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l’aventureuse marche
Fiction
Absurde
calendar Publié le 7 nov. 2026
calendar Mis à jour le 7 nov. 2026
time 4 min
Tous publics

l’aventureuse marche


Que veut donc signifier cette mince ritournelle fichée dans l’espace des rêves ? Mais c’est de vous, de nous dont il s’agit, de notre commune rencontre sur les chemins de l’exister. Il y a tant d’images partout répandues, hissées tout en haut de nos fronts, lovées dans les ventricules carmin de nos cœurs, logées dans la cavité de nos sexes désirants ! Tant d’images à moissonner, archiver, feuilleter le long des corridors de la mémoire. Oui, nous la voyons maintenant, votre image, dans ce palais de cristal, dans cette myriade de fragments. Kaléidoscope. Feu d’artifice. Lumière fusante de Bengale. Etoiles vives dans la soie du ciel. Cataractes et chutes, vrombissements et déflagrations, déploiements et replis dans la maille inventive des jours. Oui, on vous reconnait. Inutile de mettre les masques comme à Venise, de dissimuler votre cheminement sous l’agitation de quelque bergamasque. Animé, sauté et circulaire. Vous voilà mise à nu, sous le feu des projecteurs. Vous livrez, à votre visage défendant, les traits qui vous définissent mieux que ne sauraient le faire les traits de crayon de l’habile Léonard de Vinci. Mais prenons le temps de faire votre inventaire, de dresser votre portrait, d’en tracer la belle perspective comme dans une peinture de la Renaissance. Voici qui vous êtes, en réalité :

Celle qui nous donna le jour et pencha son doux visage sur le mince évènement que nous fûmes, attendant que vînt notre essor sur cette terre parcourue de longues vergetures.

Celles qui animèrent nos premiers jeux, nous blottirent dans la niche accueillante de leurs mains, dessinant à la craie, dans la cour de gravier, les cases de la marelle.

Celle qui, dans la classe aux vitres teintées de blanc d’Espagne, guida notre doigt sur notre premier livre de lecture.

Celles qui, tout en riant et caquetant, battaient le linge dans l’antique lavoir du village qu’alimentait l’eau d’une claire fontaine.

Celles que nous découvrîmes sur les pages glacées des livres d’art, ces idoles dont nous rêvions à défaut de pouvoir les posséder : les Mona Lisa ; les Marie de Médicis ; les Jeunes filles au turban.

Celles qui accompagnèrent nos voyages littéraires : la belle Madame de Rénal du « Rouge et du noir » ; la gracieuse Madame Gamiani de « Deux nuits d’excès » ; la passionnée Sanseverina de « La Chartreuse de Parme ».

Celles qui, sur scène, la superbe Athalie ; la passionnée Phèdre ; l’héroïque Bérénice nous donnèrent à penser la tragédie.

Enfin, toutes celles dont on croisa, par hasard, l’aventureuse marche, sur un quai de gare, dans une salle d’attente, à la terrasse d’un café, dans la salle enfumée d’un pub, dans l’échange d’un sourire, l’effacement de soi pour céder le passage, la main tendue pour gravir l’escalier, les coulisses du théâtre, le rêve éveillé, l’image surgie, au coin d’une rue, pareille à une brève illumination.

Libre de vous dans le jour qui vient.

Que veut donc signifier cette mince ritournelle fichée dans l’espace des rêves ? Et qui ne veut point partir. Qui fore son trou à l’aune de son mince grésillement. Qui vrombit comme l’essaim d’abeilles et l’on est au centre de la ruche avec l’éblouissement du pollen. Et l’on n’est plus soi que dans le doute et l’approximation.

Et l’image est là qui fait sa rumeur, son mince bourdonnement. Que vienne le sommeil, que s’installe la densité du rêve ! Nous n’en pouvons plus de vivre là, sur le bord de l’imaginaire et de risquer de chuter à seulement voir le pétale des lèvres, les cordes bleues des cheveux, la gorge de lait qui palpite dans l’air embaumé d’ombres. Que vienne le sommeil !


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