â Et sâil est vraiment mort ? Et si ce nâĂ©tait pas prĂ©vu ? On est coincĂ©s ici avec un corps !
Arn lui tendit la clĂ© dâun geste ferme.
â Respire. Reprends tes esprits. Ce nâest pas le moment de craquer. Vauban compte sur nous pour restituer ce plan. Vas-y, tu peux y arriver.
Tout en parlant, il redressait discrĂštement lâacteur, lui donnant lâair dâun homme simplement Ă©vanoui. La tente, tendue de toile Ă©paisse, vibrait lĂ©gĂšrement sous le vent. Une odeur de bois, de poussiĂšre et de tissu chaud flottait dans lâair.
Victorien inspira profondĂ©ment, encore une fois, puis sâapprocha du coffre. CâĂ©tait un coffre de taille moyenne, en bois sombre, ornĂ© de motifs sculptĂ©s et de fines dorures. Il glissa la clĂ© dans la serrure, mais celle-ci rĂ©sista.
â Jây arrive pas, Arn⊠Jây arrive pas ! gĂ©mit-il, la voix brisĂ©e.
â Reprends tes esprits. Vauban compte sur nous. Vas-y, tu peux y arriver.
Victorien ferma les yeux une seconde, inspira à nouveau, puis tourna la clé avec plus de force.
Clac.
Le coffre sâouvrit enfin.
Ă lâintĂ©rieur, des documents roulĂ©s, des plans partiels⊠et, tout au fond, le troisiĂšme morceau manquant, soigneusement pliĂ©.
Mais au mĂȘme instant, la toile de la tente se souleva brutalement.
Le danseur en noir se tenait dans lâouverture, essoufflĂ©, le regard dur. DerriĂšre lui, deux autres figurants en costume barraient la sortie.
â Vous ! cracha-t-il en italien teintĂ© dâaccent, avant de passer au français. Rendez-moi ce qui mâappartient !
Victorien recula dâun pas, le cĆur battant Ă tout rompre. Arn, lui, se releva lentement, le morceau de plan serrĂ© dans sa main.
â Ce plan appartient Ă Vauban, rĂ©pondit-il dâune voix ferme. Et vous allez nous le rendre en entier.
Lâespion italien eut un ricanement froid.
â Vauban ? Ce vieux fou qui veut verrouiller nos frontiĂšres ? Ce fort ne verra jamais le jour. Sans ce plan, vos bastions seront inutiles⊠et la Savoie passera.
Il fit un signe Ă ses complices. Les deux hommes avancĂšrent dâun pas.
Victorien blĂȘmit.
â Arn⊠ils sont trois⊠on fait quoi ? On ne peut pas se battre, câest⊠câest un spectacle !
Arn ne quitta pas lâespion des yeux.
â On ne se bat pas. On nĂ©gocie. Ou on gagne du temps.
Lâespion sâapprocha du coffre, la main tendue.
â Donnez-moi le morceau. Tout de suite. Sinon, je dirai Ă tout le monde que vous avez assassinĂ© cet homme.
Il dĂ©signa lâhomme Ă©tendu au sol.
Victorien devint blanc comme un linge. Arn, lui, esquissa un sourire en coin.
â Sauf que cet homme respire encore. Regardez.
Il donna un lĂ©ger coup de pied dans la jambe de lâacteur. Celui-ci bougea presque imperceptiblement.
Lâespion fronça les sourcils, surpris.
Ă cet instant, GrĂ©goire surgit derriĂšre lui, massif, lâĂ©pĂ©e Ă la main.
â Au nom de Vauban, rendez-vous !
Mais avant quâil puisse faire un pas de plus, les deux gardes italiens se jetĂšrent sur lui par-derriĂšre. Deux lames pointĂšrent aussitĂŽt sur sa gorge et son flanc. GrĂ©goire se figea, pris au piĂšge.
Victorien devint livide.
â Arn⊠donne-leur le plan, quâon en finisse ! Je veux pas finir pendu ou en prison avec des rats !
Arn tapa lĂ©gĂšrement le rouleau de papier sur la table, sans quitter lâespion des yeux.
â Pauvre fou⊠Non. Je ne leur ferai pas ce plaisir. SĂ»rement pas. On nĂ©gocie Ă la loyale.
Lâespion italien ricana, un sourire froid et arrogant aux lĂšvres.
â Câest louable. Que proposez-vous, alors ? Pour que votre protecteur ne meure pas sous vos yeux ?
Arn leva le menton, la voix calme mais ferme.
â Un Ă©change. Vous nous rendez GrĂ©goire, et nous vous laissons partir sans alerter tout le fort.
Lâespion hocha la tĂȘte, amusĂ©.
â Vous croyez vraiment pouvoir nĂ©gocier avec moi ? Vous nâĂȘtes que des intrus dans cette Ă©poque.
