Félicitations ! Ton soutien à bien été envoyé à l’auteur
avatar
Chapitre 5 – Le conseil
Fiction
Érotisme
calendar Publié le 7 juin 2026
calendar Mis à jour le 7 juin 2026
time 48 min
18+

Chapitre 5 – Le conseil

Diarté remonta la couverture en peaux de bête qui avait glissé. Il commençait à faire frais la nuit et elle se serra contre Mistral.

Ils étaient dans sa hutte. Elle l’avait rejoint à la nuit tombée, sans faire de bruit, sans éveiller l’attention des sentinelles postées autour du village des Firmans, le village des hommes. Cela faisait des années que cela durait, qu’ils vivaient une passion telle qu’ils ne l’avaient jamais imaginée. Ni l’un ni l’autre n’avaient réussi à renoncer aux élans de leur cœur et ils étaient désespérément amoureux l’un de l’autre.

Comme ils étaient tous les deux les chefs de leur village respectif, ils étaient obligés de se rencontrer pour des raisons pratiques, organiser les rituels du Tirmawa et faire des échanges commerciaux. Forcés de se côtoyer, ils avaient rapidement pris quelques libertés. Ils se voyaient seuls dans ces occasions, juste eux deux dans l’intimité de la hutte de Mistral. Un soir où Diarté était venue parler officiellement de l’organisation de la prochaine cérémonie du Tirmawa, Mistral lui avait proposé un verre de Colrui, la bière que les hommes brassaient eux-mêmes dans le village. De fil en aiguille, ils s’étaient rapprochés, s’étaient embrassés et avaient fait l’amour.

Cette action avait concrétisé leur union, non devant des Dieux, mais devant les forces de la nature. Ni les Molwins ni les Firmans ne croyaient en des divinités perchées dans les nuages. Ils croyaient aux forces brutes de la nature et à leurs pouvoirs sur les énergies du corps.

Ils avaient longtemps essayé de refréner leurs sentiments mais c’était cause perdue. Plus ils s’éloignaient et plus la nature semblait les rapprocher l’un de l’autre. Leurs chemins se croisaient toujours. Une fois encore, Diarté avait rejoint Mistral.

Tout cela avait commencé à effriter leurs croyances sur la séparation des hommes et des femmes. Ils étaient si bien ensemble. Avoir quelqu’un contre qui se blottir le soir, pouvoir partager ses doutes, ses peurs, ses joies et ses peines étaient des choses auxquelles chacun devrait avoir droit.

Diarté sentait bien qu’une époque était sur le point de se terminer, au profit d’une nouvelle ère, avec son lot de défis et de nouvelles règles à appliquer. Déjà, elle avait remarqué que depuis quelque temps les jeunes hommes passaient plus fréquemment près du village des Molwins, bravant l’autorité établie.

Il n’était pas proscrit de se rapprocher des femmes en journée, même s’ils ne pouvaient rentrer dans leur village. Les Firmans et les Molwins se côtoyaient peu mais interagissaient ensemble pour des raisons commerciales, des échanges de bons procédés. Les femmes qui avaient accompli la cérémonie du Tirmawa pouvaient aller et venir à leur guise dans le village des Firmans pour rencontrer un homme avec lequel elles pourraient s’accoupler ou simplement prendre du plaisir. Il était mal vu de choisir toujours le même homme pour ses rapports, de peur que des relations plus durables s’établissent. C’est pourquoi c’était toujours Diarté qui allait voir Mistral dans son village et jamais l’inverse. Il se serait fait très rapidement remarquer et capturer par les sentinelles Molwins, lesquelles étaient très bien entraînées. Le Gingelys nécessitait une telle sécurité.

Les Molwins avaient dû faire quelques exemples durant ces générations de séparation, pour les cas les plus graves. Les châtiments infligés aux hommes étaient un secret bien gardé et connu seulement de quelques-unes. Dans l’imaginaire des Molwins et des Firmans, la sentence ultime était la torture et la mort. Mistral et Diarté tenaient leurs peuples avec cette croyance erronée et heureusement.

Si ceux-ci savaient que la peine la plus lourde était un simple exil dans les terres de l’ouest, le château de cartes sur lequel leurs deux peuples s’étaient établis s’effondrerait rapidement. Souvent, les hommes étaient fouettés ou emprisonnés quelques semaines quand le méfait était raisonnable. Ce type de sentence était prononcé par les Firmans, chez les Firmans.


***


Le temps dans la hutte s’écoulait, lentement, langoureusement. Ils avaient fait l’amour, comme souvent, d’une manière torride, presque empressée, comme s’ils ne s’étaient pas vus depuis des semaines. Ils s’étaient dévorés l’un l’autre, leurs sexes échauffés s’étaient retrouvés. La cheffe des Molwins avait pensé, à tort, que les années de relation avec son amant auraient raison de cette passion qui les dévorait tous les deux. Le corps de Mistral lui faisait toujours aussi envie, faisait battre son cœur d’une façon si délicieuse qu’elle ne pouvait s’empêcher de se laisser aller contre lui.

