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LA GLACE ET LE FEU
Fiction
Romance
calendar Published Aug 13, 2026
calendar Updated Aug 13, 2026
time min
Creative Transparency Label
All audiences
Image / Human image
Text / Human creation

LA GLACE ET LE FEU

"Sous la glace brûle un cœur,

Le vent balaie la vie."

Grand angle : saveur vanille

Ma vie est scindée en deux, ma vie professionnelle et ma vie personnelle ne se recoupent pas ou si peu.

Soit je suis tout à mon travail, soit je suis tout à mes voyages. Partir loin, changer de climat, de culture, la bascule est rapide.


L’idée de découvrir un nouveau pays trotte dans ma tête et celle de Sidonie. Libres, nous pouvons repartir, je suis de nouveau tentée par l’Afrique, pourquoi pas le Cameroun ?

Tous les guides touristiques sont clairs, il faut des vaccins et les conditions de voyage sont moins sécuritaires que ce que nous avons connu jusqu'à présent. Nous hésitons, quand je découvre sur la carte une île "posée comme une fleur au milieu de l’Océan Indien", l'île de Madagascar. Elle est sans danger et le français est encore pratiqué par les habitants. Sidonie est partante, un circuit parsemé de randonnées et une descente en canoë nous mettent d'accord.


Les bagages sont faciles à faire, la destination ensoleillée et la chaleur constante allègent les valises.

Cette fois, un sac est prévu pour des vêtements à donner, l'agence de voyages nous l'a proposé.

Nous atterrissons de nuit dans la capitale, Antananarivo. Les lumières au sol délimitent les contours de la ville. L'éclairage est bien moindre que chez nous, la nuit dominante indique déjà la pauvreté de l’aménagement.

Notre guide, Dina, nous accueille avec un sourire qui perdure tout le séjour. Nous passons la première nuit chez l'habitant. Nous ne rencontrons personne, mais leur présence bruyante dans la pièce adjacente ne fait pas de doute, ils ont dû louer leur chambre et passent une nuit blanche dans leur salon. De la pièce voisine, la télévision hurle longtemps dans la nuit.

Le lendemain, nous quittons la capitale pour rejoindre la brousse.

Les jacarandas en fleurs sont magnifiques le long de la route. Plus nous nous éloignons de la ville et plus les routes se transforment en pistes.

Les charrettes tirées par les buffles ralentissent notre progression, le long d'une rivière les femmes et les enfants lavent le linge et se baignent. Nous faisons notre premier arrêt au marché de Tsiroanomandidy, les enfants nous suivent en riant et en marchant juste derrière nous. C'est gênant de se sentir tant observées, leurs tenues colorées sont issues de récupération de tous styles, les associations de shorts, de tee-shirts, de chemises sont étonnantes, c'est là que nous laissons nos sacs de vêtements à donner.

Un petit avion de brousse nous attend, une vingtaine de personnes peut monter à bord, il est affrété pour notre groupe. Un aimable steward fait un service de bord des plus réussis, identique aux grandes lignes aériennes. Sa tenue blanche impeccable avec sa casquette d'aviateur lui donne du style, malgré la chaleur il reste souriant dans son uniforme. Les turbulences sont fréquentes, l'avion n'est pas stable et pour circuler dans l'allée, ses pas et son équilibre sont incertains, cela demande beaucoup d'adresse pour remplir nos verres. La situation est drôle, il nous fait rire en prenant sa mission très au sérieux.

Nous nous posons sur la piste de brousse d'Ankavandra, au milieu de nulle part.

Pourtant, une grande foule est rassemblée, nous sommes l'animation du jour.

Des chapeaux, des ombrelles et des parapluies dépassent de la foule, de nombreuses personnes sont alignées. Des femmes, des hommes, des enfants nous observent, ils forment plusieurs lignes sur un talus à plusieurs niveaux pour que tout le monde puisse observer la piste.

La chaleur est intense et abrités sous les ailes de l'avion, nous patientons. Un repas nous est servi dans une grande boîte en carton blanc, que nous mangeons sous les arbres, observés par des dizaines de paires d’yeux. Tous surveillent nos appétits. À la fin du repas, les boîtes leur sont données, ils se précipitent sur les restes de nos cartons repas.

Dina retrouve un autre guide, nous allons partir pour notre descente en canoë, les préparatifs sont en cours.

Le long de la rivière, des canoës d'une autre époque nous attendent. Six embarcations pour une majorité de filles, deux garçons de nos âges et un couple. Nous sommes accompagnées d’un piroguier qui s'installe debout à l'arrière.

