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Ballerines mortelles.
Fiction
Absurde
calendar Publié le 11 janv. 2026
calendar Mis à jour le 24 mars 2026
time 5 min
Jackie H verified
Jackie H il y a 2 mois

J'ai adoré ce POV d'une plante ❤️ on y pense trop peu souvent... et c'est très réussi, tout à fait cohérent ! 👍🏻

Label de transparence créative
Image / Image humaine
Texte / Création humaine

Ballerines mortelles.

Je suis occupé à mourir.

Cette neige que je trouvais si belle m’a tué.


Je suis nouveau dans le coin, je viens d’une zone triste, boueuse, nous étions des dizaines dans le cas. Certes, nous n’étions pas mal considérés, nous avions de quoi nous développer, grandir ensemble, vivre.

Je ne me souviens pas bien de ma jeunesse alors que je ne suis pas encore adulte, mais tout semble obscurci par des tourments, une douleur, un arrachement, une coupure. Et puis cette renaissance.

Oui, c’est cela une renaissance, une énergie retrouvée, une sorte de jonction avec la nature qui n’offrait une force novatrice, une capacité à résister, à être plus vigoureux. Comme une greffe de moelle à un leucémique. Une puissance inattendue, brûlante, une sève qui poussait à m’épanouir sans crainte, avec le dynamisme d’un adolescent qui prend en main son destin.

J’ai pourtant végété plusieurs années dans ce coin perdu, sans doute ne me jugeait-on pas apte de me débrouiller seul. J’ai tout donné, j’ai fait de mon mieux.

Je ne vivais plus dans la boue, j’avais mon petit « chez-moi ». J’étais à l’abri, je peux même affirmer que je ne subissais pas les intempéries dans cet espace immense et lumineux dans lequel nos hébergements étaient alignés. J’y avais récupéré mes anciens amis. Certains, toutefois, disparaissaient pour ne jamais revenir, je ne discerne toujours pas ce qui se passait à cette époque.


Un matin sombre que celui-là. Une journée d’automne comme toutes les autres, triste, grise et monotone. J’entendais le bruit de la pluie. Cependant, je ne la ressentais pas. Soudain, pris d’un haut-le-cœur, je me retrouvai coincé dans un espace exigu avec d’autres, toutes races et nationalités confondues. Nous avons été ballotés un bon moment avant de récupérer la lumière. Nous avons ensuite été séparés alors que le soleil faisait une timide apparition entre des bourrelets de nuages, annonciateurs de précipitations répétées.

Arrachement, à nouveau ! Mon pied est douloureux, on me le griffe encore et encore. J’ai du piquant, je peux me défendre, mais je reste impuissant. Ma maison, ma bulle de confort, disparue. Je suis couché, nu, sans ressources.


Extraordinaire renaissance. Je suis libre, dans la nature, plus d’espace couvert ou confiné, je suis libre, libre !

Je m’enracine dans cette nouvelle vie, dans cet espace qui est le mien, et je me sens bien. Même si je ne suis plus à l’abri des intempéries, qu’importe, je suis heureux.


Quelle beauté. Ces petites perles de pluie, devenues blanches et glacées. Elles sont apparues doucement, tombant en un ballet anarchique. Spectacle grandiose, la nature dans toute sa splendeur, alors qu’elle traverse toutefois sa période d’hibernation, cette période monochrome souvent grise et terne. Mais là, ces ballerines sans jambes, ces danseuses éphémères sont tellement hypnotiques. Elles me font oublier le froid, ont réveillé mon ardeur tandis que je devrais être au repos.

Dégringolés au sol, leurs corps inertes se sont amassés, les uns sur les autres, édifiant une couche immaculée qui tapisse tout à l’infini. Mon espace de vie en est presque abrité, pourtant, j’ai envie d’en être, moi aussi, recouvert, ne faire qu’un avec elles, appartenir à cette fantasmagorie.


Un grand bruit ! Une douleur insupportable ! Une accumulation phénoménale de ces corps blancs et froids. Un poids insoutenable, tombé d’un bloc, m’a brusquement écrasé comme si je n’avais aucune consistance. Mon pied est brisé et je ne peux bouger. Une seconde charge a suivi, je fais maintenant partie du spectacle.

Je suis occupé à mourir, tué par la beauté d’un moment éphémère.


— Chérie ?

— Oui ?

— Va falloir retourner à la jardinerie au printemps, la neige tombée du toit a complètement anéanti le nouveau rosier…


Illustration : Thanks to jyjyjyjy @Pexels => https://pexels.com/





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© Image de Couverture Neiges - Harold Cath
© Texte principal Harold Cath
© Autres images dans ton texte jyjyjyjy @Pexels
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Harold Cath verified
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Commentaires (2)

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Jackie H verif

Jackie H il y a 2 mois

J'ai adoré ce POV d'une plante ❤️ on y pense trop peu souvent... et c'est très réussi, tout à fait cohérent ! 👍🏻

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Line Marsan verif

Line Marsan il y a 2 mois

Jolie chute ! 👏👏👏

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