Ils étaient blottis l’un contre l’autre, apaisés, rassasiés, ne faisant plus qu’un. Mistral caressait avec délicatesse le dos de sa compagne, glissait ses mains vers ses hanches. Il venait ensuite pétrir son ventre et remontait sur ses seins, agaçant ses tétons tendus d’excitation.

Mais Diarté n’avait pas oublié la raison première de sa venue et il était temps de parler de ce qui s’était passé dans la clairière.

— Mistral, j’étais aujourd’hui dans la clairière pour le Tirmawa. Je m’étais cachée pour observer si tout se déroulerait bien.

— Ah… et si tu me dis cela, c’est que quelque chose n’allait pas ? répondit Mistral, qui ne paraissait pas surpris.

— Oui Thomla s’est mal comporté, enfin il n’a pas respecté les règles.

— Il s’est mal comporté ou pas alors ? dit Mistral, amusé.

— Eh bien, sur le plan sexuel et sentimental il était parfait. Il s’est vraiment bien occupé de Liana. Ils étaient très mignons ensemble et je crois que quelque chose s’est créé entre eux.

— Tu penses à un coup de foudre ?

— Oui.

— J’ai de plus en plus de mal à juger ce genre de comportement, depuis que je suis avec toi. Tu ne crois pas qu’il est temps que les choses changent ? dit Mistral, avec une profonde conviction.

— Et après quoi ? Comment on va opérer le changement en douceur ? lança Diarté, un peu agacée, ou plutôt dépassée par la situation.

— Je ne sais pas, mais je crains que si nous ne faisons rien, la situation nous échappe complètement.

— Pour l’instant il faut que Thomla soit réprimandé. Tu veux le faire ou je m’en occupe ?

— Une punition chez les Firmans serait-elle proportionnée ? demanda Mistral, une boule au ventre.

— Je ne pense pas, je crois qu’il doit venir chez nous, répondit Diarté, l’air grave.

Mistral était désemparé. Il considérait tous les jeunes Firmans comme ses enfants mais là c’était différent. Il aimait Thomla, un peu à la façon d’un fils. Il avait été plus proche de ce jeune homme que de certains autres. S’il partait chez les Molwins, alors il ne le reverrait probablement jamais.

— Je déteste la tournure que prend cette histoire, dit-il, attristé.

— Et moi alors, tu crois que ça me fait plaisir ?

— Ce qui te fait plaisir, c’est d’avoir le contrôle. C’est une belle occasion de montrer ton autorité tant chez les Firmans que chez les Molwins, au prix d’un jeune homme de moins chez nous…

Il avait raison, c’était à elle, la femme, la cheffe de son village et par extension la responsable du village des hommes de faire le nécessaire. C’était une lourde charge que d’avoir la responsabilité de ces deux peuples. Parfois Diarté était épuisée de devoir tout gérer et de ne pouvoir être secondée. Elle aurait tant aimé que Mistral puisse prendre le contrôle pour une fois. Mais c’était impossible, en tout cas pour le moment.

— Je dois rentrer, dit-elle à Mistral, d’un ton las. J’ai à faire demain.

— Déjà ? Tu ne veux pas rester un peu ?

Mais Diarté était déjà en train de remettre ses vêtements. Elle vint embrasser son amant, lui dit qu’elle l’aimait et partit. Elle l’aimait, mais ce n’était pas suffisant, ce n’était plus suffisant. Il fallait que tout cela change et elle allait commencer demain.

Elle sortit de la hutte du chef du village après avoir contrôlé que personne n’était dehors et disparut telle un fantôme dans la nuit, ombre de la femme qu’elle était l’instant d’avant.

Mistral regagna son lit, contrarié par cette situation et les changements qui ne manqueraient pas d’arriver. Il s’endormit tourmenté cette nuit-là. Qu’allait faire sa compagne ? Il espérait de tout son cœur qu’elle ferait les bons choix.


***


Le village des Firmans s’éveilla le lendemain matin comme tous les jours. Chacun avait sa tâche à accomplir et leur chef n’avait en général qu’à superviser. Thomla devait partir aujourd’hui chasser avec Niclos dans la forêt.

Ce n’était pas un très bon chasseur, mais il avait un petit quelque chose en plus pour suivre les pistes, notamment un odorat plus développé que le commun de ses compagnons. Niclos tirait bien à l’arc et à eux deux, ils arrivaient à faire de belles prises. Ils étaient en train de se préparer quand un son de tambour se fit entendre. C’était le signe qu’il y avait de la visite. Les deux hommes ne s’arrêtèrent pas pour cela. On évitait de rameuter tout le monde dès que quelqu’un se présentait. Cependant, quelques minutes après, Mistral fit son apparition, l’air grave.

— Thomla, c’est pour toi, suis-moi.

Le jeune homme sentit une boule se serrer dans son estomac mais obtempéra, la tête basse. À tous les coups, c’était à cause d’hier. Il allait être emmené par les Molwins et disparaîtrait à jamais. Niclos essaya de capter son regard mais Thomla regardait le sol. Il suivit Mistral et ils arrivèrent tous deux à l’entrée du village.