Le rituel Fomba précède notre installation dans les canoës.

Notre descente de la Manambolo se fait sur plusieurs jours, l'assistance et les cuisiniers ont sur leur canoë tout le ravitaillement nécessaire, poules et canards sont prêts à embarquer, les pattes maintenues par des ficelles. C'est la meilleure manière de faire voyager et conserver les vivres sous la chaleur.

Notre piroguier, Moussa, est tranquille, et outre la barrière de la langue, il n'est pas très enclin à la conversation. La rivière est longée de manguiers. La descente commence tranquillement.

Les zébus et les aigrettes nous regardent passer. Notre premier bivouac se fait sur une plage de sable en surplomb de la Manambolo. Notre tente montée, le soleil passe paisiblement du jaune à l’orange avant de se cacher derrière la forêt. L’atmosphère est tranquille, seuls quelques cris d'oiseaux se font entendre dans les arbres, de l'autre côté de la rive.

Les repas sont préparés par les cuisiniers, ils allument un feu et mettent les casseroles à chauffer. Cela ne semble pas mettre beaucoup plus de temps qu’à la maison. Au cours du repas, nous avons la visite des premiers scorpions. Cela crée un peu d’animation ; nous sommes bientôt rassurés sur leur caractère inoffensif, selon Dina. Ils nous encouragent tout de même à secouer nos affaires lors de l’installation dans nos tentes. Partager la nuit avec un scorpion ne nous dit rien.


Le réveil se fait avec la lumière du jour, au rythme de chacun ; les chaussures et les vêtements sont secoués comme la veille avant de s'habiller.

La plaine de Menabe est aride, avec de la végétation éparse. Nous pouvons observer d'impressionnants haricots géants. Un groupe d'une dizaine d'enfants se baigne dans la rivière, une pause est décidée sur le bout de plage.

Après avoir posé nos shorts et nos tee-shirts, nous profitons de nous baigner. Ils rient de nous voir en maillot de bain et l'échange de nos paroles est une répétition en canon, eux nous disent en riant et en chœur :

"Qu'est-ce que vous êtes blancs !"

Et nous de répliquer :

"Qu'est-ce que vous êtes noirs !"

Cela fait rire tout le monde.

Et en effet, nos différences de couleurs de peau tranchent vraiment et suscitent une comparaison étonnante, même après plusieurs minutes.

Dans ce paysage ocre et vert, l’eau emplie de sable reste opaque. À notre retour sur la berge, nous nous renseignons donc auprès de Dina sur les risques de la baignade. Elle nous confirme la présence de crocodiles, de temps en temps l'un d'entre eux se nourrit d'un enfant. La baignade est alors proscrite quelque temps, puis les enfants reviennent. Cela n'est pas très rassurant !


Pour la suite de la descente nous nous amusons à repérer les martins pêcheurs, ils sont beaucoup trop rapides pour réussir une photo.

Chaque habitant que l'on rencontre pose pour qu'on le prenne en photo, comme une récompense ou une reconnaissance, ils sourient devant nous. Une jeune femme, vêtue d'une jolie tenue jaune très colorée, nous aborde, elle a besoin d'aide. Un vilain abcès au sein la fait souffrir. Après la désinfection de la plaie avec de l'alcool et des compresses, le désinfectant est ajouté au baluchon qu'elle porte sur la tête pour terminer de soigner l'abcès, ce qui prendra plusieurs jours.


Notre deuxième journée à pagayer s’écoule de nouveau tranquillement. Notre nuit de bivouac sur une nouvelle plage le long du cours d’eau est identique à la première, c’est reposant. L’assistance est discrète ; seuls au monde, l'esprit serein, notre sécurité est assurée.

Après ces deux jours de descente en canoë, une marche nous attend. Nous prenons un chemin le long du cours d’eau qui se jette dans la Manambolo. En longeant la bordure de la forêt, le chemin nous conduit sur un site magnifique. Une piscine naturelle majestueuse s'ouvre devant nous, protégée comme dans un écrin, le paradis est sur terre.

Une grande anse de rochers d’où l'eau tombe de quelques mètres crée un lieu magique.

Les eaux vert émeraude s’étendent dans le grand bassin. Sur le côté, des ruisseaux se tracent un chemin au milieu des pierres. Elles sont lissées par le passage du courant, des petits bassins se créent au fil du dénivelé. Des piscines à remous s'offrent à nous.