Victorien, au bord de la panique, murmura dâune voix tremblante :
â Arn⊠sâil te plaĂźtâŠ
Arn ne bougea pas. Ses yeux restaient rivĂ©s sur lâespion. La tension Ă©tait Ă son comble. Un seul geste de trop, et tout pouvait basculer.
Puis Victorien, paniquĂ©, arracha brusquement le morceau de plan des mains dâArn et le tendit Ă lâespion.
â Voilà ⊠prenez-le. On en finit. Je veux pas que GrĂ©goire meure⊠je veux pas finir en prison ou pendu !
Lâespion italien eut un sourire satisfait.
â VoilĂ un homme raisonnable. Et du bon camp. Brave homme, Victorien, câest bien cela ?
â Oui⊠murmura Victorien, la tĂȘte basse.
Lâespion lui tapota lâĂ©paule avec une fausse bienveillance.
â Merci pour le plan.
Il se tourna vers ses gardes.
â Mes chers gardes, nous pouvons y aller. Filez, et donnez-le au roi.
Les deux hommes reculĂšrent sans quitter GrĂ©goire des yeux, leurs Ă©pĂ©es toujours pointĂ©es sur lui. Lâespion sortit de la tente, suivi de ses complices qui surveillaient leurs arriĂšres, prĂȘts Ă frapper au moindre mouvement.
DÚs que la toile retomba, Arn se tourna vers Victorien, le visage fermé de rage.
â AprĂšs tout ce quâon a risquĂ©, tu as osĂ© les aider⊠traĂźtre.
Victorien recula, les mains levées.
â Ne me touche surtout pas ! Je voulais pas que GrĂ©goire meure ! Je voulais pas me retrouver en prison ou pendu, tu comprends ?
Arn le fusilla du regard, la voix vibrante de colĂšre noire.
â Tu viens de leur donner le plan.
Il frappa violemment du poing sur la table, faisant trembler le coffre.
â Moi, je suis restĂ© digne ! Et pourtant ce nâĂ©tait mĂȘme pas mon pays⊠mais celui des ancĂȘtres de ma femmeâŠ
Sa voix se brisa un instant. La rage et la dĂ©ception se mĂȘlaient sur son visage.
Victorien, tremblant, baissa les yeux.
â Je⊠je suis dĂ©solĂ©âŠ
Mais il Ă©tait trop tard. Le plan avait disparu. Et avec lui, peut-ĂȘtre, lâavenir du fort.
Vauban entra enfin dans la tente, suivi de quelques figurants Ă bout de souffle, encore haletants de leur course.
â Bon sang⊠nous avons mis un temps fou Ă vous retrouver ! Jâai cru vous entendre hurler jusquâau bout du plateau !
Son regard balaya la piĂšce avec une nervositĂ© contenue. Il sâarrĂȘta sur le coffre ouvert⊠puis sur Victorien.
â Le plan⊠vous lâaviez ?
Victorien, encore tremblant, secoua lentement la tĂȘte.
â Non, marĂ©chalâŠ
Vauban se figea.
â Comment ça, non ?
Le jeune homme baissa les yeux, incapable de soutenir son regard.
â Je lâai donnĂ©.
Le silence tomba net. MĂȘme lâair sembla se figer.
Le visage de Vauban se durcit dâun coup. Sa colĂšre Ă©clata, brutale.
â Vous avez osĂ© faire cela ? Saperlipopette !
Il se tourna vers Arn, les traits tendus.
â Et vous lâavez laissĂ© faire ?
Arn soutint son regard, calme mais ferme.
â JâĂ©tais contre, marĂ©chal. Mais il le lui a arrachĂ© des mains.
Les poings de Vauban se crispĂšrent.
â Une chaise. Tout de suite !
GrĂ©goire accourut. Le marĂ©chal sây laissa tomber lourdement, comme Ă©crasĂ© par la fatigue et la rage, le souffle court. Pendant une seconde, il ferma les yeux.
Puis il se redressa brusquement, le regard dur.
â GrĂ©goire, emmenez ce misĂ©rable en prison. Pour trahison envers la nation !
Victorien pĂąlit, vacilla presque.
â MarĂ©chalâŠ
Mais Vauban ne lâĂ©coutait dĂ©jĂ plus.
Arn sâavança dâun pas posĂ©.
â Attendez, marĂ©chal. Je reviens.
Sans un mot de plus, il disparut dans la tente.
Quelques secondes. Suffisamment longues pour tendre chaque regard.
Puis Arn réapparut, les mains croisées dans le dos, le visage grave.
â MarĂ©chal Vauban⊠je suis navrĂ© de vous avoir mis dans cet Ă©tat. Avant toute chose⊠je vous prie dâouvrir ceci.
Il lui tendit un plan soigneusement plié.
Vauban le fixa, mĂ©fiant. Il sâessuya les yeux dâun geste brusque, se moucha bruyamment, puis dĂ©plia le document.
Son regard changea aussitĂŽt.
â Bon sangâŠ
Ses yeux sâagrandirent.