Diarté était là, sublime, le visage orné de peintures tribales, entourée de quatre guerrières Molwins, armées de hachettes et d’arcs de guerre. Un petit attroupement s’était formé. Les hommes, pour la plupart, étaient surpris. Voir cinq femmes avec des peintures de guerre venir dans leur village était inédit, presque inquiétant. Des murmures commençaient à monter dans l’assemblée. Thomla s’arrêta à quelques mètres de Diarté et Mistral battit en retraite, un peu derrière lui. Il aimait Thomla. C’était un garçon simple, spontané, honnête et délicat. Il n’était pas étonnant que la Pawadi qui l’avait choisi hier ait eu un coup de foudre. Diarté prit la parole.

— Jeune Thomla, tu as outrepassé les règles de notre communauté hier lors de la cérémonie du Tirmawa. Tu connais les conséquences d’un tel manquement et pourtant tu n’as pas pu te retenir. Tu viens maintenant avec nous et tu ne reverras plus jamais le village des hommes.

Le couperet était tombé, lourd, immuable et violent. Ces quelques mots rapides avaient complètement bouleversé la communauté des Firmans. La décision était sans appel, impossible de contredire ce qui avait été dit. Il avait en effet manqué aux règles qu’il connaissait par cœur.

Cette Liana avait bouleversé son esprit, l’avait condamné à enfreindre ces consignes pourtant vitales. Il ne s’en voulait même pas vraiment. Son instinct et son corps avaient parlé pour lui, au-delà de toute pensée cohérente. Il avait beaucoup pensé à elle toute la journée d’hier, à la douceur de sa peau, son odeur, toutes ces sensations qu’il ne ressentirait jamais plus désormais. Il était trop jeune, c’était injuste.

Mistral regardait Diarté avec un regard implorant. Elle ne daigna même pas tourner la tête vers lui. Deux guerrières encadrèrent le jeune homme et la cheffe des Molwins fit demi-tour. Les femmes se mirent en marche et Thomla fut bien obligé de suivre. À son corps défendant, il éprouvait quelques envies en voyant ces belles Molwins tout autour de lui. Elles avaient des odeurs brutes, animales et cela excita encore un peu plus ses sens. La guerrière la plus proche de lui était vêtue d’une simple brassière de cuir qui mettait ses courbes en valeur. Malgré les températures de l’automne, elle ne semblait pas avoir froid ainsi vêtue. Il remarqua aussi qu’elle avait une grande cicatrice sous les côtes.

Le Gingelys qu’elles produisaient et protégeaient était source de convoitise dans le secteur. Les autres villages avec lesquels ils n’avaient que très peu de contacts faisaient parfois des raids pour essayer d’en subtiliser. De mémoire d’homme, toutes les tentatives s’étaient soldées par des échecs, les Molwins défendant leur territoire avec force et brutalité.


***


Le village des Molwins n’était pas très éloigné et ils y arrivèrent rapidement. Même si Thomla se lamentait sur son sort, il ouvrait grand les yeux et regardait autour de lui avec attention. C’était la première fois qu’il visitait cet endroit. À son arrivée, plusieurs femmes cessèrent leurs activités pour le regarder. Il n’y avait pas de haine, plutôt de l’intérêt curieux, un peu de compassion pour certaines. Il baissa les yeux, un peu gêné.

Diarté et les guerrières guidèrent Thomla jusqu’à une habitation aux abords du village. Il y avait à l’intérieur un poteau central. Le jeune homme fut attaché les bras dans le dos autour du pilier. Les guerrières, sachant que dorénavant leur prisonnier ne pourrait s’enfuir, sortirent. Seule resta Diarté qui le toisa.

— Tu comprends ce qui va se passer désormais, jeune Thomla ? Dit-elle, sévère, en ayant croisé les bras sur sa veste en fourrure de lapin.

— Je suppose que je vais être mis à mort, c’est cela ? répondit Thomla, qui sentait la colère monter en lui.

Quitte à mourir, autant mourir avec panache, la tête haute. Il avait relevé la tête et ses yeux brillaient d’un éclat nouveau. Peut-être celui du défi, mêlé à un peu de désespoir. Cela plut à Diarté qui lui envoya un sourire qui contrastait avec la situation.

Diarté s’approcha de son prisonnier, un air mystérieux dans son regard. Elle sentit son odeur, lui effleura l’oreille de ses lèvres pour lui chuchoter quelque chose. Thomla était bien plus jeune qu’elle et ce corps neuf était beau, bien fait. Il était fin mais musclé, tonique, taillé pour l’endurance. Tant de candeur, de fraîcheur, c’était exaltant. Diarté connaissait bien Liana, il était normal qu’elle l’ait trouvé à son goût. Ce garçon avait une certaine finesse dans son comportement que la plupart des hommes ne possédaient pas. Il devait être sensible. Il comprendrait probablement bien Liana s’ils restaient ensemble. Thomla, pour sa part, ressentait l’odeur douce et boisée de Diarté. C’était une très belle femme, ainsi qu’il avait déjà pu le voir la veille et ses mouvements étaient hypnotisants. Sa grâce endormait sa vigilance. Il l’entendit lui dire, très faiblement, au creux de son oreille :

— Profite, la vie s’ouvre devant toi, sois digne de ma clémence…

Elle quitta sa prison sans rien dire d’autre et le jeune homme se retrouva tout seul. Il n’avait rien compris à ce qu’elle venait de lui dire. Elle voulait lui offrir sa clémence, mais comment ?