Les rochers s'escaladent facilement, on peut nager paisiblement, remonter le sentier pour surplomber le bassin et faire des sauts, ou simplement se faire buller dans les remous naturels. Le pique-nique sur place, l’eau à bonne température où la baignade peut s'éterniser, la journée est paradisiaque.

À notre retour, un dernier canard court encore, ce doit être le repas du lendemain.


Un orage éclate dans la nuit, le tonnerre résonne au milieu des gorges. Le matin, l'eau est mélangée au sable, elle a la couleur particulièrement sableuse et rouge de la terre transportée par la rivière.

Nous terminons notre descente en traversant les gorges de la Manambolo sur ces eaux boueuses qui donnent un aspect étrange à nos derniers kilomètres.

Le long de la rivière, les rochers sont usés par les pluies, plus étroits à leur base, cela a façonné des formes de champignons couverts de chapeaux découpés en une sorte de dentelle. Nous observons les roches avec curiosité avant de faire notre première balade dans les Tsingys.

Un étroit chemin aménagé entre les rochers nous permet de traverser les roches qui sont acérées comme des pics, la pluie a cessé mais le chemin est très humide.

Ce soir-là, nous faisons les princesses escortées par deux assistants à l'avant et à l'arrière du canoë, ils pagaient pour nous faire traverser la rivière jusqu'au village. Les canoës ont bien vécu, ils sont très abîmés, le fond peut céder à tout moment, nous restons immobiles pour ne pas finir au milieu de la rivière large et profonde, les crocodiles guettent.

Nous avons encore droit à un magnifique spectacle, la danse des couleurs du ciel s'offre à nous. Le soleil brûlant s'enflamme dans des couleurs jaune et orange, le spectacle se termine dans un ciel rougeoyant avec le coucher du soleil, après l'orage les couleurs sont encore plus vives.


Le lendemain, notre circuit dans les Tsingys se fait par un nouveau chemin, sur des lames en bois au milieu des rochers. Nous observons des rapaces. Les roches taillées par les intempéries sont très acérées, le chemin aménagé est le seul passage nous avons une vision panoramique du site.

En redescendant dans la forêt, nous voyons nos premiers lémuriens camouflés dans les arbres. Au-dessus de nos têtes, ils sont perchés bien haut, des bruns à tête noire et blanche, des blancs à tête noire avec de longues queues touffues, un gris avec deux grands yeux ronds comme des billes, ils nous observent par les trous d’un tronc d'arbre, les touristes intriguent, qui passe par là ?

Nous faisons une dernière photo avec nos piroguiers et nous nous quittons en nous saluant.


À bord d'un camion vraiment spécial, nous laissons derrière nous le village de maisons aux murs de terre et aux toits de branches.

C’est un vieux camion de l'armée suisse, aux larges roues, il doit nous permettre de rouler sur la piste pour rejoindre Belo-sur-Tsiribihina. Il a beaucoup plu. Le voyage s'annonce difficile.

La piste est boueuse, elle est traversée à plusieurs endroits par des ruisseaux qui se sont créés en travers de la route. Des branches jonchent le sol. Après plusieurs passages difficiles au ralenti, le camion s’immobilise, pris dans les ornières.

Tout le monde descend et chacun ramasse de la paille, de l’herbe, des branches le long de la route pour permettre de sortir les roues du camion de la boue. La nuit est tombée, la route semble interminable, mais notre chauffeur garde le sourire ; notre guide semble moins rassurée. Nous arrivons tard, la nuit est courte, mais la route chaotique est terminée.


Le lendemain, le soleil est revenu, la pluie est vite oubliée. Nous traversons le fleuve avec le camion sur une embarcation des plus vétustes.

Celle-ci est constituée de deux grosses pirogues reliées par deux poutres métalliques recouvertes de planches en bois clouées dans les deux sens, ce qui semble donner une résistance toute relative à l’embarcation. Apparemment, elle sert chaque jour au camion.

En effet, la traversée se fait sans encombre, nous repartons sur la piste de sable rouge qui nous conduit à Morondava, la terre de tous les contes inspirés par les baobabs.

Ces racines au sommet des arbres, ces troncs aux courbes larges semblent raconter l'origine de la vie aux humains qui les croisent.

Les photos s’enchaînent, l'allée des baobabs est majestueuse. Les baobabs aux formes variées, le baobab sacré, les baobabs amoureux. L'histoire de l'homme a pu commencer ici.

