Dilemmes éthiques .
je vous narre cinq histoires vraies vous permettant d’apprécier le nuancier de l’éthique dans l’univers professionnel.
Erreurs et cohésion sociale.
Alors qu’il me conduisait de l’aéroport à l’ usine agro-
alimentaire située en bordure d’un gros bourg dans le sud de la
France, le directeur se confia à moi.
« Ne vous étonnez pas si je n’applique pas à la lettre les
procédures en cas d’erreurs répétées des opérateurs. Nous
vivons tous dans la même petite ville où tout le monde se
connait. Nous faisons les courses dans les mêmes magasins,
nous nous rencontrons au club sportif, nos enfants vont dans
les mêmes écoles. Vous comprendrez que je préfère atténuer
les erreurs en me montrant un tantinet paternaliste. C’est un
choix que j’assume pour sauvegarder un minimum de cohésion
sociale. »
Confidentialité
Les consultants de mon organisme animent de nombreux
séminaires de management pour des clients divers et variés,
de l’entreprise familiale à la multinationale en passant par des
organisations publiques. Nos contrats prévoient une clause de
confidentialité. Au débat de chaque séminaire, nous
annonçons que ce qui est exprimé au sein de ce groupe ne
sera pas dévoilé à l’extérieur. Et pourtant, il arrive qu’un
prescripteur fasse pression sur un consultant : « Dites moi si
untel est assez compétent et engagé envers notre entreprise? »
Notre réponse standard est : « Le contrat prévoit une clause de
confidentialité, nous le précisons au début de chaque séminaire, les participants pouvant ainsi participer en pleine confiance aux exercices , études de cas et simulations. »
Le plus souvent cette réponse suffit. Néanmoins , de rares clients insistent : « C’est nous qui payons, nous sommes en droit d’être informés sur les cadres que nous vous envoyons ! »
Lorsqu’un consultant, embarrassé par cette pression bousculant son éthique, il m’alerte. J’appelle alors avec lui le client a qui je dis : « Bonjour. Nous ne donnons pas d’informations sur nos stagiaires et c’est ainsi que vous nous conservons en tant que client, et nous ne tenons pas à vous
perdre. »
Je laisse planer un silence. Je rajoute : « Si je vous donne des informations sur untel, vous serez peut être satisfait immédiatement. Néanmoins vous n’aurez plus confiance en nous. En effet, si nous sommes capables d’enfreindre le contrat de confidentialité avec l’un de vos collaborateur, vous craindrez que nous puissions faire de même pour vous avec votre direction. »
Hormis de très rares clients qui s’offusquent , les autres comprennent ce message éthique.
Les fausses notes
Dans une filiale en plein boom économique d’une banque
internationale, les managers sont nommés « à la va vite » sur la
base de leurs performances techniques. Ils bénéficient certes,
d’un séminaire de trois jours pour s’initier au management. Ils
doivent chaque année , mener un entretien de progrès avec
chacun de leurs agents. Pour éviter des problèmes relationnels
ils évaluent A ou B , les meilleures sur une grille allant de A à E,
E signifiant, procédure de mise en garde.
Lorsque ces managers « officiellement » satisfaits de leurs
collaborateurs font le point avec leur chefs de service, les
évaluations sont plus nuancées : « J’ai mis B à untel mais je
pense que C est plus proche de la réalité. »
Flatteries
Un ingénieur d ‘affaires croit que pour faire de bonnes ventes ,
il convient de flatter son prospect. « Je me suis documenté sur
votre entreprise, il apparait que vous êtes à la pointe de
l’innovation alors que vos concurrents piétinent. Je sais même
que certains ont des pratiques de gestion et de management
douteuses, et d’autres en perte de vitesse sur le marché. »
Et pourtant, alors que son offre est correcte, il rate de nombreux marchés. Il persévère dans sa voie et en rate encore plus. Inquiet, il pose la question à son dernier prospect : «
Quelles sont les raisons qui vous amènent à décliner notre offre ? »
La réponse fuse : « Vous dites tellement de mal de nos concurrents que nous pensons que vous pouvez faire de même
avec eux nous concernant. »
Lanceurs d’alerte
J’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs lanceurs d’alerte sur des pratiques douteuses de leurs organisations respectives :rejet de produits polluants, évasion fiscale, travail des enfants,mensonges publicitaires, obsolescence programmée…
Ils sont fiers d’avoir dévoilé ces pratiques aux journalistes et au grand public. ils ont libéré leur conscience de ce fardeau éthique. Ils n’osaient plus se regarder dans la glace. Mais malgré le soutien d’organisations non gouvernementales et d’associations de citoyens, ils ont du mal à retrouver un emploi. Certains sont mêmes poursuivis en justice. Ils
m’affirment que si c’était à refaire il le referait, peut être sous un mode anonyme, malgré le prix à payer. »
Je choisis délibérément de ne pas commenter et analyser ces
cinq situations réelles. Alors que la morale est prescriptive l’éthique est un choix personnel. Je vous laisse réfléchir à partir de ces cinq histoires sur vos attitudes face aux dilemmes que vous vivez dans votre vie professionnelle.
Ces histoires font elles écho en vous ?
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