***


Le temps passa. Il n’avait pas encore mangé ce matin et la faim commençait à se faire sentir. Il put se concentrer sur les bruits qui lui parvenaient du dehors. Des femmes passaient et parlaient de tout et de rien, quelques jeunes filles jouaient. Un chien aboya quelque part, non loin de là. Une fois ou deux, le rabat de l’entrée se souleva et il vit les frimousses de jeunes filles qui le regardaient. Elles ne devaient pas avoir dix ans. Elles étaient intriguées, il devait être le premier homme qu’elles voyaient. Vaguement agacé, il leur lança un regard noir et elles déguerpirent en hurlant, mi-effrayées, mi-amusées. Elles revinrent le voir, juste pour braver son regard et ressortirent en pouffant de rire.

Bien qu’il soit attaché et à la merci des Molwins, il était pour le moment en sécurité et essayait de voir le positif dans sa situation. Il était au sec et n’avait pas froid.

Le jour déclina et la lumière baissa. Il avait vraiment faim et eut envie de se soulager. Il remarqua une sorte de gamelle en terre cuite posée sur le sol. Il parvint avec ses pieds à l’approcher de lui et put baisser son pantalon en faisant glisser ses mains derrière lui. Après avoir uriné, il se baissa pour remonter son vêtement, essaya de s’asseoir et commença à somnoler. Dans un demi-sommeil, il entendit des pas approcher. Le rabat de sa prison se souleva et une jeune femme entra.

C’était Liana, encore plus belle qu’hier, qui le regardait intensément, avec un air inquiet. Elle apportait avec elle une petite bassine d’eau, dans laquelle flottait une éponge, et un panier qui contenait à boire et à manger.

— J’ai appris que tu étais ici, dit-elle simplement. J’étais inquiète que l’on t’ait fait du mal.

— Liana ! Je suis content de te voir, répondit Thomla, qui était las.

— Je me suis dit que tu avais faim et soif, je t’ai apporté de quoi te sustenter.

— Merci, c’est très prévenant de ta part, dit-il en se mettant debout, tant bien que mal.

Liana alluma une lampe à huile. Le jeune homme étant attaché, Liana lui tendit une tasse d’un liquide fumant qui ressemblait à du thé. Il n’était pas si chaud et Thomla but presque tout son contenu.

C’était une saveur qu’il ne connaissait pas, douce et piquante en même temps. C’était bon. Il sentit une chaleur irradier son bas-ventre. Il mangea un peu de fromage dur et du pain que Liana lui donnait par petites becquées.

Était-ce intentionnel ?

Certaines fois, Liana laissait ses doigts un peu plus longtemps que prévu près de sa bouche et il devait les lécher un peu pour prendre la nourriture. C’était excitant. La jeune femme semblait apprécier ce jeu et lui souriait, tout en glissant son regard dans le sien. Il se sentait vulnérable et en même temps dans une sorte de douce quiétude avec la belle jeune femme. Le temps ne comptait plus, il était apaisé auprès d’elle. Ils ne parlaient pas mais leurs regards voulaient tout dire.

Liana entreprit de déshabiller le jeune homme pour le laver avec l’eau dans la bassine, qui sentait bon les fleurs. C’était très sensuel et elle lui caressa le torse longuement pour lui retirer son haut. Elle s’approcha de lui et mit une main derrière sa nuque, posa sa bouche sur son cou et l’embrassa tout en sentant son odeur.

Elle avait ressenti un doux pincement au ventre quand elle était rentrée dans la petite hutte. Ces sensations étaient nouvelles pour Liana, elle ne savait pas ce qu’il fallait en déduire. Elle avait ressenti plusieurs fois dans sa vie de l’excitation mais cette fois c’était différent. Elle voulait Thomla, le posséder. Mais plus que cela, elle voulait être près de lui, connaître son être tout entier, s’ouvrir, s’abandonner à lui. Elle avait vu de nombreux animaux faire des parades nuptiales en vue de s’accoupler. Le cerf et certains oiseaux avaient des comportements typiques lors de la saison des amours.

Mais cette fois il ne s’agissait pas simplement de s’accoupler avec le jeune homme qui était en face d’elle.

Elle retira ensuite son pantalon et remarqua que Thomla avait une belle érection. Ce devait être l’effet du Gingelys qu’elle avait mis dans sa tasse tout à l’heure, couplé à la chaleur qu’il y avait entre eux. Diarté lui avait conseillé de n’en mettre qu’un soupçon, les effets pouvaient être dévastateurs pour qui n’était pas habitué. Liana avait elle aussi pris une petite dose de Gingelys, directement dans une narine. Cela avait affermi sa volonté et elle se sentait légèrement détachée de son corps, presque comme si elle pouvait se voir en dehors d’elle-même.