Nous rencontrons notre premier caméléon, notre chauffeur a réussi à le faire monter sur une branche pour nous le présenter. Adapté à son milieu, il a les couleurs de la terre et des branches qui peuvent le camoufler.

En transit, nous faisons des pauses le long du chemin, ce qui permet de mieux connaître nos compagnons de voyage.

Franck nous raconte ses exploits de parachutiste, il me fait beaucoup rire en décrivant, vol après vol, la découverte du parachutisme et la peur qui grandit et qui ne vous quitte plus ; à chaque saut, elle est plus tenace.

Célia présente des effets secondaires suite à la prise du traitement contre le paludisme, cela crée beaucoup de discussions et d'avis contraires sur le fait d'interrompre ou non le traitement.


Un nouveau vol nous permet d'atteindre Tuléar pour rejoindre le village d'Ifaty.

Une nouvelle forêt de baobabs, une leçon de plantes médicinales, l'observation d'oiseaux et d'un serpent, la visite est riche.

Ce soir, nous dormons au bord de la mer. Le repas est une merveille, avec de magnifiques poissons pêchés du jour.

Nous dormons dans une luxueuse case en bois qui possède de nombreuses aérations. Lorsque la lumière est éteinte, des bruits de bêtes qui courent au-dessus de nos têtes nous intriguent.

Faut-il éclairer ? Comment dormir tranquillement sans savoir d’où cela provient ? Sidonie et moi décidons d'allumer ; surprise !

De gros rats circulent au-dessus de nos têtes. Difficile de les faire sortir, le toit est ouvert de chaque côté, ils sont chez eux plus que nous. Nous prenons la décision d'utiliser les moustiquaires qui recouvrent les lits pour créer une protection précaire. Il faut juste que les rats fassent preuve d'adresse pour ne pas nous tomber dessus ! Rassurées, nous pouvons dormir ; finalement, nous passons une bonne nuit.

Le lendemain, je fais une plongée à la barrière de corail, l’eau n’est pas très profonde, El Nino est aussi passé par là. Ce n’est pas une plongée mémorable.


Un nouveau bus nous attend ; après la traversée des villages de chercheurs de saphirs, nous arrivons au parc de l'Isalo, avec sa fenêtre sur les plaines de brousse. L’endroit est idéal pour les photographes en herbe que nous sommes, nous immortalisons les lieux.

Sur le chemin, un caméléon vert est la vedette de la soirée, il porte les couleurs des feuillages de ces plaines où alternent la brousse et la végétation verdoyante.

Pendant deux jours, nos randonnées se poursuivent par les visites des canyons : le canyon des rats, le canyon des makis.

Ces paysages de rochers arides et ces marches au milieu de la végétation luxuriante mais encaissée me plaisent moins ; malgré quelques jolies piscines naturelles, la piscine bleue et la piscine noire, ces lieux sont plus austères, et la présence de serpents rend les balades moins insouciantes. Je quitte sans regret ces canyons pour rejoindre le parc de l'Andringitra, jusqu'au Camp Catta.

Le paysage est plus accueillant.

Nous sommes sur le territoire des lémuriens ; gris, le ventre blanc, la queue rayée, ils nous observent du haut des arbres.

Les paysans locaux pratiquent la technique des terres brûlées. Ce soir-là, la montagne qui nous fait face est en feu, elle éclaire la nuit étoilée.

Santos est le guide local, il fête ses dix-huit ans. Tous les employés, cuisinières, serveurs, porteurs, font de la musique et chantent.

Un joueur de tam-tam et un accordéoniste donnent le ton. L'accordéoniste nous fait rire, il s'endort en jouant, le rythme varie en fonction de son degré d'éveil, il nous amuse beaucoup. Ils chantent encore longtemps dans la nuit après que l'on se soit couchées.


Le lendemain, une randonnée jusqu'au sommet de la montagne au-dessus du camp nous attend. Celle-ci dessine à son sommet un caméléon, qui lui donne son nom. Il se distingue à bonne distance, de profil, sur les rochers.

La chaleur est intense, j'ai déjà bu les trois-quarts de mes réserves d'eau et je n'ai parcouru qu'une petite partie du trajet pour rejoindre le sommet. Heureusement, le paysage est grandiose.

La rivière se dessine au fond de la vallée sur des terres rouges et brunes parsemées de végétation verdoyante. La roche est lisse mais abrupte, les guides ont fixé une corde pour monter et descendre en sécurité.

Le paysage est exceptionnel, mais nous sommes fourbues de fatigue.

