Congratulations! Your support has been successfully sent to the author
avatar
La main morte

La main morte

Published Feb 17, 2026 Updated Feb 17, 2026 Science fiction
time 7 min
0
Love
0
Solidarity
0
Wow
thumb 0 comments
lecture 2 readings
0
reactions

La main morte était un mécanisme de seconde frappe, un moyen de s'assurer que l'Amérique serait détruite malgré une pluie de bombes nucléaires reçue sur le territoire russe. Le concept était simple. Un bâtiment en plein cœur de Moscou (car la première frappe américaine serait probablement sur la capitale) possédait un retardateur d'un mois, activé par défaut. Tous les mois au minimum, quelqu'un devait remonter l'interrupteur afin d'empêcher l'apocalypse. Si personne ne le faisait, c'était que tout le monde était mort, et le déclencheur s'activait. À partir de là, partait automatiquement l'ordre d'enclencher les missiles sur le territoire ennemi. Si la Russie tombait, tout le monde mourrait.

Perimeter, le nom du système, avait été créé au début des années 80, au plus fort de la guerre froide et le bâtiment BR45, fait de murs de plus d'un mètre d'épaisseur, comportait six étages de recherches nucléaires, mais le plus important était le 3e, car c'était là qu'avait été installé le retardateur de l'apocalypse ; un podium avec dessus un bouton gradué. Jamais, au grand jamais, la petite flèche ne devait arriver sur « un mois ». Voilà le système redoutable qui assurait à la dictature de l'URSS des garanties contre les USA. Et au début, le travail était pris au sérieux. Tout le monde savait ce que signifiait ce bouton et personne ne voulait être le premier à frapper. Alors souvent, un chercheur descendait ou montait d'un étage, et remettait le compteur à zero.

Et puis le temps passa. Durant les années 80, l'interrupteur n'était plus mis à jour tous les jours, mais toutes les semaines, voire même un peu plus, ce qui commenca à en effayer quelques uns dont un certain Brochev qui eut peur qu'un accident arrive.

Mais en aucun cas il ne voulait arrêter le système. Le problème était que l'interrupteur avait un étage pour lui tout seul et qu'au fur et à mesure, les scientifiques qui allaient et venaient ne pensaient plus à ce bouton. Alors il eut une idée et demanda d'installer des laboratoires directement au troisième étage, car pour lui, le problème était que personne ne passait ici par hasard ; il fallait y penser. Et la probabilité que 500 scientifiques ne pensent pas à réenclencher l'interrupteur pendant un mois devenait de plus en plus crédible, tandis que si tous passaient devant tous les jours…

Ainsi, en à peine quelques semaines, le vaste étage 3 se transforma en un ensemble de laboratoires et de couloirs, dont le couloir principal donnait sur une petite pièce construite autour de l'interrupteur. Cette petite pièce, à la porte vitrée, avait d'ailleurs été nommée « UnMois ». Et depuis que les scientifiques s'étaient installés au troisième étage, plus aucun souci n'était intervenu.

Le temps passait et la guerre froide avançait. Aux environs des années 90, le laboratoire BR45 n'avait pas la même population que celle qu'il avait au début des années 80. Les plus vieux étaient partis, les plus jeunes avaient pris de l'âge. Pourtant, l'interrupteur, toujours plusieurs fois par jour, était enclenché. Malheureusement pour les nouvelles recrues, elles ne connaissaient plus entièrement la raison. Elles savaient que c'était le bouton de l'apocalypse, elles savaient que cela enclenchait l'arme nucléaire, mais ce bouton, elles le voyaient plus comme un problème de sécurité nationale que comme la fin du monde. Pourtant, même les nouveaux se prêtaient au jeu. Chaque fois qu'ils passaient devant la salle « UnMois », ils y entraient, regardaient l'interrupteur et le remontaient.

Mais au matin du premier juillet 1991, tout changea rapidement. Le mur de Berlin était tombé et l'Allemagne était en voie de réunification. Pour la nouvelle Russie, cela voulait surtout dire économie mondiale, coupes budgétaires, ouverture de marché et recherche internationale. Si les premiers jours, rien ne changea dans le travail, petit à petit, la démilitarisation fit passer le bâtiment BR45 dans le carcan de la recherche en le rattachant à l'université de Moscou. Et de fil en aiguille, la recherche militaire fut remplacée par une recherche académique. Mais l'interrupteur était toujours enclenché par des gens qui faisait comme on leur avait appris sans savoir trop pourqoui.

De plus en plus tard dans la troisième semaine, certes, mais sans que cela choquât qui que ce soit. Non, le problème était que les plus vieux commençaient à s'en aller et qu'ils étaient les seuls à réellement comprendre les enjeux. Les autres, eux, ne voyaient plus cela comme un jeu.

Plusieurs fois, il avait été demandé de démanteler le système, mais le pouvoir en place, au début, n'avait pas le temps, puis plus d'argent, enfin plus la priorité. Et c'était à ce moment-là que le plus vieux chercheur du labo, celui qui avait fait partie des constructeurs de Perimeter, allait prendre sa retraite. Il avait peur de laisser cet interrupteur sans surveillance et était prêt à continuer à travailler gratuitement, mais qu'est-ce que cela allait changer ? Alors, le dernier jour de travail, la seule solution qu'il eut fut de mettre un message sur la porte, qui comportait un signe d'attention, un signe de compte à rebours et une courte explication.

Au début, cela marcha : les nouveaux continuaient à remonter l'interrupteur sans trop savoir pourquoi. Puis, de fil en aiguille, cela s'oublia. Le truc étant que la pièce se transforma en cagibi avec des cartons, des boîtes, des livres. Plusieurs fois, ce fut à moins d'une journée de l'apocalypse, mais personne ne le savait. Plusieurs fois, ce n'étaient même plus les chercheurs, mais le nettoyeur qui appuyait dessus en voulant le nettoyer.

Puis le temps passa, la feuille sur la porte fut enlevée pour une quelconque raison et la seule personne qui remontait l'interrupteur avait changé de travail. Le 1er mars 2014 fut la dernière fois que l'interrupteur fut abaissé. Le 1er avril 2014, l'humanité vit 20 000 soleils.

lecture 2 readings
thumb 0 comments
0
reactions

Comments (0)

You must be logged in to comment Sign in

Are you enjoying reading on Panodyssey?
Support their independent writers!

Prolong your journey in this universe Science fiction
Premier contact
Premier contact

Ce fut un choc pour l'humanité. Enfin, elle savait, les humains n'étaient pas seuls dans l'univers ni même dans la galaxie c...

Elekis
9 min
Hélium3
Hélium3

« Quoi ? Mais envoyez une autre navette ! »Christopher était stupéfait. Assis dans la salle des communications de l'u...

Elekis
34 min
LightCity
LightCity

* « Waouh ! » Clémence, du haut de...

Elekis
30 min
Sybille.
Sybille.

Le grand don des êtres humains est que nous avons le pouvoir de l'empathie.

Harold Cath
13 min
Uchronie
Uchronie

Où tout se met en placeNous sommes à Hollywood,...

Vincent Martin
26 min

donate You can support your favorite writers

promo

Download the Panodyssey mobile app