Le jeune homme sentait des changements en lui, il avait chaud, son esprit lui paraissait un peu embrumé, comme s’il était sous le coup de l’alcool et était terriblement excité.

Elle approcha la bassine d’eau et essora l’éponge. Elle commença alors un lavage du corps du jeune homme avec une extrême sensualité, glissant l’éponge humide sur son torse, ses bras, son dos. Elle s’attaqua ensuite à ses jambes, ses fesses. Elle était accroupie et son visage était à la hauteur du sexe tendu de son captif. Les fesses du jeune homme étaient rebondies et musclées, elle passa un peu plus de temps que prévu à les caresser, enfin, les laver. Ses mains mouillées palpaient le corps du jeune homme avec de plus en plus d’entrain.

Thomla ne se sentait plus prisonnier. Liana mouilla une dernière fois l’éponge et lava son membre. Elle décalotta son gland, ce qui le fit frémir de plaisir et posa l’éponge dessus. Celle-ci, un peu rêche, lui fit faire un mouvement de recul. Cette partie était très sensible, en déduisit la jeune fille qui posa l’éponge. Elle attrapa la queue d’une main et déposa des baisers sur le gland offert. C’était bien mieux, Thomla poussa un gémissement. Elle ouvrit la bouche pour commencer à le déguster avec lenteur.

Thomla prenait énormément de plaisir dans ce lent massage, la douceur des lèvres de Liana était telle qu’il avait l’impression qu’un pétale de fleur glissait sur lui.

Elle se sentait puissante, d’avoir cet homme à sa portée, attaché et totalement à sa merci. Elle se releva et retira ses vêtements.

Thomla était complètement sous son charme.

Son esprit était embrumé mais il lui semblait que ses sens étaient exacerbés. Il sentait très distinctement l’odeur de la jeune femme qui était encore à quelque distance de lui. Elle s’approcha et se plaqua contre lui, lui glissant sa langue contre sa bouche. Le sexe de Thomla était levé et plaqué entre eux deux, contre leurs bas-ventres. Liana ondulait contre lui et gémissait en enroulant frénétiquement sa langue avec celle du jeune homme. Elle prit son sexe et le glissa entre ses jambes. Elle faisait des mouvements de va-et-vient dessus. La jeune femme recula la tête en arrière et gémissait plus fort.

N’y tenant plus, elle se retourna et s’enfonça sur Thomla. Elle lâcha une expression de surprise et plaqua bien ses fesses cambrées contre le pubis de l’homme. Thomla remarqua soudain que Liana avait une énorme cicatrice dans son dos, plus longue que sa main. Il faudrait qu’il lui demande d’où cela venait. Cette interruption ne lui enleva pas de plaisir. Il gémissait et Liana craint qu’il jouisse vite. Elle n’en avait pas encore fini et accéléra ses mouvements, tout en se caressant les seins. Elle jouit rapidement, malgré l’inconfort de la posture.

Thomla était à bout et éjacula juste après elle.

Ils venaient de faire l’amour ce soir, plus unis que jamais. Plus unis que lors de leur première fois, attentifs chacun l’un à l’autre. La jeune femme se dégagea. Son amant s’avachit sur le sol et Liana vint à califourchon sur lui, lui prit sa tête et la cala entre ses seins. Ils étaient parfaitement bien, le temps avait arrêté de s’écouler. Thomla se dit qu’il pouvait bien mourir après avoir vécu pareille émotion.


***


La mère de Liana était inquiète, elle n’avait pas vu sa fille de la soirée. Elle décida d’aller voir Diarté qui était chez elle, bien au chaud. Quand elle entra, celle-ci ne semblait pas surprise. Elle était en train de boire un thé, assise en tailleur sur les peaux de bête qui constituaient sa couche. Un feu joyeux brûlait dans le brasero au centre de l’unique pièce de sa masure. La fumée s’échappait par un simple trou dans le toit.

— Entre Caelith, viens partager une tisane avec moi.

La mère de Liana s’assit en face de sa cheffe et amie et attrapa une tasse qu’elle remplit à la bouilloire qui était posée près du feu.

— Merci Diarté, je me faisais du souci pour Liana, tu ne l’aurais pas vue ?

— Ne t’en fais pas, elle va bien, je dirais même qu’elle va très bien, répondit-elle avec un petit sourire.

— Elle n’est quand même pas avec…

— Si, et c’est ce qu’il faut à notre peuple à partir de maintenant.

— Que veux-tu dire ? Caelith ne comprenait pas où voulait en venir la cheffe du village.

— Tu ne trouves pas que ces règles avec les hommes sont dépassées, que cela ne fait que frustrer tout le monde, hommes et femmes et que cette situation n’est pas épanouissante ? N’as-tu pas l’impression que nos deux communautés pourraient s’unir de nouveau ? Et si les Molwins et Firmans voulaient fonder des familles ? Y as-tu pensé ?