â Mais câest le plan !
Il releva la tĂȘte, stupĂ©fait.
â Alors⊠quâavez-vous remis Ă ces hommes ?
Un lĂ©ger sourire passa sur les lĂšvres dâArn.
â Le mauvais. Un leurre. Je lâai dissimulĂ© dĂšs que jâai entendu les pas approcher.
Un souffle parcourut le groupe. LâincrĂ©dulitĂ©, puis le soulagement.
Vauban bondit sur ses pieds, saisit Arn par les Ă©paules et le souleva presque, Ă©clatant dâun rire franc.
â Arn ! Vous ĂȘtes extraordinaire ! Vous avez sauvĂ© le fort !
Autour dâeux, les applaudissements jaillirent. La tension se brisa dâun coup.
La musique reprit, plus vive, presque triomphante. Les chants sâĂ©levĂšrent dans lâair du soir, portĂ©s par la joie retrouvĂ©e.
Vauban posa ses mains sur les Ă©paules dâArn, le regard brillant.
â Il faudra dĂ©sormais vous appeler⊠le fort Arn !
Arn esquissa un sourire, secouant la tĂȘte.
â Non, marĂ©chal. Gardez le nom de Mont-Dauphin. En souvenir du fils du roi.
Vauban le fixa un instant⊠puis éclata de rire.
â Je mâen doutais. Vous avez une belle tĂȘte de confiance.
Il lui donna une tape sonore dans le dos.
â Venez boire un peu dâhydromel. Vous lâavez bien mĂ©ritĂ©.
En rejoignant la grande table, Arn fut accueilli par les acclamations. Juliette lâembrassa avec fiertĂ©. Oscar et Annita rayonnaient, encore portĂ©s par lâadrĂ©naline.
Vauban leva sa coupe.
â Mes chers amis⊠grĂące Ă Arn, le fort est sauvĂ© !
Les chopes sâentrechoquĂšrent. Les rires Ă©clatĂšrent.
Un peu Ă lâĂ©cart, Victorien fut conduit vers la petite cage prĂ©vue pour le spectacle. Son regard fuyait, mais ses camarades vinrent tout de mĂȘme le fĂ©liciter, entre dĂ©ception et amusement.
La fĂȘte reprit pleinement ses droits.
Puis, peu à peu, les lumiÚres semblÚrent changer. Les voix se firent moins théùtrales. Le réel reprenait doucement sa place.
AprĂšs les derniers applaudissements, lâambiance retomba en une joyeuse dĂ©tente.
Annita, encore brillante dâĂ©motion, se tourna vers Juliette.
â Merci de nous avoir fait dĂ©couvrir ça. CâĂ©tait gĂ©nial !
â Je te lâavais dit ! rĂ©pondit Juliette, radieuse.
Arn passa une main dans ses cheveux, encore un peu essoufflé.
â On sây croyait vraiment⊠comme si on y Ă©tait.
Oscar lui donna une tape dans le dos.
â Franchement, tu as assurĂ©. Tu avais dĂ©jĂ jouĂ© ?
Arn secoua la tĂȘte en riant.
â Pas du tout.
â Quand vous Ă©tiez entrain de jouer, Vauban nous a dit que Victorien nâĂ©tait pas comĂ©dien.
Il jeta un regard vers lui. On le faisait sortir de la cage. Ses amis riaient, le chambraient.
Arn se tourna vers Oscar.
â Maintenant, je sais que je peux te faire confiance⊠fort Arn !
â Merci, rĂ©pondit Arn en levant sa chope. Heureusement que jâai Ă©tĂ© malin.
â Ăa, je confirme.
Leurs verres sâentrechoquĂšrent.
Avant de partir, ils firent un dernier tour du fort. Sous les lueurs dorĂ©es du soir, les remparts imposants, les bastions en Ă©toile et la vallĂ©e qui sâĂ©tendait Ă perte de vue leur donnĂšrent le vertige.
â On retourne au plan dâeau ? proposa Juliette. On vous montrera le mobil-home.
â Avec plaisir, rĂ©pondit Annita en terminant sa boisson.
Ils reprirent la route vers le plan dâeau dâEygliers, encore portĂ©s par lâadrĂ©naline et les rires. Le soleil descendait lentement derriĂšre les montagnes, teintant le ciel de rose et dâor.
Fin du Chapitre 3 : Choix 3
Que va-t-il se passer ce soir au plan dâeau dâEygliers ?
Des retrouvailles pleines de surprises ?
Des confessions inattendues ?
Des tensions qui remontent Ă la surface ?
Ou des moments de complicitĂ© qui vont tout changer pour vos personnages prĂ©fĂ©rĂ©sâŠ
La nuit ne fait que commencer.
Ă suivre au Chapitre 4
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đ©đœâđ» Barbara Wonder
âđŒ 04/05/26
đŒïž Image : CANVA et photo personnelle de SlimMars 13
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