La descente se fait sur un chemin moins abrupt. Pour récupérer, nous nous arrêtons admirer la nature qui s'offre à nous.

Une grosse sauterelle noire et tachetée de points orange avec une collerette rouge peut s'observer au milieu des cactus jaunes fleuris. Des araignées aux grandes pattes se reposent sur leurs toiles géantes et parfaites qui brillent au soleil. Un jeune homme nous joue de la flûte, des femmes pilent des grains que nous ne savons pas identifier.

À notre retour, en fin d’après-midi, nous voyons danser les parapentes au-dessus de nos têtes, la douche à ciel ouvert nous permet de suivre leurs arabesques non-stop.

De jeunes hommes, couverts d’un tissu, un peigne dans les cheveux, attendent sur les rochers. Dina nous informe que c'est un signe apparent de leur célibat.


La fin du voyage s’annonce. Sur le chemin du retour, la visite d'un atelier de fabrication de papier à Antemoro nous permet de découvrir une production locale.

Ce soir, nous dormons près d'un lac, l'ambiance est très romantique. On nous attribue une jolie maisonnette, ce sera bleu et violet pour les filles et rose pour les garçons, le hasard de la distribution des clés.


Le jour suivant, Dina nous a organisé une balade en VTT. Nous devons rejoindre deux lacs, celui d'Andrakiba et celui de Tritriva.

En prenant de la hauteur, un joli paysage se dessine, des centaines de rectangles sont cultivés autour d'un village où le clocher se distingue au milieu des parcelles brunes, vertes et jaunes selon les semences.

Les lacs sont comme des réserves d'eau au cœur de la montagne, si on les survolait du ciel on distinguerait la forme des anciens volcans. Ils ont une couleur vert foncé qui leur confère une ambiance austère. Dina nous raconte la légende du lac sacré qui veut que deux amoureux se soient suicidés. L'histoire n'est pas achevée que des touristes crient pour appeler à l'aide.

Une mère s'est jetée à l'eau avec son enfant. Un jeune homme a sauté pour les aider, il a pu attraper l'enfant mais celui-ci s’était déjà noyé, son corps inerte repose dans les bras du touriste accablé par son impuissance à le sauver. Le corps de la mère a coulé au fond du lac.

Les cris ont attiré du monde.

En échangeant avec les habitants locaux, ils expliquent à notre guide que la mère a mis fin à sa vie car son enfant était handicapé et rejeté par la communauté. Nos compatriotes qui ont assisté au suicide sont abasourdis et sous le choc.

Notre sortie a pris une tournure sordide, notre retour se fait en silence. Les chauffeurs nous attendent. Ils n'ont pas perdu leurs sourires et c'est avec plaisir qu'ils veulent essayer les vélos. Cela remet un peu de gaieté à la fin de la journée, leurs coups de pédales sont maladroits et leurs trajectoires très incertaines, mais leur joie à faire du vélo nous contamine.


Sur la route qui nous ramène à la capitale, nous pouvons apprécier un marché artisanal avec des sculptures en bois, de la marqueterie. Nous en profitons pour choisir des souvenirs à rapporter, essentiellement des bâtons de vanille. Sidonie et moi choisissons des jolis sweats, "Baobab Company" inscrit en gros le long des manches avec un joli dessin d’un animal local au dos.

Ici, les habitants circulent avec des charrettes couvertes pour se déplacer ; toujours tirées par des zébus, elles sont reproduites en maquette de bois, Sidonie en choisit une et je termine mes achats par une toile peinte représentant une petite fille malgache. Nous reprenons la route des hauts plateaux.

Notre voyage se termine à Tana, nom plus familier pour parler d'Antananarivo, comme les Malgaches ; la journée prend fin avec les adieux. Dina rêve d'un parfum français, nous lui enverrons dans les semaines suivantes. Nos chauffeurs souhaitent une voiture, il est difficile de leur faire comprendre le coût d'une voiture pour nous. Ils sont persuadés que nous sommes riches. Ils nous offrent des chapeaux Betsiléo en cadeau.

Ce voyage a été très chaleureux. L’île avec ses terres rouges et son soleil si présent, mais surtout grâce à ses habitants dont la spontanéité et la sincérité ont rendu les échanges drôles et plaisants.

Cet intermède dans ma vie tumultueuse est comme une bulle de bonheur que je ramène, le dépaysement est si grand que mon quotidien est resté à l'aéroport sans jamais se rappeler à moi.