— Je…

Caelith n’était pas préparée pour cette discussion. Elle avait toujours vécu ainsi, avait fait sa cérémonie du Tirmawa comme toutes les jeunes femmes du village, était allée trouver un homme pour qu’elle puisse avoir un enfant à son tour et l’avait élevée toute seule. En de rares occasions, elle allait retrouver un homme qu’elle avait choisi et faisait l’amour avec lui. Tout cela lui avait bien convenu, sans qu’elle ne se pose trop de questions. Elle n’avait jamais été très intéressée par les relations sexuelles. Plusieurs fois dans sa vie cependant, elle avait senti qu’il lui manquait quelque chose, ne serait-ce que quelqu’un pour la prendre dans ses bras quand elle était triste ou qu’elle doutait de ses choix.

— Je vais t’avouer quelque chose, reprit Diarté. Je vis une relation amoureuse avec le chef du village des hommes depuis des années maintenant.

— Mistral ?

— Oui, lui-même.

— Tu sais, je crois que la moitié du village est au courant de tes sorties nocturnes depuis un moment, lui annonça Caelith. Nous ne savions pas qui tu allais voir, et personne ne disait rien car tu représentes notre peuple, mais les femmes ne sont pas dupes.

— Comment ?!

Diarté pensait avoir été très discrète et se mit à rougir, gênée. Bien sûr, elle avait le droit d’aller rendre visite aux hommes quand bon lui semblait, mais son comportement indiquait bien qu’elle voulait se cacher des Molwins. Elle se sentait stupide d’avoir pu penser que tout cela passerait inaperçu.

— Mais pourquoi personne ne m’a rien dit ? reprit-elle, son assurance de cheffe de nouveau entière.

— Peut-être parce que tu es notre guide. Cela a donné des idées à d’autres femmes qui choisissent toujours le même homme pour faire l’amour, ce qui normalement n’est pas admis, et je pense que plusieurs entretiennent une relation, même si ni elles, ni les hommes en face ne peuvent mettre un mot évident là-dessus.

— Je vois…

Diarté était perdue. Ainsi, elle avait trahi sa communauté au nom de l’amour et les autres femmes avaient transgressé les règles en prenant plus ou moins exemple sur elle. Quelque part cette situation n’était pas si désastreuse que cela. Cela signifiait que son peuple était probablement prêt pour un grand changement et que la transition serait plus facile.

— Diarté, en tant que cheffe, sais-tu pourquoi nous n’avons pas le droit de vivre avec les Firmans ? demanda Caelith.

— C’est une longue histoire, et qui n’a été transmise que de manière orale. Ma mère me l’a racontée, qui elle-même l’avait entendue de sa mère. Ce que j’en ai retenu, c’est qu’autrefois, les hommes et les femmes vivaient ensemble au sein d’une même communauté, ainsi que l’on peut le voir dans les autres villages lointains. Tout le monde vivait en harmonie, les tâches de la vie étaient partagées équitablement à l’intérieur des foyers. Les enfants étaient élevés tant par les pères que par les mères.

Diarté but quelques gorgées de sa tisane avant de reprendre.

— Mais au bout d’un certain temps, et c’est assez flou, il y eut une séparation des tâches entre les deux sexes. Les hommes, peut-être parce qu’ils se sentaient plus forts à ce moment-là, réalisaient les tâches les plus rudes et les femmes s’occupaient de plus en plus du foyer ainsi que d’élever les enfants.

— On est aussi fortes que les hommes pourtant ? réagit Caelith.

— Je pense que ce n’était qu’un prétexte pour prendre le contrôle. Cela n’a fait qu’empirer. Comme les hommes travaillaient physiquement plus et que les femmes restaient dans les foyers, alors un déséquilibre s’est créé. Nous sommes aujourd’hui aussi fortes qu’eux simplement parce que nous faisons les mêmes tâches, sans répartition préalable.

— Je comprends mais ne faisons-nous pas la même chose chez les Molwins ? Les tâches sont adaptées en fonction des capacités de chacune.

— Oui, c’est vrai, poursuivit Diarté. Cependant, chaque femme peut changer les activités qu’elle veut faire, en fonction de ses capacités, ou tout simplement si elle évolue. Il semblerait qu’à l’époque, une fois que les tâches furent réparties entre hommes et femmes, par les hommes, il n’était plus possible de revenir en arrière. Un homme qui aurait voulu s’occuper d’un foyer était mal vu par ses homologues masculins. Il était raillé, moqué.

— Tu veux dire qu’une sorte d’effet de groupe dirigé par les hommes empêchait de changer de voie ?

— Probablement. Même chose du côté des femmes, il était quasiment impossible de rejoindre des fonctions remplies par des hommes. Il y avait bien entendu des exceptions, comme toujours. Un homme veuf qui doit s’occuper de ses enfants, une femme seule… Mais cela restait rare et ne représentait pas la norme.

— Je commence à comprendre… Les femmes ne pouvaient plus évoluer au sein de leur propre société.

— Cela est flou, ces récits sont des transmissions orales ainsi que je te le disais. Il y a en fait plusieurs théories possibles, personne n’est sûr.

— Ou alors c’est une combinaison de plusieurs choses…

— Oui, et c’est d’ailleurs très probable. Juste la force physique des hommes n’est pour moi pas suffisante, ça n’expliquerait pas tout. On dit aussi que les hommes ont commencé à prendre le contrôle de la reproduction, ce qui était le début d’un contrôle des femmes. Cela a pu amener à des unions arrangées, pour des ententes entre des familles par exemple, et aussi un besoin de contrôle de la virginité des femmes avant ces unions. Certaines pensent que ce changement est intervenu alors que les hommes commençaient à posséder des terres pour les cultiver et voulaient en contrôler la transmission au sein de leur famille. Les femmes ont commencé à être considérées telles des biens précieux, qui seront vendus contre des terrains, des alliances, afin d’assurer l’avenir de sa propre famille et descendance.

— Pourtant, on ne fonctionne pas comme cela aujourd’hui ? On n’a pas de terres à transmettre, elles appartiennent à la communauté, d’une manière globale, réfléchit Caelith, songeuse.

— Il semblerait que le fonctionnement et l’organisation de l’ancienne société de nos ancêtres aient été complètement balayés après la prise du pouvoir par les femmes. La notion de propriété individuelle a été abolie par exemple, au profit d’une propriété communautaire.

— Mais dans ce que tu disais tout à l’heure, c’est que les femmes ne pouvaient plus évoluer au sein de leur propre société. Elles étaient coincées dans ce rythme de vie alors, comme de simples spectatrices ?

— Exactement ! Les hommes travaillaient, ils géraient les richesses du foyer. Les femmes produisaient pour autant de la valeur telle que les tâches domestiques du foyer, élever les enfants qui deviendraient des hommes et femmes adultes ensuite.

— Oui, c’est vraiment un travail à temps plein, qui aurait dû être considéré au même titre que le travail des hommes…

— Sauf que cette valeur n’était pas reconnue à la façon d’un réel travail par les hommes. Avec ce travail gratuit, les femmes ne pouvaient pas facilement quitter leur conjoint, au risque de se retrouver seules, sans argent ou moyen de subsistance. Les relations se dégradèrent entre eux. Ils avaient bien plus de libertés, pouvaient prétendre à des loisirs, des sorties entre hommes, pendant que les femmes avaient les enfants sur les bras puisque c’était la tâche qui leur était échue…

— Mais il n’y avait pas de gardes d’enfants gérées par la communauté, en petits groupes, comme nous le faisons ici ? Demanda Caelith.

— Tu connais l’expression « Diviser pour mieux régner ? ». Les femmes ne sortaient pas beaucoup de chez elles. De fait les relations avec d’autres personnes étaient limitées et l’entraide n’était pas évidente. La charge mentale qui pesait sur elles était très forte, avec des enfants tout le temps, de jour comme de nuit, sans relais. Il est difficile de prendre de la distance dans ces conditions, de faire un point sur soi-même, sur sa vie.

— Je suis allée une fois faire commerce du Gingelys au village de Draventh, et ce que tu me dis ressemble fort à ce qu’il se passe là-bas, dit Caelith, songeuse. Les familles ne semblent pas très épanouies.

— Je crois que c’est malheureusement ce qu’il se passe dans de nombreuses communautés. Le respect de l’autre, la compréhension de ce qu’il ressent sont des éléments fondateurs dans un couple. Traverser et comprendre les mêmes épreuves que son conjoint permet de développer de l’empathie, ce dont les hommes manquaient cruellement.

— Tu veux dire en partageant les tâches au sein d’un foyer ?

— Oui, alors quand on parle de partage, de vrai partage, on parle plutôt de faire les mêmes tâches, ensemble, pour comprendre ce que cela implique pour l’un et pour l’autre, afin de le soutenir.

— Oui, ce n’est pas une simple répartition, c’est aussi de la considération pour le travail de l’autre, observa Caelith.

— Tout à fait. Les hommes n’avaient pas de respect pour les femmes et ce qu’elles traversaient, ne reconnaissant aucune valeur à leur travail domestique, et les femmes se sont aussi détachées d’eux, car ils ne leur étaient d’aucune aide au quotidien. Ils étaient physiquement ensemble, mais ils ne partageaient déjà plus rien.

— Et donc la situation ne fit qu’empirer je présume.

— Tout était fait pour creuser le fossé entre hommes et femmes. Les hommes jouissaient de nombreux privilèges et n’auraient pas voulu que cela change. Je ne sais pas combien de temps dura cette période mais un jour, une femme, dont le nom a été aujourd’hui oublié, a découvert le Gingelys, ou plutôt la façon de transformer cette épice telle que nous le faisons depuis. Outre les vertus que nous lui connaissons, elle sembla donner aux femmes l’énergie, la volonté et la force nécessaire de se rebeller contre les hommes.

— Elles n’avaient pas grand-chose à perdre finalement. Leurs maris n’étaient pas vraiment utiles pour leur développement personnel, dit Caelith.

— C’est ainsi qu’elles créèrent des groupes de résistantes et commencèrent à échafauder un plan. Elles voulaient reprendre en main leur destin.

— Les hommes ne savaient pas comment transformer le Gingelys ? demanda Caelith ?

— Non, c’était un secret jalousement gardé, une tradition que l’on perpétue encore aujourd’hui. C’est en partie grâce à lui que nous avons gagné notre liberté.