Mon retour est une plongée rapide dans la vie quotidienne, combien de temps la bulle va-t-elle me protéger ?

Le travail et les nombreux messages se succèdent sur le non-avancement des travaux de la résidence. Il faut bouger, faire quelque chose.

La tension s’est installée, liée à l'attente et l’espoir d’un changement dans le comportement du promoteur. L’espoir est perdu, il est injoignable nous devons agir.

Alors, avec quelques-uns, nous remuons le ciel et la terre. Le maire de la commune est contacté, ainsi que la presse locale, et nous avons suffisamment intéressé les réalisateurs d'une émission télévisée pour avoir droit à un reportage. Celle-ci dénonce les arnaques en seconde partie de soirée.

Il faut se mobiliser. Sur les neufs copropriétaires, je fais partie des plus dynamiques. Notre avocat nous conseille de négocier avec le promoteur, qui apparemment a été victime d'un escroc plus grand que lui. Cela ne m’enchante guère.

Ce qui est certain, c'est que notre argent s’est envolé.

Un associé du promoteur se propose de reprendre le chantier, le dixième appartement doit lui revenir, mais nous devons financer la fin des travaux ; je suis extrêmement perplexe.

Cette situation crée des désaccords entre copropriétaires et parfois entre conjoints. La vie suit son cours, certains se séparent, d'autres sont déjà en cours de divorce, d'autre ont des parents et des enfants à charge, la tension économique de chacun grandit.

Doit-on faire confiance à l'avocat ? Chaque démarche administrative nous coûte de l'argent, sans voir de finalité à nos problèmes. Tout le monde est nerveux, les enjeux financiers sont grands, notre avenir incertain, la ruine n’est pas loin.

De plus, les entreprises qui n'ont pas été payées sont venues saccager leur travail, les nourrices de chauffage ont été sectionnées.

L'année se termine dans un flou total, avec de nombreuses incertitudes. Le corps du bâtiment a été fermé. Des sans-abris s'installent dans les garages, ils allument des feux pour se réchauffer. Nous tremblons pour notre bâtiment, à l'abri d'aucun malheur supplémentaire.

Tout peut être perdu.


Avoir deux avocats dans ma vie me mine le moral.

Je dois de nouveau témoigner pour le procès du médecin, chaque date se trouve reportée pour raison de santé du gynécologue.

Mon poste de cadre est toujours intéressant, mais les voyages quotidiens m'épuisent. Je suis fatiguée physiquement et moralement, les conflits d'équipe sont récurrents, les professionnels se créent des problématiques permanentes. Par sa visite matinale, le pédiatre du service reste un contact agréable, son soutien est positif, j'ai un allié à l'écoute.


Cet été, mon appartement en stand-by et ma fatigue me font opter pour un choix temporaire mais ressourçant. Je passe l'été au bord d’un lac, dans la caravane de mes parents.

Cet air de vacances me fait du bien. Mon plaisir est de rentrer vers dix-sept heures pour rejoindre le club d'aviron et ramer tranquillement le long de la côte sauvage. Cet intermède est bienvenu.


Calypso, qui s'est trouvé un petit ami, me fait une visite fin août, un détour sur leur parcours de vacances. Je rencontre un jeune homme sympathique mais casanier qui ne part que rarement en vacances. Calypso poursuit ses voyages, seule dans les îles, une à deux fois par an. Elle ne cache pas que ses rencontres occasionnelles lui ont fait vivre de grands moments de bonheur. Rencontrer quelqu'un, rêver une vie mais ne jamais basculer dans le quotidien pourrait être idéal. Pourtant, elle envisage de construire une maison avec son nouvel ami. Les contradictions de la vie sont parfois grandes.


Avoir un poste à responsabilité a un avantage certain, mon salaire est confortable. De plus, l'investissement limité pour mon appartement fait que je ne suis pas dans le rouge financièrement. Je peux encore profiter de voyager pour cette nouvelle année. Je poursuis mes vies parallèles, celle du quotidien, prenante et usante, et ma vie faite de nouvelles découvertes à partir des aéroports.


En septembre, je vois en direct, sur les écrans télé des clientes, les avions percuter les tours jumelles. Les vidéos passent en boucle, comme si la répétition pouvait nous faire réaliser l'effroyable vérité de ces images incroyables.

Le monde est frappé par le terrorisme, il apparaît en grand sur tous les écrans.



Intellectual property & credits
© Cover Image Les battements de coeur
© Author's name / pen name Adélice Bise

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