— Je connais bien les effets du Gingelys, il donne effectivement de l’énergie, affirme les envies sexuelles, mais il ne nous rend pas plus fortes physiquement…

— C’est vrai, mais je pense que notre épice a plutôt agi tel un catalyseur qui a permis aux femmes de se rassembler sous une même bannière, pour défendre des idées nouvelles. Le Gingelys devint rapidement symbole de liberté, tant sexuelle que de pensée.

— Que se passa-t-il ensuite ?

Caelith n’avait jamais entendu cette histoire. Elle la suivait avec énormément d’intérêt.

— Il y eut une révolte, des affrontements sanglants. Les hommes et les femmes étaient plus divisés que jamais. Cette période est très trouble. Elles eurent du mal à prendre le dessus sur eux. Beaucoup de femmes furent arrêtées, violées et exécutées par les hommes qui ne voulaient pas perdre leurs privilèges et qui voulaient faire des exemples, par la terreur.

— Tu parles de perte de privilèges, mais en partageant les tâches, et en acceptant de revoir leur façon de vivre leur vie, tout aurait été plus épanouissant pour tout le monde non ? Tous et toutes auraient pu en profiter ?

— Oui, ces efforts auraient certainement été payants. Moins de charge mentale pour les femmes, plus de compréhension, d’écoute et de dialogue pour les hommes. Cela aurait ressoudé les couples, leur aurait permis de traverser les tempêtes plus facilement. Toujours est-il que malgré tout, on peut tuer une femme, mais pas une idée. Les idées sont à l’épreuve des coups de hache.

— On ne peut pas tuer une idée…

Caelith méditait cette phrase, qui semblait faire écho au plus profond d’elle-même, comme si elle ouvrait les yeux aujourd’hui pour la première fois de sa vie. Diarté continua :

— Quoi qu’il en soit, les femmes sortirent victorieuses de cette guerre, car il faut bien parler d’une guerre à cette époque-là. Les hommes durent partir, en abandonnant leur foyer pour fonder un village séparé. Les femmes décidèrent d’appeler les communautés Molwins, qui veut dire littéralement « femmes libérées » et Firmans, « hommes battus ». Elles les soumirent complètement et édictèrent les règles strictes que nous connaissons aujourd’hui. Elles détruisirent une grande partie de leurs us et coutumes pour ne pas repartir sur les mêmes bases, notamment la propriété comme je le disais tout à l’heure, ainsi que les normes socio-économiques qui avaient été bâties jusqu’alors.

— On peut le comprendre, vu la violence des événements que tu relates dans ton récit…

— On est désormais tout à fait habituées à cette vie, mais ne la trouves-tu pas inégale aussi ? Les hommes n’ont plus de droits, un peu comme les femmes autrefois. La situation s’est inversée et elle n’est pas profitable non plus. Je réfléchis à tout cela depuis un moment déjà, annonça Diarté, songeuse.

— Je comprends, mais si on change nos façons de vivre avec les hommes, qui te dit que tout ne redeviendra pas comme avant ?

— C’est un risque à courir, mais on ne peut pas continuer ainsi. Imagine, vivre épanouis ! Selon ses désirs ! Cela serait un tel accomplissement, ne penses-tu pas ?

Diarté avait dit ces mots, son regard passionné.

— Je n’y avais pas pensé de cette façon-là…

— L’histoire éclaire notre présent et il faut tout faire pour ne pas retomber dans les mêmes travers. Veux-tu que ta fille vive la même vie que la tienne ? Je crois qu’elle est amoureuse de notre prisonnier et je pense qu’il est temps de faire de Mistral et de moi, ainsi que de Liana et Thomla nos ambassadeurs pour une nouvelle ère.

Caelith se sentait submergée par ce qu’elle venait d’apprendre. C’était si dense, tellement en rupture avec tout ce qu’elle savait. Mais elle était sûre au fond d’elle que la démarche n’était pas mauvaise. Est-ce que les Molwins accepteraient ce changement ? Comment cela allait-il se passer au sein de leurs communautés respectives ? Finalement, elle posa une question :

— Diarté, quand veux-tu annoncer ce changement à notre peuple ?

— Dès demain. J’irai chercher Mistral et je libérerai Thomla. Nous réunirons un conseil extraordinaire au village. Je suis prête à quitter mes fonctions si une majorité de Molwins ne voulait pas aller vers le changement.

C’était bien Diarté, directe, franche et décidée. Une fois qu’elle avait pris une décision, rien ne pouvait l’arrêter. Elle était tel un sanglier luttant pour sa survie, prêt à foncer tête baissée dans n’importe quel obstacle qui se dresserait devant lui.

Les deux femmes ne dirent plus rien. Elles buvaient leur tisane en silence, savourant cette dernière soirée de leur vie actuelle, qui allait fortement changer dès le lendemain.

Commentaire (0)

Tu dois être connecté pour pouvoir commenter Se connecter
Prolonger le voyage dans l'univers Érotisme

donate Tu peux soutenir les auteurs qui te tiennent à coeur

promo

Télécharge l'application mobile Panodyssey